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de justice^. Le chef actuel des Visigoths, Ataulfe, intervint de même dans la conspiration de Jovinus, et c'est là le point important par lequel l'histoire obscure et peu intéressante d'une usurpation vulgaire se rattache à l'histoire générale de la lutte de l'Empire avec les Barbares.
A en croire le seul historien qui entre là-dessus dans quelques détails, Attale, cet empereur de parade, fait, défait et refait par Alaric, aurait joué un grand rôle dans cette circonstance 2. Ce serait lui qui, de son chef et sans mission de personne, aurait déterminé Ataulfe à passer en Gaule avec toutes ses forces , pour y seconder ou y dominer l'entreprise déjà déclarée de Jovinus. Soit à l'instigation d'Attale ou de tout autre, soit de son propi'e mouvement , Ataulfe embrassa- avec ai^deur un parti qui ouvrait à ses desseins des chances plus larges et plus prochaines que ses négociations avec Honorius. Dès les commencements de l'année 4i2, il prit , avec tout son peuple, le chemin des Alpes. Il résulte de notices relatives à l'état de la Toscane, en 4165 'ï"^ cette province , déjà dévastée par trois invasions antérieures , à peu d'intervalle l'une des autres, le fut une quatrième fois en ^11, lorsque les Visigoths en sortirent pour passer en Gaule. La voie aurélienne avait été détruite; il n'y avait plus de ponts sur les torrents qui tombent de l'A-
(i) Olympiodor. loc. cit.
(2) W. lor. cit.
[jennin; les plaines étaient couvertes d'eaux stagnantes , et le pays entier avait pris l'aspect d'un désert*. Pour peu que les Visigoths d'Ataulfe eussent de part à ces ravages , c'était un indice qu'ils abandonnaient la Toscane pour toujours, et qu'ils allaient en Gaule avec l'idée de s'y établir, d'y faire leurs volontés, et non simplement pour favoriser les projets d'un usurpateur sans gloire et sans mérite.
Il serait intéressant de savoir quelle était la force des Visigoths à leur départ de la Toscane ; mais on ne peut faire là-dessus que des conjectures trop vagues, même pour de simples approximations. L'armée qui avait passé aux ordres d'Ataulfe aussitôt après la mort d'Alaric était la même qui avait pris Rome , et sur la force numérique de laquelle l'histoire fournit des données dont on peut tirer quelque parti, en ne les forçant pas. Les Visigoths, qui faisaient le fond de cette armée, avaient été renforcés à deux différentes fois; d'abord par les corps auxiliaires de Barbares qui avaient abjuré le service de l'Empire, lors du massacre de leurs femmes et de leurs enfants par les soldats romains; puis, à la seccfnde reddition de Rome, par les esclaves de toute race qui avaient alors échappé de force à leurs maîtres.
Les historiens portent à quarante mille le nombre de ces derniers, à trente mille celui des autres.
(i) Rutilii jNumalian. Ilinerarium.
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Ce serait donc de soixante et dix mille combattants qu'auraient été renforcés les Visigoths dans leur seconde invasion ; mais le nombre de ceux-ci n'est point donné par l'histoire, et l'on ne peut l'estimer que sur des conjectures aventurées.
Lors du passage de la nation entière des Visigoths sur les terres de l'Empire d'Orient, on y avait compté plus de deux cent mille guerriers; mais ce nombre, s'il n'était point exagéré, avait dû diminuer par diverses causes ;^ la nation s'était divisée et sous-divisée en plusieurs corps dont Alaric n'avait point rallié la totalité , mais seulement la plus grande partie. En quelque nombre que fût d'abord cette portion des Visigoths menée par Alaric , elle avait indubitablement souffert une assez grande diminution dans les audacieuses expéditions de son chef.
On peut donc tenir pour chose certaine que la force numérique des Visigoths , à leur seconde entrée en Italie , était de beaucoup au-dessous de leur force supposée au moment de leur transplantation de la rive gauche du Danube à la droite. Mais en les réduisant, par conjecture, au moindre nombre possible, on doit cependant les supposer aussi nombreux que ces Barbares , auxiliaires de l'Empire qui , en se joignant à eux , les reconnurent implicitement pour plus forts qu'eux. Je supposerai qu'ils ne faisaient que soixante mille combattants. D'après ces données Alaric aurait eu à ses ordres, à la prise de Rome, cent trente mille hommes deguerr*^
DANS LA GAliLE. I l5
Mais les forces des Visigoths n'avaient pas pu se maintenir long-temps à ce maximum accidentel. Dans l'intervalle de quinze ou dix-huit mois écoulés de la mort d'Alaric à la retraite d'Ataulfe de la Toscane, les maladies, les désertions, les défections avaient dû emporter la majeure partie de ces auxiliaires étrangers dont les Visigoths s'étaient recrutés fortuitement. Sans doute aussi, bien que donné par l'histoire, le nombre de soixante et dix mille hommes, auquel sont évalués ces auxiliaires de toute espèce , est exagéré. Mais je crois le réduire au-delà de ce qu'exigent ces diverses considérations, en supposant qu'il ne restait plus à Ataulfe, au moment de passer en Gaule, que vingt mille hommes de ces soixante et dix mille qui , d'après l'histoire, avaient dû faire un moment partie de la force militaire d'Alaric.
On peut donc présumer, avec toute vraisemblance, qu'Ataulfe avait de soixante et dix à quatrevingt mille hommes de guerre amener en Gaule. Si , à ces quatre-vingt mille hommes, l'on veut ajouter le nombre proportionné de femmes, d'enfants et de vieillards hors d'état de combattre, on aura plus de deux cent mille têtes pour la masse totale de l'immigration visigothe.
L'histoire ne dit ni par quel défilé des Alpes cette multitude descendit dans la Gaule, ni où son chef joignit Jovinus; mais il est certain que le plan de ce dernier était de se porter de Trêves à Arles , et très probable qu'il était déjà en marche et parvenu