‹ Historie de la Gaule Méridionale sous la domination des conquérants germains (volume 2)Chapitre 41 sur 69 · DÉPEND A. "<TK · texte numérisé non relu

DÉPEND A. "<TK

gnards de la ?Soveiii|)opulaiHe le nom de Vascons, et que le motif pour lequel on les nommait ainsi était de les caractériser, de les sis^naler pour des révoltés , pour des ennemis.

Tout indique , en effet , que, dès le temps auquel Fortunat fait allusion dans les pièces citées, les hautes vallées de la Novempopulanie s'étaient soustraites à la domination franke et formaient une ou plus d'une petite seigneurie indépendante sous des chefs nés dans le pays. Tout annonce que ces chefs avaient eu pour auxiliaires contre les dominateurs étrangers les Vascons d'outre les Pyrénées. Tout enfin porte à croire que c'était à raison de Tintervention habituelle de ceux-ci dans les premiers soulèvements de la haute Novempopulanie contre les Franks, que celte partie de la contrée avait d'abord reçu le nom de Vasconie, qui, à la faveur du temps et des événements, s'était étendu à la contrée entière.

Je ne chercherai point à développer davantage ces conjectures ni à les fortil^er de nouvelles raisons; ce qui peut leur manquer enc^jre d'autorité et de clarté ressortira, j'espère, des faits ultérieurs auxquels elles se rattachent comme des antécédents nécessaires.

Je reprends le fil de ma narration par cette expédition de l'an 58i que j'annonçais tout à l'heure avoir été la première des Franks contre les Vascons , dont l'histoire fasse mention sous une date précise. C'est Grégoire de Tours qui on paile, cl voici en

'568 \AscoNiE

quels termes. « En 58i,Bladaste, duc de Bordeaux, marcha eu Vasconie, où il perdit la plus grande partie de son armée*. » Ce récit est sans doute beaucoup plus concis que l'on ne le souhaiterait; mais si laconique qu'il soit, il prouve qu'il y avait dès lors en Novempopulanie, ou, comme il faudra dire par la suite, en Vasconie, des populations révoltées contre les Mérovingiens, et qui battaient quelciuefois les commandants militaires de la rive gauche de la Garonne que l'on envoyait contre elles. Après cette défaite du duc Bladaste, le premier événement dans lequel les Vascons entrent de nouveau pour quelque chose , c'est la conspiration de Gondovald. Un des effets momentanés de cette conspiration fut d'enlever à Contran et à Childebert toute la partie basse de la Vasconie , c'est-à-dire la seule où l'on puisse croire qu'ils eussent quelque autorité. Les Gondovaldiens exterminés, les choses rentrèrent,en Vasconie, dans l'ordre où elles étaient auparavant. Envahi par l'armée austro-burgondienne qui était venue y chercher Gondovald , ce pays fut, dans toute la propriété du terme, conquis de nouveau et remis de force sous la domination mérovingienne. Toutefois les seuls actes de Gontran et de Childebert que l'on puisse citer comme des actes de souveraineté de ces deux rois, sur leurs parts respectives de la Vasconie, ne sont ni nombreux ni bien concluants.

(i) Greg. Tur. Hisl. VI. 12.

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On se souviendia que GoiRlovaid, dans le court intervalle de son règne, avait élu à l'évéché d'Ax «•un prêtre nommé Faustien, en écartant de ce siège iNicetius, laïc, à qui le roi Chilpéric l'avait d'abord donné, peu de temps avant de mourir. Entré en possession de la ville d'Ax, Contran ùta Févèclié au pi-ètre pour le rendre au seigneur laïc. C'est tout ce que l'on sait de son gouvernement en Vasconie*.

On n'en sait guère plus de celui de Childebert. En 585, aussitôt après avoir recouvré ses villes d'Outre-Garonne, il en donna le commandement à un duc saxon nommé Childéric, qui, après avoir fait dans la conspiration Gondovaldienne, on ne sait trop quelle figure, s'en était retiré à temps, et avait trouvé un refuge à la cour d'Austrasie. Mais ce commandenjent lui fut ôté dans le courant de l'année 587, et tout porte à soupçonner que ce fut pour des intrigues peu conformes à ses devoirs de duc. Il fut remplacé par un Gallo-romain , par Ennodius de Poitiers, qui était déjà duc de l'Aquitaine austrasienne. Ennodius resta quelque temps sans aller prendre possession de son nouveau duché, et à peine y était-il établi qu'il reçut l'ordre d'en sortir, et en sortit sans être remplacé; du moins n'est-il nulle part question de son successeur 2.

.1) Grig. Tiir. Hist. VIII. 20.

(a) Id. Mil. 18.

U. :ii

S-JO YASCONIE

Ce sont I;i les {leriiières relations connues clos royaumes d'Auslrasie et de Burgondie avec la Vasconie. Des relations si peu et si mal indiquées ne font rien présager de la révolution qui était sur le point de s'opérer dans ce dernier pays à la suite d'une descente des montagnards des Pyrénées, ou des Vascons, comme dit Grégoire de Tours, le seul historien qui parle de cette descente. Je traduirai littéralement les termes dans lesquels il en parle.

