‹ Historie de la Gaule Méridionale sous la domination des conquérants germainsChapitre 14 sur 35 · VII · texte numérisé non relu

VII

(3) 1(1 loc. cit.

l3o ÉTABLI SSEMEJNT DES VISIGOTHS

faire une idée par celle de Bordeaux, dont Paulin dit quelque chose dans ce poème dont j'ai parlé*.

Les Goths et les Alains étaient entrés à Bordeaux en amis, dans un moment où ils aA'aient des raisons pour en ménager les habitants. Maintenant, contraints à partir brusquement, et rentrés dans la plénitude du droit de la guerre , ils n'en voulurent pas perdre les bénéfices. Au moment de quitter la ville ils en exigèrent des contributions de toute espèce; ils dépouillèrent de tout et chassèrent plusieurs riches citoyens , sans en excepter ceux qui , comme Paulin, n'avaient accepté que par égard pour eux, des emplois d'Attale, de ce vain empereur de leur façon 2.

N'ayant point d'ennemi derrière eux pour presser leur retraite, les Goths et les Alains crurent pouvoir, chemin faisant, prendre et jDiller quelques villes. Bazas était la première de celles qu'ils devaient rencontrer sur leur passage ; ils l'assiégèrent, et à peine avaient-ils commencé à la battre en dehors qu'une pire guerre éclata dans l'intérieur, entre les habitants. Les esclaves, ayant pour chefs quelques jeunes gens de condition libre , mais d'humeur turbulente et factieuse, avaient résolu d'égorger indistinctement tous les hommes riches et puissants de la ville, qui, préoccupés de leur défense contre les Barbares, ne pouvaient être en

fi) Eucharislicon. V. 3i i. sq(|.

. 2] Id. loc. cit.

DANS LA GAULE. l3l

garde contie un complot domestique; mais , par on ne sait quel heureux hasard, la conspiration fut découverte à temps , et prévenue par la punition des principaux coupables.

Paulin de Bordeaux fut témoin et acteur dans cet événement. Dépouillé de tout et chassé de sa ville natale par les Goths, il s'était réfugié à Bazas, patrie de ses ancêtres, avec une nombreuse famille réduite à la pauvreté, et plusieurs amis aussi malheureux que lui. Sa misère récente n'avait point touché les esclaves révoltés. Désigné pour une de leurs victimes et sur le point d'être frappé, il n'avait été sauvé que par une espèce de miracle. Effrayé du danger qu'il venait de courir et de tous ceux qu'il avait à craindre encore dans une ville assiégée par une armée de Barbares, il forma le projet de sortir de Bazas et d'aller chercher où il pourrait un asile plus sûr pour sa famille et pour lui.

L'entreprise n'était pas sans difficulté; mais il croyait avoir un moyen sûr d'y réussir. Il avait eu des liaisons intimes avec Goar, roi des Alains; or, il savait que ce roi était actuellement sous les murs de Bazas, avec tout son peuple, formant une partie considérable de l'armée assiégeante. Il savait de plus qu'il y avait de la mésintelligence entre les chefs visigoths et Goar; que celui-ci répugnait à la rigueur avec laquelle les autres traitaient les peuples du pays qu'ils évacuaient, et que, s'il les secondait en cela, c'était par nécessité et avec dé-

i'5l ÉTABLISSEMENT DES MSIGOIHS

plaisir. Dans cet état de choses Paulin se figura que Goar favoriserait volontiers son évasion, et il résolut d'aller le trouver pour lui en faire la prière.

S'étant donc fait ouvrir une porte de la ville, Paulin s'avança vers la partie du camp ennemi où se trouvaient les Alains , y pénétra sans obstacle et fut introduit dans la tente de Goar, dont il paraît qu'il ne reçut pas d'abord tout l'accueil sur lequel il avait compté. Il ne laissa pas néanmoins de lui dire pourquoi il était venu , et de lui demander ce qu'il désirait.

