HISTOIRE
LES TEMPS PRIMITIFS
La Terre gazeuse et liquide. — Formation de la première écorce. — Apparition de la vie. — Terrains éruptifs et sédimentaires. — Le feu et l’eau. — Les fossiles. — Les terrains modifiés. — Le règne des crustacés. — Commotions volcaniques. — Soulèvement des montagnes. — Filons métallifères.
— Subdivisions de la période primitive. — Forêts enfouies.
— Caractère que les terrains de cette période ont imprimé aux localités. — Influence des milieux.
Au commencement une masse gazeuse se détacha du soleil. Tournant sur elle-même et autour de son point de départ, elle pritjjeu à peu la forme d'une boule. Une partie des gaz devint l’atmosphère. Une autre partie donna naissance
HISTOIRE DE LA TERRE
à ’eaa. La masse centrale, liquéfiée aussi, garda uue température très-élevée; c’était comme une mer de feu. Insensiblement la surface de cette mer se refroidit, et une première écorce sépara le fluide igné intérieur des enveloppes qui s’étaient déjà formées. Sur cette écorce brûlante, l’eau bouillonnait, montait dans l’air en vapeurs épaisses, qui, parvenues à une certaine hauteur, se résolvaient en abondantes pluies. L’atmosphère avait une composition particulière, elle était chargée de gaz acide carbonique. Les eaux elles-mêmes étaient salées.
C’est au milieu de ces eaux salines et thermales, de cet air lourd, saturé de vapeurs, sur des roches à peine consolidées, et déchirées, soulevées par la mer de feu sur laquelle elles se balançaient comme un frêle radeau, que la vie fit sa première apparition. Des plantes d’espèces les plus humbles, des algues, des mousses; des animaux de l’ordre le plus infime, des coraux, voilà ce qui se montra d’abord dans une série jje longs tâtonnements, humbles préludes de tant de futures merveilles.
La période trente mille fois séculaire qui
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commence avec ces premiers phénomènes , compose l’enfance de notre planète. Les mers couvrent alors presque toute l’étendue du globe. Le fond de ces océans est marqué par la première écorce qui s’est peu à peu solidifiée; les rivages sont à peine dessinés, çà et là, par quelques portions de la croûte soulevées au-dessus des eaux. 11 n’y a encore que des îles; la terre est comme un immense archipel.
Cette écorce primordiale, ces premiers terrains * émergés font partie de ce que l’on nomme les terrains éruptifs ou de soulèvement. On les appelle aussi du nom de primitifs à cause de l’âge des plus anciens d’entre eux; du nom d’ignés, de plutoniens, qui rappelle leur origine; enfin on leur donne quelquefois l’épithète de massifs ou de cristallins, qui témoigne de l’apparence, de la structure que présentent toutes les roches dont ils sont formés.
Cependan t les premiers terrains éruptifs étaient sillonnés, déchiquetés par les eaux diluviennes, qui tombaient sur eux avec une abondance telle que les plus terribles orages d’aujourd’hui ne
sauraient en donner une idée. Tous les blocs, arrachés violemment à la roche massive, étaient entraînés et roulés par les eaux. Les plus gros s’arrêtaient en chemin; les moins lourds continuaient leur course vagabonde, laissant encore plus d’un compagnon en retard. Les masses qui arrivaient au bout, broyées, pulvérisées, ne composaient plus qu’un sable fin, quelquefois à peine palpable. Comme le phénomène était continu, ou du moins avait une très-longue durée, des sédiments se formaient ainsi au milieu des eaux. Les plus gros blocs, réunis, soudés entre eux * par un ciment d’argile et de fer, sont ce qu’on nomme les conglomérats, les poudingues, quand les galets sont arrondis, et les brèches, quand ils ont conservé leurs angles. Les roches sableuses, grenues, déposées loin des conglomérats, des poudingues et des brèches, ou superposées à ceux-ci, sont les grès. Les alternances de roches à gros et à petits fragments montrent que dans la formation du globe des moments d’agitation et de calme se sont tour à tour succédé : il en est de l’histoire de la terre comme de celle des sociétés.
