L’A VENIR DE LA PLANÈTE
sent ne saurait se comparer avec celle des temps géologiques passés. 11 faudrait aujourd’hui des milliers de siècles pour voir se former la plus mince couçhe de houille ; aux âges antédiluviens, mais surtout pendant l’époque houillère, les dépôts de combustible fossile exigeaient des temps bien moins longs. C’est que l’air, nous le savons, avait alors une toute autre composition, et qu’il était plus riche qu’aujourd’hui en oxygène, en vapeur d’eau et en acide carbonique, tous les trois si favorables à la végétation.
Cette diminution successive de l’eau, cette modification lente de l’air, l’absorption par des causes diverses du liquide et du gaz indispensables à la vie, amèneront donc peu à peu le passage de la terre à l’état de lune, et ce jourlà, devenu astre errant comme son satellite, la terre promènera dans le ciel son disque dépeuplé . Les trois états de soleil ou planète ignée , de terre ou planète habitée, de lune ou planète déserte , ne forment - ils pas les trois métamorphoses par lesquelles doit passer successivement chaque astre planétaire ? Pour
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notre globe, les astronomes sont encore plus précis, et vont plus loin que les géologues. Ils calculent , par le ralentissement séculaire de la rotation terrestre, que le globe un jour s’arrêtera, et qu’auparavant une période glaciaire, telle qu’il n’y en a jamais eu , éteindra toute trace de vie à la surface de la planète.
Assurément tout cela n’est guère consolant, et l’on aimerait à rêver une fin plus glorieuse. .
Qu’y faire ? L’astronomie et la géologie sont ici d’accord, et si la géologie, science naturelle, d’observation, se trompe quelquefois, l'astronomie, science mathématique, toute de calcul, ne se trompe guère. Or toutes deux prévoient ici le même résultat. Tirons au moins une moralité des données de la science. N’essayons pas de faire l’homme plus grand et plus fort qu’il n’est. Sa vie n’est pas même d’une seconde, comparée au moindre phénomène géologique, et il s’était cru le roi de la terre» et il s’était dit, dans son orgueil, que le monde avait été fait pour lüi i La géologie fixe sa véritable place, et réduit à néant ses idées insensées, en lui montrant le commencement et la fin de tous les êtres, même
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la fin du globe lui-même. Avec plus de raison encore que l’Écclésiaste, elle lui crie : « Homme, souviens-toi que tu es poussière, et que tu retourneras à la poussière ! »
Premières théories cosmogoniques. — Écoles orientales. — École ioniqre: Thalès. — École hellénique: Platon et Aristote. — École italique : Pythagorc et Empédocle. — École latine: Lucrèce , “Virgile , Ovide, Sénèque. — Savants du moyen âge. — Savants de la Renaissance : Léonard de Vinci, Fracastor, Palissy, Descartes. — Sténon, Leibnitz, BufTon, Wcrner, Hutton, Smith, Laplace, Cuvier, M. Élie de Beaumont, développent les idées de Palissy et de Descartes. — Grandeur des conceptions géologiques.
La science de la terre a de tout temps passionné les hommes par son côté spéculatif.
Comme elle a pour mission d’expliquer nonseulement l’origine du globe, mais encore celle des êtres, on devine que la religion, la philosophie, la poésie et l’histoire lui ont tour à tour emprunté leurs plus hautes inspirations.
Qui ne connaît les cosmogonies de l’Inde, de
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la Judée, de la Grèce, de Rome? Elles débutent toutes par une dissertation sur la formation du globe et la naissance des êtres, qui résume les théories géologiques si bornées de l’antiquité. La science s’est ainsi débattue longtemps dans la fiction et les rêves; Elle a d’abord traversé, avant d’arriver jusqu’à nous, une période que l’on pourrait nommer hypothétique ou mythologique, et sur laquelle il ne sera pas sans utilité ni sans intérêt de dire quelques mots.
Les premières écoles cosmogoniques ont commencé avec le monde civilisé ; ce sont celles de la Chine, de la Perse, de l’Inde, auxquelles il faut joindre celles de la Chaldée, de l’Assyrie et de l’Égypte. Toutes ces écoles, qu’on pourrait qualifier du nom d’orientales, et dont les doctrines se transmettent par l’écriture ou simplement par la parole, proclament généralement un seul principe comme origine du monde matériel, c’est l’eau. On conçoit en effet que dans la plupart de ces pays où l’eau domine, où les fleuves aux larges deltas, le Gange, le Nil, couvrent la terre de leurs alluvions et de leurs sédiments, ce mode de formation des assises ter-
restres a dû être celui que tout d’abord les philosophes ont imaginé.
En Grèce , où se fait sentir directement et dès le premier jour l'influence de l’école égyptienne, un nouveau principe est ajouté à l’eau, c’est le feu, que l’école ionique patronne en même temps que l’eau. L’idée du feu devait naturellement se présenter à l’esprit dans ces contrées dévastées par les forces souterraines , et exposées à tous les effrayants phénomènes des tremblements de terre et des éruptions volcaniques.
L’eau et le feu, que cependant quelques-uns remplacèrent par l’air, d’autres par les atomes, tels sont donc les principes créateurs de toutes choses dans les doctrines ioniques.
Le partisan de l’eau, Thalès; Anaximène, qui préféra l’air; Héraclite, qui adopta le feu; Démocrite, l’inventeur des atomes qui, un siècle plus tard, devaient tant passionner Épicure: tels sont les fondateurs et les maîtres les plus célèbres de l’école ionique. Cette école commence dès le vu* siècle avant notre ère, fleurit pendant tout le vi e et le v c , et d’Ionie passe en Grèce.
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Platon, qui s’inspira de ces doctrines, et qui étudia aussi chez les Égyptiens, constitua au iv ? siècle l’école hellénique. Il confirma la tradition d’un grand déluge, que les Grecs avaient déjà recueillie , et donna un corps à la légende du Tartare ou Pyriphlégéthon , ce fleuve de feu des enfers, foyer toujours allumé au centre du globe. Nous savons que les géologues modernes ont repris ces deux conceptions pour les faire passer dans la science. Platon emprunta également aux prêtres égyptiens et répandit dans son école la croyance à une Atlantide , monde englouti sous l’Océan à la suite d’un violent cataclysme. 11 généralisa même cette croyance, et il dit dans son livre de Timèe ou de la Nature : « Le genre humain a subi et subira plusieurs destructions, les plus grandes par le feu et l’eau 1 ... »
Aristote , le glorieux disciple de Platon , dans son livre des Météores, est encore plus explicite que son maître. Il dit : « Là où était la terre, se montre la mer, et là où est la mer se montrera