La réponse du chef barbare fut d'un bout à l'autre un sujet de stupeur pour Paulin. Bien loin d'être en mesure de favoriser l'évasion de son ami, il assura à celui-ci qu'il y aurait du danger pour lui à rentrer de jour dans la ville. Il pouvait être aperçu par les Goths ; or , dans ce cas , il était perdu, et lui, Goar, gravement compromis. Après ce début le roi des Alains déclara que l'alliance oppressive des Goths lui était devenue insupportalile et qu'il avait résolu de s'en affranchir pour passer de nouveau au service de l'autorité romaine. Et son dessein était d'y passer sans délai, avec le secours et par l'intermédiaire de son ami, auquel il exposa le plan qu'il venait de former à l'instant même dans cette vue. Ce plan, qui n'est pas clairement énoncé dans le récit de Paulin , était , à ce qu'il semble, de passer avec tout son peuple dans la ville assiégée, et de se réunir aux habitants con-

tre les Goths , qui ne manqueraient pas alors de lever brusquement le siège.

Paulin fut d'abord troublé d'une confidence et d'une proposition si peu attendues ; mais bientôt revenu à lui et décidé à profiter de l'occasion qui se présentait de délivrer Bazas, il encouragea Goar dans sa résolution de se séparer des Goths pour rentrer dans le parti romain. Goar trouva toutefois à son plan des inconvénients et des dangers dont il le convainquit aisément. S'étant enfin bien entendus , ils prirent tous les deux le chemin de la ville. Là Paulin présenta le roi des Alains aux magistrats de la curie qui, agréablement surpris d'un si heureux coup de fortune , donnèrent leur approbation à tout ce qu'avait fait Paulin ; et Goar retourna aussitôt dans son camp , où il employa le reste de la nuit à tout disposer pour que les choses convenues s'exécutassent au point du jour.

Le bruit de cette convention s'était répandu en un clin d'œil dans la ville , et avant le lever du soleil les remparts de Bazas étaient couverts d'une multitude de femmes , d'enfants et d'hommes armés ou désarmés, accourus pour voir ce qui allait se passer. Et le spectacle avait en effet quelque chose d'étrange! Les Alains, dont le camp était la veille à la distance convenable, étaient maintenant sous les remparts de la ville comme prêts à les défendre , et en bataille derrière une ligne de bagages et de chars. Les femmes, les enfants, épais décote et d'autre, accouraient se joindre aux guerriers, et toute la

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tribu ne fit bientôt plus qu'une seule masse. Alors son chef Goar et les magistrats de la curie de Bazas s'avancèrent, chacun de leur côté, pour conclure ensemble un traité solennel de paix et d'amitié. De part et d'autre des otages furent donnés : de celle de Goar, la plus honorée de ses femmes et un de ses fils ; de celle des Bazates, Paulin lui-même ^.

Les Goths , en bataille et retranchés dans leur camp, contemplaient avec un mélange de surprise et de fureur cette scène imprévue; ils n'osèrent cependant pas la troubler, et jugèrent plus sage de battre sur-le-champ en retraite. Les Alains euxmêmes partirent bientôt après. A dater de ce départ, on les perd de vue pour plusieurs années; mais il est sûr qu'ils rentrèrent au service de l'Empire par le fait de leur traité avec les Bazates , et c'est sous les ordres des généraux romains que nous les retrouverons.

Quant aux Goths, ils prirent de Bazas le chemin deâ Pyrénées et allèrent rejoindre dans la Tarraconaise orientale le gros de leur nation. On ne sait rien de ce qu'ils y firent ; mais comme , en y entrant , ils étaient en pleine guerre contre l'Empire, il y a beaucoup d'apparence qu'ils commencèrent par rançonner et dévaster cette partie de l'Espagne , la seule qui eût échappé aux ravages des Alains et des Vandales.

