QUATRIÈME LISTE
NOMS DE LIEUX ANTIQUES COMMUNS A l'eSPAGNE ET A LA GAULE MÉKIDIONALE.
En supposant qu'il y eût, pour contester le fait qui résulte «lu rapprochement des trois listes précédentes, des raisons qui me sont inconnues et que je ne sais point imaginer , ce fait n'en serait pas moins certain , pas moins démontré par d'autres raisons. Ces raisons, je les ai exposées et développées dans des recherches historiques destinées à compléler un jour cet ouvrage, où je suis, en attendant, obligé de les supposer connues. Tout ce que je puis faire pour en indiquer vaguement ici le résultat, c'est d'ajouter aux trois listes précédentes une quatrième liste qui les confirme toutes. Cette quatrième liste comprend quelques noms donnés par les écrivains de l'antiquité pour des noms de lieux situés les uns en-deçà , les autres audelà des Pyrénées. Or, le résultat de cette double liste est exactement le même que celui des trois précédentes. Elle démontre deux choses : i" l'identité des dénominations géographiques des deux contrées; 2° l'identité de la langue à laquelle appartiennent ces dénominations avec la langue basque.
alunis. Ancien nom latinisé de l'A- 'Aunis Petit fleuve de la Galice.
Jour.
, , , „ , ^ ., ( ^5pi4-. Ville des Turdules.
Jsfja-luha. ^ ille des Osquidates. <
iLuka. Ville desCantabres.
//r/j-/Vi///n Ville des Ausiieiis Bels-inum. Sur l'Èbre , chez les
Vascous.
IJigetimies. Peuplade.
/iiguira. Ville des Bigc
Caitfi; - libeiii. Nom anli(|iie de | CrtHAa. Une des villes de IHspiifîne
• ollinme. 1 oteidenlalo.
( Bigerra. Ville de la Tarraconaise.
jicenonis. '
J2 2 A.PPENDICE N" H.
Cala-gurris. Ville sur la Haute- Cala-gunis. Ville des Vascons, sm
Garonne. l'Èbre.
Clim-berris . Le plus ancien nom Colim-bera. Coïmbre.
connu d'Auch.
Ili-beris. Très ancienne ville , sur , Illi-beris, /
I '. j T, -11 1t.,-, . { Ville des Turdul es.
les cotes du Roussillon. j Eli-bems. \
Ilum-berris. Ancien nom de trois Jlum-beiris. Ville des Vascons.
différentes villes des pays Ou- dans la vallée de TÈbre.
Ire - Garonne , de Lombez ,
Lumbeis et Lumbres.
Oloi-o. \
Oluro. > Anciens noms d'Oleron. Iluro. Chez les Coselaniens. Iluro. J Magrada. Ancien nom de la Bi- Agrada. Ancien nom de la rivière
dassoa. qui a donné son nom au
royaume d'Aragon.
Osk-ineium. Capitale des Vasales. Oska. Ville des Ilergetes. Tolasa. Toulouse. Tolosa. Dans la province de Gui-
puzcoa.
Turba. Ville des Bigerrones ; — Turbula. Sur le Turias.
aujourd'hui Tarbes.
XJiso. Rivière, branche de l'Adour. Vrso. Rivière do la B;elique. Ui-bicus. L'Orbieu , branche de Urbicus. L'Orbieu , branche du
l'Aude. Duero.
FRAGMENT d'uN ANCIEN CHANT NATIONAL BASQUE.
Puisque j'ai eu l'occasiou de parler de ce curieux fragment, je crois bien faire, pour la curiosité de quelques lecteurs, d'en joindre ici le texte, accompagné d'une version aussi littérale qu'il me sera possible de la donner , à l'aide de celle que M. de Humboldten a faite sur les lieux , aidé lui-même par les érudits du pays. Voici d'abord quelques explications préliminaires . qui sont malheureusement tout ce qu'on peut dire pour l'Intelligence de ce morceau.
