ÉTABLISSEMENT DIS MSIGOTHS, ETC
armé contre lui. Mais ce parti, devancé dans ses projets par Constance, au lieu d'avoir affaire à l'usurpateur, se trouva, sans y avoir pensé, directement aux prises avec l'empereur légitime.
Jovinus, Gaulois du Nord, que les historiens se bornent à désigner comme un personnage en grand crédit et de grand pouvoir, avait cédé à la tentation de se faire empereur, et s'était mis de toutes parts en quête d'appuis et de secours*. Il en avait trouvé plus qu'il ne lui en fallait, ou du moins qu'il n'était capable d'en gouverner. Il s'était d'abord adressé aux Barbares de la rive droite du Rhin. L'invasion de 407 avait amené, parmi les populations de cette rive, des changements dont j'ai déjà eu l'occasion de dire quelque chose, mais dont il convient de parler ici d'une manière plus expresse.
En arrivant sur le Haut-Rhin une partie des Alains, celle qui avait Goar pour chef, s'était détachée de la fédération barbare , dont elle avait fait jusque là une portion considérable, pour se joindre aux Allemanes ou au parti de l'Empire, dont ceux-ci étaient alors les alliés. Autant en firent les Burgondes, que les Alains avaient trouvés sur leur route et entraînés avec eux. Ils s'arrêtèrent de même sur la rive droite du Rhin. Il y eut donc dès lors sur cette rive, du lac de Constance au Mein, deux
(1) Vir Gailiarum nobilissimus. — Orosius. Histor. lib. VIII. cap. 1,1.
IIO El A^BLlSSLAIEiNr DKS MSIGOTHS
nouvelles nalions, jointes auv Allemanes qui l'avaient seul? occupée auparavant. Quant à la partie inférieure du cours du Rhin, de son confluent avec le Mein à son embouchure , l'histoire n'y signale aucun changement que l'on puisse regarder comme un effet de la grande invasion; les Franks y restaient, comme auparavant, la population dominante.
Des bandes, des tribus d'Allemanes, de Burgondes et de Franks, avaient pu prendre part aux ravages et au pillage de la Gaule; mais elles avaient probablement fini par rejoindre le corps de leurs nations respectives, et il est certain qu'à l'époque dont il s'agit, celles-ci n'avaient encore formé aucun établissement sur le sol de la Gaule. Mais elles n'en étaient que plus disposées à intervenir dans tous les mouvements politiques de ce pa,ys ; c'étaient pour elles autant de chances de s'y rendre nécessaires et d'avancer l'époque où elles pourraient s'y établir en dominatrices.
Jovinus n'eut donc pas beaucoup de peine à mettre dans ses intérêts plusieurs tribus de Franks ou d'Allemanes, la masse entière des Burgondes, ayant pour chef Gundicaire, et celle des Alains, commandée par ce même Goar qui les avait amenés des bords du Bas-Danube *^. Sûr d'un tel appui, il se fit proclamer empereur à Mayence et reconnaître à Trêves. Il avai-t un frère nommé Sébastien,
(i) OIjinpiotlor. Hislor. apud Photiiiiii, p. i8'i.
auquel il conféra dès loi's ou bientôt après le titre de César*.
L'époque précise de son élévation n'est pas marquée par l'histoire ; mais elle appartient à la seconde moitié de l'année liii et dut coïncider à peu près avec l'expédition de Constance contre Constantin.
Celui-ci s'était aliéné beaucoup de Gallo-Romains influents ; il avait mécontenté les uns par ses transactions avec Honorius, il en avait personnellement offensé d'autres. C'étaient, pour le nouvel empereur , autant de partisans assurés d'avance. L'un d'entre eux, Decimus Rusticus, fut nommé préfet du prétoire 2. On se rappellera qu'il avait occupé le même office sous Constantin, qui l'en avait dépouillé sans motif. Son exemple contribua beaucoup à décider les principaux des Arvernes, ses compatriotes, en faveur de Jovinus^. Indépendamment de l'alliance qu'il avait contractée avec les Barbares du Rhin, Jovinus avait noué des intrigues avec ceux de l'Italie. Il avait gagné, entre autres, et s'attendait à voir arriver incessamment à son aide Sarus , ce fameux chef de bande visigoth, jusque là un des appuis d'Honorius, avec lequel il était alors brouillé pour un déni
(1) Id. loc. cit. — Prosperi Aquitani Chron. — Marcellini Chron. — Il existe une monnaie de Jovinus, frappée à Arles. (a) Renatus Frigeridus, ap. Gregor. Turon. II. 9. (3) I<1. loc. cit.