(i) Toutes les particularités de cet événement singulier se rencontrent dans le poème de Paulin que j'ai déjà cité plusieurs fois

Peut-être seulement ces hostilités ne durèrentelles pas long-temps. Ataulfe avait élé repoussé de la Gaule plutôt que vaincu; ayant une fois rallié au-delà des Pyrénées ses forces encore imposantes après la défection de Goar , et fixé son siège à Barcelone , il se trouvait de nouveau en situation d'offrir la paix, et il eut bientôt une occasion propice de renouer avec Honorius. Ce fut la naissance d'un fils qu'il eut de Placidie et auquel il donna le nom de Théodose, comme pour mieux marquer son désir d'en faire un gage de réconciliation entre l'Empire et lui*^. Mais le même obstacle qui s'était déjà opposé à cette réconciliation en Gaule continuait à s'y opposer en Espagne. Constance, toujours plein de ressentiment, persistait à contrarier de tout son crédit les poursuites pacifiques d'Ataulfe et de Placidie; et le sort lui-même parut se déclarer contre les deux époux : ils perdirent, bientôt après sa naissance, cet enfant dans lequel ils avaient mis de si chères espérances 2.

Les choses en étaient là lorsqu' Ataulfe fut assassiné en 4i5. Les historiens ne sont pas d'accordsur les circonstances ni sur les causes de cet assassinat; la plupart le rapportent purement et simplement, sans en marquer la raison ou le prétexte. Jornandès et Orose me paraissent ceux dont les récits, bien que très divers , sont le plus susceptibles d'être con-

(l Olyinpiodor. ap. Plioliuni , p. 187. (7? Id. Inc. rit.

l36 ÉTABLISSEaiENT DES VISIGOTHS

ciliés; selon le premier, Ataulfe fut tué par un certain Bernulfe, personnage ridiculement petit et contrefait, dont il avait coutume de se moquer *. Orose, sans nommer le meurtrier, se borne à dire qu'Ataulfe fut assassiné au milieu des efforts qu'il faisait pour obtenir la paix, et donne à entendre, ce qui est confirmé par les faits subséquents, que sa mort fut l'œuvre de ceux d'entre les siens qui voulaient faire durer la guerre 2. Or, il n'y a point d'invraisemblance à regarder l'assassin Bernulfe comme l'instrument de cette faction opposée à la paix.

Ataulfe, mortellement blessé, ne mourut pas sur le coup; il eut le temps d'expliquer ses dernières volontés à ses amis et à son frère; il leur recommanda Placidie, leur enjoignant de la renvoyer à sa famille, et leur conseilla de travailler de tout leur pouvoir à la paix et à l'alliance des Yisigolhs avec les Romains ^.

Il y a dans Orose un passage extrêmement curieux qui fait bien voir ou peut-être exagère les idées, les vues et les projets de civilisation qu'Ataulfe roulait dans sa tète au moment où il fut assassiné.

Orose avait fait un voyage en Syrie, dans le temps où saint Jérôme y vivait en renommée de sainteté et de science, et il s'était empressé de visiter le vénérable prêtre. Entre diverses choses

(i) Jornandes, de Reb. Get. XXXI.

(2) VII. 43. — Isidorus, Chronic. Guthonim.

i^'\) Olympiod. lof. cil.

DANS LA GAULE. iZ'J

dont celui-ci s'entretint avec lui, il lui parla beaucoup d'Ataulfe, et lui en parla en homme frappé de ce qu'il en avait ouï dire par un témoin respectable. Ce témoin était un éminent personnage, un Romain de la colonie deNarbonne, qui avait rempli sous Théodose un grand office militaire, et qui, se trouvant à Narbonne dans l'intervalle où Ataulfe l'avait occupée , avait eu l'occasion de voir fréquemment ce chef, de se lier avec lui et d'en connaître les pensées les plus intimes. Or, voici l'espèce de profession de foi qu' Ataulfe lui avait faite.