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Des grès on passe à des roches à grains encore plus ténus, aux argiles. Celles-ci alternent avec des calcaires qui le plus souvent provenaient de sources thermales, et sont de véritables précipitations chimiques, comme celles qui, sur une échelle moins grande, se forment encore sous nos yeux dans les produits qu’abandonnent les eaux minérales, dans les stalactites des cavernes. Mais bien des dépôts calcaires ont aussi une autre origine , et ont été par exemple sécrétés par des coraux. Certains autres sédiments, calcaires ou siliceux, ne sont composés que des dépouilles accumulées d’animaux microscopiques. Autrefois comme aujourd’hui la nature employait les infiniment petits à bâtir des continents : elle se sert volontiers des humbles pour ses œuvres les plus grandioses.
Toutes les roches dont il vient d’être parlé font partie d’une même classe de terrains que, par opposition aux terrains éruptifs, on nomme sédimentaires, aqueux ou neptuniens. L’eau et le feu, Neptune et Pluton se partagent désormais l’empire de la géologie; les disciples de
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Thalès et d’Héraclite ont fait de nos jours la paix et signé un compromis définitif.
Les terrains sédimentaires s’appellent aussi stratifiés, parce qu’ils se rencontrent en masses plates, continues, divisées en couches ou strates, en bancs, en lits, dont la superposition ne peut mieux se comparer qu’à celle des feuillets d’un livre. C’est dans ces lits que l’on trouve des restes de plantes ou d’animaux, la plupart d’espèces aquatiques , et confirmant une fois de plus l’origine de ces terrains. Ces restes de corps organisés, qui ne sont quelquefois qu’à l’état d’empreintes ou de moules, sont ce qu’on nomme les fossiles ou vulgairement les pétrifications. Un des grands caractères des fossiles est d’appartenir presque toujours à des espèces ou des genres éteints, comme si la vie avait dû plusieurs fois changer de modèles, avant d’arriver à ceux qu’elle a maintenant adoptés.
Les fossiles sont les plus sûres archives, les monuments les plus certains, au moyen desquels on peut reconstituer le passé de la terre. Ils ont donné naissance à une branche spéciale de l’histoire naturelle, la paléontologie ou science des
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êtres disparus. Cette science a été fondée par Cuvier, qui appelait lui-même les paléontologistes des archéologues d’une 'nouvelle espèce. Les fossiles ne sont-ils pas en effet les médailles de la géologie, et les bancs qui les contiennent, les feuillets sur lesquels est inscrite l’histoire de la formation de la terre ?
Au contact des roches éruptives, les terrains sédimentaires ont éprouvé des modificatioùs profondes. Le feu les a cuits, rougis, fendillés; il en a même modifié la composition, et y a introduit de nouveaux éléments. Les bancs d’argile sont devenus des schistes , des ardoises. La roche s’est feuilletée dans un autre sens que celui de la stratification régulière. Toute trace de fossiles a disparu. Ce sont les terrains sédimentaires ainsi transformés qu’on appelle métamorphiques, à cause du changement que le feu ou des eaux thermales, souvent à l’état de vapeurs , leur ont fait subir.
L’âge primitif du globe s’étend depuis le moment où commencent les plus anciens dépôts d’éruption et de sédiment, jusqu’à celui où finissent les grandes forêts houillères.
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L’architecture de notre planète débute par de gigantesques assises qui en forment comme les inébranlables fondations. Ce sont des schistes métamorphiques, satinés, lustrés, où brillent le mica en paillettes, le talc savonneux , le quartz ou cristal de roche compacte , aux grains durs , probablement déposé par des eaux siliceuses ou arraché aux roches granitiques préexistantes.