Auguste ayant fait la guerre aux Cantabreset les avant vaincus, ceux-ci , sous le commaudement d'Uchin, leur chef, se retirèrent sur une haute montagne , où les Romains les bloquèrent, dans l'espoir de les contraindre à se rendre en leur coupant les vivres. Cette espèce de blocus dura , dit-on , plusieurs années, et se termina par une paix glorieuse pour les Cantabres.
D'après les traditions du pays, le général rantabre, Uchin serait allé apiès la paix s'établir en Italie, où il aurait fondé la ville à'Urbino. Ces traditions ne méritent certainement aucune foi j mais il est pourtant singulier, comme l'observe M. de Humboldt, que le nom d'f/r^i'rtO [Urbinurii] soit un mot basque, qui signifie ( ville) entre deux eaux, et qu'il y ait en Biscaïe une ville <]' Uroina. Après le départ d'Uchin, les Cantabres se donnèrent lin autre chef, nommé Lecobidi. Tels sont , vrais ou laux, les événements auxquels le chant qui suit fait très vaguejîieiit et très obscurénittU allusion.
];.e premier couplcl n'a [)pailifnl poiril au sujol; il se rap-
'i'i APPENDICE TS" III.
porte à une vieille liistoire basque, d'une éîrange ressemblance avec celle du meurtre d'Agameninon. Il y eut, selon cette tiadition , en Eiscaïe , un chef très brave et fort aimé nommé Lelo. Ce cbef ayant été obligé de faire une expédition de guerre en pays étranger, un certain Zara profita de son absence pour séduire sa femme Tota. Lelo, son expédition terminée, étant revenu chez lui, les deux amants se concertèrent pour le tuer et le tuèrent. Le crime fut découvert et fit du bruit. Ilfutdécidé dans l'assemblée du peuple que les deux coupables seraient à jamais bannis du pays. Quant à Lelo, il fut ordonné que, pour honorer sa mémoire et perpétuer les regrets de sa mort, tous les chants nationaux commenceraient par un couplet de lamentation sur lui. Si singulière que puisse paraître cette histoire , il y a un proverbe basque qui s'y rapporte et semble en attester sinon la vérité, du moins la popularité. Betico Leloa ! (c'est) l'éternel Lelo ! ou, éternel comme Leh ! dit-on de toute chose trop répétée. M. deHumboldt cite en outre le refrain d'une vieille chanson en l'honneur de Lelo.
Encore quelques inots sur la découverte et l'âge de ce fragment. Il fut trouvé vers iSgo, par J. Ibanez de Ibarguen , savant biscaïen , chargé de visiter les archives du pays. Il était écrit sur une feuille de très vieux parchemin , tout rongé des vers, et consistait en un grand nombre de couplets dont Ibanez ne copia que seize, ou plutôt quatorze. Cette copie , comme perdue au milieu de beaucoup de papiers d'un autre genre, était restée inédite jusqu'en 1817 , où M. Guillaume de Humboldt la publia, dans son supplément à l'article de la langue basque dans le Mithridate d'Adelung.
Les érudits basques n'hésitent pas à regarder ce fragment comme aussi ancien que le fait auquel il se rapporte. Je me suis déjà exj)liqiié là-dessus , et ne pourrais que répéter ce que j'ai dit. Eu indiquer précisément l'époque, c'est chose impossible j maison peut, à l'aide d'un rapprochement faciit' , s'assurer que, sans cire an'ifjuc. il Cbl du moins fort ancien.
AP1'EM)ICE N" ITf. :ri^
Il existe un autre fragineut basque, dans le dialecte de Guipuzcoa, qui, avant la publication de celui-ci, passait pour le plus ancien qu'il y eût en langue basque; c'est le premier couplet d'un chant historique composé en i322 sur une victoire remportée, cette même année, sur les Navarais, par les Guipuzcoans; ainsi donc le fragment dont il s'agit a plus de six cents ans d'ancienneté. Toutefois la diction ne présente ni difficulté, ni obscurité, et la langue n'en diffère point sensiblement de la langue actuelle.