« Les Vascons, dit-il, se précipitant des monla- « gnes (en SSy), descendent dans les plaines, dé- « vastent les vignes et les champs, livrent les maice sons aux flammes et emmènent (juelques prison- <( niers et des troupeaux. Le duc Austrovald marcha « plusieurs fois contre eux, mais il n'en tira qu'une « iaible vengeance *. »

Telle est l'invasion que la plupart des historiens modernes semblent prendre pour un fait unique et isolé dans son espèce, auquel ils rattachent, comme à sa cause immédiate, le fait de l'existence de tribus vascones ou basques dans les Pyrénées gauloises. Quant à moi , je ne puis voir dans ce récit de Grégoire de Tours rien d'exprès ni de sous-entendu, rien d'explicite ni d'implicite, dont on puisse raisonnablement déduire l'hypothèse d'une conquête, c'est-à-dire de l'occupation définitive, par les envahisseurs, d'une partie quelconque du territoire envahi , ni l'expulsion hors de; ce territoire

(i) hL IX. 7.

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(rune populalioli ancienne par une population nouvelle.

Il est certain ({ue l'invasion vascone dont il s'a£;it ne fut pas la première de son espèce , et rien n*autorise à supposer qu'elle fut faite ni par d'autres hommes ni par d'autres motifs que les précédentes. Il paraît seulement qu'elle s'exécuta avec plus de concert et avec de plus grandes forces, qu'elle s'étendit plus loin et laissa plus de traces que toutes ces dernières, qu'elle dut par ces raisons même contribuer à faire oublier. Tout me semble caractériser cette invasion comme le résultat d'un grand effort national des peuples des Pyrénées tant gauloises qu'espagnoles contre la domination franke en Vasconie, et je crois voir, dans les événements précédents, un motif de plus pour ces peuples de tenter un pareil effort.

Il y avait à peine deux ans que les Austro-Burgondiens étaient venus Outre-Garonne faire la guerre à (iondovald. La vraie catastrophe de cette gueiTe avait été l'extermination d'une population de même race et de même langue qu'eux. La ville capitale de cette population avait été assiégée, elle avait été prise , et les vainqueurs n'y avaient laissé ni un être vivant, ni une pierre sur l'autre. Vn tel événement avait à coup sur lait du bruit dans toute la Vasconie; il avait dû y rendre la domination franke plus odieuse encore qu'elle n'était; et si , comme tout autorise, oblige même à le croire, il \ avait déjà alors dans les hautes parties du pays

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(|ue]que seigneurie indépendante ou mal soiiniise, l'événeinent dont il s'agit donnait à cette seigneurie de nouveaux prétextes et de nouveaux moyens pour expulser les dominateurs étrangers. Je ne vois rien que de probable à supposer aux bandes armées descendues des Pyrénées , en 087 , le désir de venger, sur les hommes romanisés de la plaine, sujets des Franks, la catastrophe des Convenues, leurs voi^ sins et leurs frères.

Mais, quelles que soient les causes immédiates du fait, les conséquences n'en sont pas douteuses et sont des plus importantes, A dater de 588, tous les effets de la première conquête franke en Vasconie cessent brusquement, et ce n'est qu'à la suite de nouvelles guerres et de nouvelles conquêtes que les rois Franks reprennent, par intervalles de peu de durée, quelque autorité sur cette contrée. La lutte jusque là obscure, partielle et désordonnée des montagnards des Pyrénées contre les Fianks, devient une lutte manifeste et régulière à laquelle la population romanisée de la Vasconie prend la même part que celle des montagnes, et qui, durant des siècles, se complique avec tous les grands événements du moyen-âge.

Ces observations générales, qui seront, je l'espère, justifiées par le développement progressif des faits, suffiront pour constater dès à présent que l'invasion vascone de 58^, quelles qu'en aient été les circonstances particulières, doit être considérée comme un événement faisant époque parmi les di-

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verses tentatives gallo-romaines pour secouer ou alléger le joug de la conquête franke.

Ces tentatives avaient commencé chez les Arvernes par un soulèvement général du pays, provoqué par le gouverneur même de ce pays, par le duc Bazole. In peu plus tard, l'opposition des Arvernes à la conquête s'était manifestée une seconde fois, bien que d'une manière équivoque et molle, dans l'intrigue d'x\rcadius contre le roi Thierry ; mais celui-ci, pour s'en venger, avait tellement dévasté, spolié et dépeuplé la malheureuse Arvernie, qu'elle ne donna plus depuis aucun signe d'énergie.

Surmontée en Auvergne, la résistance à la domination franke avait reculé vers l'intérieur de l'Aquitanie, jusqu'en Poitou et dans le Limousin, où elle éclata par la rébellion du jeune roi Chramne, fils de Childebert. La force qui réprima cette rébellion n'étouffa point, dans les pays qui en avaient été le théâtre, une certaine impatience généreuse des maux et de l'oppression de la conquête. Mais, dans les horribles guerres dont Chi'lpéric avait transporté le foyer au-delà de la Loire, tous les efforts des Aquitains pour améliorer leur condition s'étaient bornés à de fréquents changements de maitres.

A l'époque de la conspiration de Gondovald, c'étaient la portion méridionale de l'Aquitanie, les contrées au-delà de la Dordogne, qui avaient pris sur elles la tâche de lutter pour l'indépendanc c gallo-romaine. Enfin, ces contrées paciliées et ren-

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