‹ Historie de la Gaule Méridionale sous la domination des conquérants germainsChapitre 13 sur 35 · KTABLISSEMENT DES VISIGOTHS · texte numérisé non relu

KTABLISSEMENT DES VISIGOTHS

jiiièie fois ; il nomma des grands dignitaires et envoya des chefs de province en Afrique.

Parmi les personnages qui , non par égard pour lui, mais de peur de déplaire aux Goth s, acceptèrent ses peu glorieuses faveurs, il en est un qui mérite d'être connu. Je veux parler de Paulin , Gallo-Romain d'une grande et touchante piété, qui appartenait à l'une des plus illustres familles de Bordeaux. 11 fut promu à Toffice de comte des largesses sacrées, l'un des douze premiers de l'Empire, et cette distinction attira sur lui des malheurs sans remède , dont il lit plus tard un récit en vers qui nous est parvenu. Ce récit n'est remarquable ni par l'élégance ni par l'élévation du style ; mais il est précieux par le ton de candeur et de vérité qui y règne d'un bout à l'autre, et, comme document historique , c'est le seul où l'on sente quelque reflet de la v ie douloureuse et sombre de cette époque. J'aurai çà et là et j'aurais voulu avoir plus souvent l'occasion d'en faire usage.

La cérémonie du couronnement d'Altale se confondit presque avec celle du mariage d'^taulfe et de Placidie, dont un historien grec nous a conservé les détails*; ils sont très curieux en ce qu'ils marquent avec éclat la transition définitive et complète d'Ataulfe aux sentiments, aux idées et aux l)abitudes de la civilisation romaine.

«Ces noces, dit Olympiodore, se célébrèrent à

^9.) Olympiofloiu.^ apiifl Pliolium, pag. 186, 187.

DANS LA GAULE. laj

Naibonne (au mois de janvier ^l'S), clans la maison d'Ingenuus, l'un des principaux citoyens de la ville. Là, dans le lieu le plus éminent d'un portique décoré à cet effet, selon l'usage romain, était assise Placidie, dans tout l'appareil d'une reine, et à côté d'elle Ataulfe , couvert de la toge et complètement vêtu à la romaine. Entre les divers présents de noce qu'il fit à Placidie, on remarqua cinquante jeunes garçons , tout habillés de soie , portant chacun un disque de chaque main , l'un plein de pièces d'or et l'autre de pierres précieuses, d'un prix inestimable, qui provenaient du pillage de Rome par les Goths. L'épithalame, entonné par Attale, fut chanté par Rustacius et Phœbadius. La noce se termina par des jeux qui charmèrent également les Barbares et les Romains. »

L'union de la fille du grand Théodose, de la sœur d'Honorius avec le chef errant de ces mêmes Barbares qui avaient pris et pillé Rome, cette union fit grand bruit dans tout l'Empire, et bien des chrétiens y virent l'accomplissement d'une prophétie de Daniel annonçant le mariage du roi du Nord avec la fille du Midi*.

Il existe une inscription qui , si elle était authentique, serait celle d'un monument élevé par les Narbonésiens, les Volces- A recomiques et les Anatiles, en l'honneur d'Ataulfe et de Placidie; et le motif de ces peuples pour dresser ce monument

(i) Idatii Chronic. ad A. 4i4-

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aurait été de remercier le couple royal d'avoir choisi pour demeure l'antique ville d'Héraclée, que l'on suppose avoir occupé le même emplacement que la ville actuelle de Saint-Gilles, sur le bras occidental du Rhône*. 6i difficile qu'il soit d'imaginer pour quelles raisons cette inscription aurait été forgée au quatorzième ou quinzième siècle, il me paraît plus difficile encore de l'admettre pour authentique. Ataulfe et Placidie, après leur mariage, ne quittèrent point Narbonne. Cette ville toute romaine était encore alors une des premières de l'Empire par sa population , sa grandeur , la magnificence et le nombre de ses monuments. Héraclée était une ville sans importance, si même il existait encore dans la Gaule une ville de ce nom.

Epoux de Placidie, maître de la première Narbonaise , de la Novempopulanie et d'une partie des Aquitaines, ayant déjà pour lui les vœux de ces contrées auxquelles il avait épargné, autant qu'il l'avait pu, les maux ordinaires d'une invasion, assez fort pour ravager toute cette Gaule dont il

(i) Cette inscription étant fort singulière et ayant été tenue pour authentique par des hommes d'érudition , qui n'étaient pas dépourvus de critique, je crois devoir la rapporter ici :

Ataulfo Flavio Potenthsimo Régi Regum Rectissimo viclori Victorum invictissimo Vandalicœ Barbariei Depulsori et Ceesareœ Placidiœ Aniniœ Suœ, Dominis Suis Cle.mentissimis Anatiïii Narbonenses Jrecomici Optimis Principibus in Palatio posuerunt Ob Eleclam a se Heiacleam in Regice Majestatis Sedem.