« D'abord, ennemi acharné de l'Empire et du nom romain, il n'avait rien désiré avec tant d'ardeur que de détruire l'un et l'autre, et d'élever sur leurs ruines la domination et la renommée des siens, de manière à ce que tout ce qui avait été une fois le monde romain fût désormais la Gothie. Mais s'étant assuré par des épreuves multipliées que les Goths étaient encore trop barbares pour obéir à des lois, et sachant que, sans lois, il n'y a point d'Etat, il s'était résigné à une moindre gloire, à celle d'employer les forces des Goths à rétablir le lustre et le pouvoir des Romains , et à se faire le restaurateur d'un vieil empire, ne pouvant être le fondateur d'un nouveau. C'était là le motif pour lequel il s'abstenait de faire la guerre et s'obstinait à désirer la paix , déterminé en grande partie par les bons conseils et parles exhortations de sa femme Placidie, femme de grand sens et d'une grande vertu *. »

l38 lÊTABLISSEMENT DES VISIGOTHS

C'étaient là de nobles et belles illusions, et l'anie d'Ataulfe avait bien pu les concevoir; mais le magnanime chef eut aussi le temps de s'assurer, avant de mourir, quelle disproportion il y avait entre son but et ses moyens, et combien les Goths étaient loin encore de ce qu'ils auraient dû être pour se prêter docilement à ses vues. Il y avait toujours, en effet , parmi les Goths un parti nombreux qui , resté barbare, persistait dans sa vieille haine pour Rome, dans sa répugnance obstinée pour tout projet d'établissement fixe, pour tout commencement de civilisation , n'y voyant qu'un commencement de servitude et de mollesse. Toutefois, la partie de la nation des Visigoths qui avait déjà cédé aux influences du christianisme et de la civilisation romaine, et qui aspirait aux jouissances de la paix et d'un état sédentaire, s'était plutôt renforcée qu'affaiblie sous le commandement d'Ataulfe. C'est ce dont fait foi le résultat de l'espèce de lutte qui eut lieu après sa mort entre les deux partis de la nation.

Le choix du successeur d'Ataulfe porte en luimême la preuve évidente qu'il fut l'ouvrage de la faction opposée à ce dernier; il tomba sur Sigerikh, le frère de ce même Sarus , de cet implacable ennemi d'Ataulfe , que celui-ci avait fait tuer en Gaule *. Tous les actes de ce nouveau chef des Visigoths furent autant de vengeances de la mort de Sarus. il s'empara d'abord de la personne de Placidie qu'il accabla d'affronis. Olynipiodore assure qu'il lui fit faire

j Oâosiiis. loc. cit. — Piosperi Chronicon. — Isidorus, etc.

douze milles à pied devant son cheval , au milieu d'une multitude de femmes captives. Âtaulfe avait de son premier mariage avec la sœur d'Alaric plusieurs enfants qu'il avait laissés aux soins de Sigesaire , évéque arien ; Sigerikh les fit tous enlever et massacrer *.

Jusque là la conduite de Sigerikh pouvait convenir à la faction qui l'avait élu; mais une chose que cette faction ne lui pardonna pas, ce fut de se montrer enclin a un rapprochement avec l'Empire. Elle le fit assassiner au bout de sept jours et nomma à sa place W allia, partisan déclaré de la guerre 2,

Wallia débuta en effet dans son règne par une expédition dont l'idée devait plaire à la portion de son peuple la plus avide de combats et de pillage. Il s'agissait d'une descente en Afrique. Plusieurs milliers d'hommes embarqués sur des navires réunis à cet effet de tous les points de la côte essayèrent de franchir le détroit de Cadix; mais au milieu du trajet la flotte , assaillie d'une horrible tempête, fut anéantie ou dispersée, et il périt un grand nombre de ces guerroyeurs turbulents pour qui l'expédition était faite. Ce fut une victoire pour le parti de la paix. Wallia lui-^rnéme embrassa franchement ce parti qu'il renforça dès lors considérablement; car c'était un chef plein d'intelligence et d'énergie ^.

(i) Olymplodorus, ap. Pholiuro, p. 187.

(2) Orosius, loc. cit.