Si maintenant on rapproche le chant cantabre du chant guipuzcoan, le premier a l'air d'appartenir à un autre idiome, tant il abonde en archaïsmes, en mots perdus et inconnus, dont il faut deviner le sens. Si l'on veut évaluer par approximation le temps indispensable pour amener une différence aussi marquée entre les deux fragments, on peut dire avec assurance que ce n'est pas trop de cinq ou six cents ans, et peut-être prouverait-on que ce n'est point assez.
Pour ce qui est des chants modernes des Basques, je n'en connais pas qui méritent d'être cités, et j'ai entendu dire la même chose par des Basques lettrés. Ce peuple est pourtant doué d'une imagination très vive, et il aime beaucoup la poésie. On y rencontre partout des hommes qui, à leur profession ordinaire de pâtres, de bergers, d'artisans, joignent celle de poètes improvisateurs, que l'on invite régulièrement aux réjouissances publiques, aux fêtes domestiques, aux mariages, aiix baptêmes, pour y improviser des chants relatifs à la circonstance. Des personnes qui ont entendu fréquemment ces sortes d'improvisations, m'ont assuré qu'elles ne méritaient pas d'être écrites ni lues; cela se peut, mais j'ai mes raisons pour croire que les mêmes personnes, qui pouvaient avoir raison en parlant ainsi de quelques-unes de ces improvisations vraiment triviales etmauvaises, auraient parlé à peu près de même d'improvisations originales, inspirées et véritablement poétiques.
j-iG
APPF.NDrCJi X II f.
Lelo ! il Lelo ; Lelo ! il Lelo ; Leloa! Zarac Il Leloa !
(O) Lelo ! Lelo (est) mort ; (O) Lelo ! mort (est) Lelo, (O) Lelo! Zara A tué Lelo.
Romaco aronac Aleguin, eta Vizcaiae daroa Çansoa.
Les étrangers de Rome Veulent forcer la Biscaie ; et La Biscaie élève Le chant de guerre.
Octabiano Munduco jauna , Lecobidi Vizcaicoa.
Octavien (est) Le seigneur du monde ; Lecobidi Des Biscaiens.
Ichasotatic Ela leorrez, Imini deuscu Molsoa.
Du côté de la mer, Du côté de la terre (Octavien) nous met Le siège (à l'entour).
Leor celaiac Bereac dira , Mendi taataiae Leusoac.
Les plaines arides Sont à eux ;
(A nous) les bois de la montagne, Les cavernes.
Lecu ironean Gagozuiiean ,
En lien favorable Nous élanl postés,
APPriVDicF > m.
Norberac seudo (Dauj gogoa.
Lhacuu (de nous) iVri A le courage.
P)ildurric guichi Arma bardinas , Oramaia zu Guc.\oa.
Petite (est notre) frayeur, Au mesurer des armes; (Mais) ô notre arche an pain, vous (Êtes) mal (pourvue) !
Soyac gogorrac Badirituis ,
Narru billosta Surboa.
Si dures cuirasses , Ils portent (eux) , Les corps sans défense ( Sont ) agiles.
Bost urleco Egun gabean (iueldi bagaric Boclioa.
Cinq ans durant De jour et de nuit , Sans aucun repos , Le siège (dure).
Guereco bala Il badaguian, Bost amarreu Galdua.
Quand un de nous Eux tuent, Quinze d'eux (Sont) détruits.
Aec anis fa Gu gtiichitaia; Azquen indiigu Lalboa.
(Mais) eux (sont) nombreux ci Nous petite troupe.
A la fin nous faisons Amitié.
iaS
APPIslNUlCE ^" II f.
Gueure lurrean Ta aen errian , Biroih ain baten Zamoa.
Dans noire terre Et dans chaque pays ( Il y a ) une manière de lier Les fardeauï.
Eein gueyago
Davantage (était) inri possible
Tiber lecua GuelJico zabal, Uchin tamaio Graiidoja.
La ville du Tibre (Est) sise au loin;
Ucbin
(Est) grand.
( lUùible ;
Andi arichac Guesto sindoas Betigo naiaz Nardoa.
Des grands chénci La force s'use Au grimper perpétuel Du pic.