DANS LA GAULE. lay

ne souhaitait qu'une petite portion, dans la vue d'y établir son peuple et de l'y façonner au bien et au service de l'Empire, Ataulfe était, à ce qu'il semble , bien en mesure de proposer la paix à Honorius. Malheureusement pour lui , l'intermédiaire obligé de toutes ses propositions à cet égard. Constance, était l'homme de l'Empire le moins disposé à les seconder. Moins encore par fierté romaine que par dépit de s'être vu enlever Placidie par un chef de Barbares, il était devenu l'ennemi personnel de ce chef, et s'apprêtait à lui faire une guerre sans relâche.

Les historiens donnent fort peu de renseignements sur les incidents de cette guerre, et ce n'est que sur des indices assez vagues qu'il est possible de s'en faire une idée et d'en expliquer l'issue. Peut-être faut-il , parmi les précautions auxquelles une telle guerre obligeait le gouvernement d'Honorius , compter l'espèce de faveur alors accordée aux Burgondes. On a vu que ces peuples avaient passé en Gaule , où ils s'étaient établis entre le Rhin et la chaîne des Vosges. Bientôt après , c'est-à-dire dès 4i3 ou en 4i4 au plus tard, le gouvernement impérial leur concéda la propriété de ce même territoire dont ils venaient de s'emparer de vive force , ce qui était, jusqu'à un certain point, les reconnaître pour sujets. Il évitait par-là l'extrême difficulté de combattre à la fois les Visigoths et les Burgondes et se ménageait la chance d'opposer un jour ceux-ci aux autres. Mais, en attendant. Constance

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ci'iil avoir assez de ses j^ropres forces contre Âtaulfe, et l'attaqua dans le courant de l'année 4 1 4-

Ataulfe fit, à ce qu'il semble, une grande faute au début de la guerre. Il devait se porter, avec la masse de ses troupes, vers le Rhône, pour défendre la première Narbonaise. Au lieu de cela il laissa son armée sur une ligne de quatre-vingts lieues de long, de Bordeaux à Narbonne, et s'enferma dans cette dernière ville. On serait presque tenté de croire le brave chef déjà un peu amolli par son mariage à la romaine et par son régime d'homme civilisé.

Constance, ayant passé le Rhône sans obstacle et envahi la première Narbonaise, vint mettre le siège devant Narbonne avec une armée de terre, tandis qu'une flotte, bloquant l'embouchure de l'Aude, coupait à la ville toutes ses communications maritimes. Narbonne, ville opulente et populeuse , qui tirait de son commerce la plupart des choses nécessaires à ses habitants , fut bientôt affamée et réduite aux plus dures extrémités. Ataulfe se vit par-là obligé de capituler à des conditions dont on ne peut juger que pai- les événements dont cette capitulation fut immédiatement suivie. Il fut convenu qu'il évacuerait Narbonne , pour se retirer sur-le-champ au-delà des Pyrénées, dans cette partie de la Péninsule que les Alains et les Vandales n'avaient point enlevée à la domination romaine*.

(i) Orosius. A'II. ',3.

DANS LA GAULE. î 29

Attale, cet épouvantail d'empereur, qu'Ataulfe avait dressé contre Honorius , s'était trouvé à Narbonne durant le siège et n'en sortit qu'avec les Goths. A dater de ce moment les historiens racontent diversement ses aventures; l'un dit qu'abandonné par ses patrons au moment de leur retraite en Espagne, il fut pris et livré à Constance^. Suivant Orose , dont sur ce point le témoignage a plus d'autorité, les Goths, continuant à traiter Attale comme empereur, l'emmenèrent avec eux en Espagne , circonstance qui constate que c'était en ennemi de l'Empire qu'Ataulfe allait occuper ce pays 2. Attale fut en effet pris en mer et livré à Constance ; mais il y ept un certain intervalle entre sa capture et l'arrivée d'Ataulfe à Barcelone , et il y a lieu à conclure du récit obscur et tronqué d'Orose que ce fantôme d'empereur fut arrêté au milieu de quelque tentative hostile contre Honorius. Il fut envoyé captif à ce dernier, qui poussa le mépris pour lui jusqu'à lui laisser la vie , après lui avoir seulement fait couper une main^.

L'évacuation de Narbonne par Ataulfe et par la portion des Visigoths sous ses ordres immédiats, entraînait celle des autres portions de la Gaule occupées par le reste de son peuple. On n a point de détails directs sur cette dernière; mais on peut s'en

(i) Prosperi Chronic. ad an. 416.

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