(3) rd. lor. rit.

l4o ETABLISSEMENT DES VISIGOTHS

Dans le cours de 4i6 ou au commencement de 417, Wallia proposa au patrice Constance un accommodement auquel celui-ci n'avait plus de motif de s'opposer, depuis que la restitution de Placidie en était naturellement redevenue l'une des conditions principales. Un traité fut bientôt conclu entre Honorius et le chef des Visigoths. En réunissant tout ce que l'histoire indique de ce traité, on peut le réduire aux termes suivants :

1° Placidie , jusque là retenue comme prisonnière, devait être aussitôt renvoyée à l'empereur, son frère;

1" L'empereur devait fournir aux Visigoths six cent mille mesures de blé ;

3° Ceux-ci se chargeaient de faire la guerre aux Alains et aux autres Barbares de l'Espagne pour le compte et au pi ofit de l'empereur ;

4° Pour prix des services rendus dans cette guerre, et quand elle serait terminée, l'empereur promettait de céder en propriété aux Visigoths la seconde Aquitaine, avec quelques autres villes et pays adjacents *.

Ce traité fut d'abord exécuté en ce qui concernait la liberté de Placidie et le subside en blé exigé parles Visigoths. Aussitôt après ceux-ci, se portant des côtes orientales de la Tarraconaise à l'ouest et au midi de l'Espagne , y commencèrent une guerre

(il Olympioclorus, loc. cit. — Phiiostorgius, XII. 4- — Orosius, VII. 43.

DA^S LA GAII.E. l4l

sanglante contre les Barbares*. Les plus puissants de ces Barbares, les Alains, furent les premiers et le plus vivement attaqués; leur race fut presque détruite, et ce qui en resta, trop peu considérable pour être nommé unpeuple et pour avoir un chef, passa sous la domination d'Hermanrikli , roi des Suèves.

Les Vandales Silingues ne furent pas moins maltraités 2. Les Suèves et la branche des Vandales qui s'était jointe à eux se défendirent mieux dans les vallées de la Galice, ou n'y furent pas si vivement attaqués. A continuer quelque temps comme elle avait commencé, la guerre devait finir par l'extermination commune des Barbares, assaillants ou assaillis, amis ou ennemis des Romains. Wallia s'en aperçut, et, soupçonnant sans doute que cette extermination était le vrai but de la politique romaine, il déposa les armes, avant l'expiration de la seconde année, et revint en Gaule (en 4 18) pour y recevoir le prix convenu de ses services. Mais il y eut probablement encore à ce sujet des difficultés et des négociations ; car ce fut seulement l'an-

(i) Idatii Chrouic. — Sidon. Appollinaris panagyric. Anthemii. — Orose termine son histoire à l'an 4i7> paî" "ne phrase qui est une allusion à cette guerre encore alors indécise : « Itaque Dunc qiiotidie apud Hispanias geri bella gentium, et egi strages ex alterutro Barbaroruni, crebris, certisque nuntiis discimus; praecipuô Walliain Gothorum Kegem, insistere patrando paci ferunt. >•

(2) Idalii Chronic. ;id an. /ii8.

\[\-l :ÉTABLISSEMENÏ DES VISIGOTHS

née d'après (419) que les Visigoths entrèrent en possession de la seconde Aquitaine, province faisant près de la moitié occidentale des pays compris entre la Garonne et la Loire. A ce fonds furent ajoutés, comme appendices, des cantons et des villes des provinces limitrophes. Il est certain que Bordeaux avec une portion de la Novempopulanie, et Toulouse avec un district de la Narbonaise première, y furent annexés. 11 y a lieu à présumer la même chose de Carcassonne*; mais Narbonne resta à l'Empire avec toute la plage, de l'embouchure de l'Aude à celles du Rhône et de la mer aux Cévennes.

C'est là tout ce que l'on peut dire de la circonscription du premier royaume des Visigoths dans la Gaule. C'était à peu près, comme on voit, le même pays sur lequel s'était arrêté le choix d'Ataulfe pour en faire une patrie à son peuple; et le sentiment de préférence et d'amour avec lequel tout annonce que les Goths y revinrent, en justifiant ce choix, le rend plus remarquable.

On sait vaguement que les Visigoths s'approprièrent les deux tiers des terres cultivées dans la portion de la Gaule qui leur fut cédée 2, sans pouvoir bien dire comment doit être entendu ce partage. Il est probable qu'il ne s'agissait pas des deux

(i) Idatii Chronic. — Prospeii Chronic. Consular. — Isidori Chronic

(2) Visigollior. Codex.

DANS LA GATILE. ll\5

tiers du sol cédé pris en masse , mais des deux tiers d'un nombre déterminé de propriétés particulières, sur chacune desquelles on avait assigné à chacun des conquérants une part, ou, comme on disait, un sort. Il s'ensuivrait de là qu'il n'y eut que les terres des classes opulentes ou riches de soumises à cette dure loi de la conquête. Il est encore plus probable que cette quantité des deux tiers des terres partageables, assignée à chaque Gotli, ne fut pas une même quantité absolue égale pour tous les partageants, mais une quantité variable à raison de l'inégale étendue et de la valeur inégale des terres partagées. Ainsi la diversité des parts ou des sorts dut suivre, jusqu'à un certain point et autant que possible, celle du rang et des grades parmi les Barbares.

Les moindres circonstï^nces relatives aux transactions d'un peuple qui passe tout d'un coup des hasards et du vagabondage de la vie barbare à la condition de peuple sédentaire et propriétaire ont un certain intérêt, en ce qu'elles marquent déjà d'avance le plus ou moins d'aptitude de ce peuple pour son nouvel état. Il n'est donc pas indifférent d'observer que des chefs visigoths, non contents des terres qui leur furent assignées par le sort et en vertu du droit de conquête, en achetèrent d'autres de leurs deniers. Cette préférence donnée à la terre sur l'or, passion dominante du guerrier barbare, était certainement un indice de civilisation. Le trait qui me fournit cet indice peut être cité

l44 ÉTABLISSEMIINT DES VISIGOTHS

en pieuve d'un certain développement moral des Yisigotlis.

Ce même Paulin, que nous avons vu sortir ruiné de Bordeaux, et sauver d'une manière si imprévue Bazas assiégé par deux armées de Barbares, avait fini par se retirer à Marseille, où il vivait dans une grande indigence. Il reçut un jour, à son extrême et agréable surprise, une somme d'argent grâce à laquelle il se retrou-va un peu à l'aise. Cette somme était le prix d'une petite terre qui lui restait dans le voisinage de Bordeaux, et qu'un Gotb , auquel elle convenait et qui pouvait la prendre, lui avait achetée et lui payait *.

Du reste, à le considérer en masse, et abstraction faite de ces traits particuliers , le nouvel État des Visigoths ne put guère être d'abord pour eux qu'un nouveau mode de campement mifi taire,* plus fixe, plus agréable et plus au large qu'auparavant. On n'y aperçoit encore aucun vestige de lois adaptées à leur condition de propriétaires, de cultivateurs, ni aux relations complexes dans lesquelles ils entraient avec les Gallo-Romains.

Les pensées et les passions des chefs ou rois visigoths restèrent tournées à la guerre; ils ne regardèrent tous le pays qu'on leur avait cédé que comme le noyau d'un État à agrandir des débris de l'Empire, à mesure que celui-ci achèverait de se dissoudre. Telle fut leur idée dominante; et nous ver-

(i 1 Eucharisticon. V. !\g8. sqq.

DANS LA GAULE. i/j5

rons toute leur conduite se conformer à cette idée, bien différente sans doute de celles que l'on a pu supposer à Ataulfe, et moins haute, mais beaucoup plus naturelle et d'une exécution plus facile.

Wallia mourut l'année même de sa prise de possession de l'Aquitaine seconde , et fut remplacé par Théodoric I", dont j'aurai bientôt à parler*.

(i) Isidori Hislor. Golhor.

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TENTATIVES DU GOUVERNEMENT ROMAIN POUR RAF- FERMIR SON AUTORITÉ DANS LA GAULE. AETIUS

MAÎTRE DES MILICES DE l'eMPIRE; SES VICTOIRES

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