Après ces schistes, qui régnent sur d’immenses espaces, viennent des bancs de conglomérats, de grès, d’ardoises, de calcaires. Ces derniers passent le plus souvent aux marbres, c’est-à-dire qu’ils sont compactes, à texture cristalline et capables de recevoir un beau poli. La faune fossile ou collection des animaux éteints est nombreuse et variée. La vie n’a pas tardé à prendre un grand essor dès que les milieux l’ont permis. A côté des coraux, des rayonnés, apparaissent bientôt les mollusques , dont nous retrouverons les dépouilles ou coquilles dans tous les terrains, et dont plusieurs genres naissent et meurent dans cette période, tels que les calcéoles en forme de sandale, certains spirifères et productus.
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Avec les mollusques il faut citer les crustacés, dont une famille, celle des trilobites, qui empruntent leur nom à la partie dorsale de leur carapace divisée en trois lobes , disparait entièrement après la période primitive. Les poissons sont également très-abondants, et bien des espèces, que les mers de l’âge suivant ne verront plus, les amblyptères par exemple, vivent en bandes dans ces mers anciennes. Le grand nombre des trilobites et des poissons caractérise cette période terrestre que certains géologues ont proposé d’appeler trilobitique et d’autres, avec M. Agassiz, le règne des poissons. Pour être plus clair, plus précis, il conviendrait peut-être de dire simplement le règne des crustacés. Quelques reptiles, au nombre desquels est l’archégosaure ou le premier lézard , apparaissent à la fin de la période primitive. Les insectes se montrent aussi; mais les êtres supérieurs, les oiseaux, les quadrupèdes, sont complètement absents.
La flore fossile ou réunion des végétaux de ces temps reculés n’est pas moins remarquable que la faune. Après quelques tâtonnements, la
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vie végétale apparaît dans toute sa splendeur. Une température torride règne partout. 11 y a dans l’air un excès de vapeur d’eau et d’acide carbonique qu’on ne retrouvera pljis à aucune époque, et l’on sait combien ces deux éléments de l’atmosphère sont indispensables à la nutrition des plantes. Aussi avec quelle facilité se dépose le charbon au milieu de ces forêts antédiluviennes! Il y forme des couches puissantes où se moulent les feuilles et les troncs des végétaux qui concourent à le produire, et au pied desquels il se dépose en bancs tourbeux. Les schistes, les grès eux-mêmes nous ont conservé ces empreintes, et les lits de ces roches sont devenus comme les herbiers de cette flore primitive. La terre avait alors toute sa jeunesse, et le sol était partout paré de feuillage et de gazon. Les énormes calamites, les sigillaires au tronc élancé, les gigantesques lépidodendrons, les cycadées, les walchias, ancêtres des palmiers et des conifères, lés fougères arborescentes, une foule d’autres arbres depuis disparus ou qu’on ne retrouve plus que sous les tropiques, croissaient partout en bois touffus. C’est un natura-
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liste français, M. Adolphe Brongniart, fils d’un illustre père, qui a eu la gloire, il y a trente ans, de révéler le premier cette flore végétale, si différente de celles qui l’ont depuis remplacée. A l’opposé de ce qui eut lieu pour la vie animale, la vie végétale offrait alors un développement qu’elle n’a jamais plus atteint. Quelques petites plantes aquatiques et marécageuses, telles que les lycopodes, les prêles ou queues-de-cheval, rappellent seules, de nos jours et sous nos climats, les plantes houillères, les lépidodendrons, les calamites. Comparées à ces dernières, elles sont comme la plus humble graminée à côté du plus superbe chêne, comme le modeste lichen vis-à-vis du séquoia géant des forêts vierges de la Californie.
Telles étaient la flore et la faune lors de l’enfance de la terre. A chaque instant les dépôts de sédiment sur lesquels apparut et se modifia la vie, étaient troublés par des commotions volcaniques. Les granits, les porphyres, se faisaient jour à travers les soupiraux béants du monde encore pâteux. L’écorce terrestre était soulevée sur des étendues immenses, sur des méridiens
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tout entiers, et ainsi se jalonnaient les premières montagnes, les premiers reliefs du globe, au pied desquels allaient bientôt s’étendre de nouveaux sédiments. Au milieu de ces effroyables ébranlements la vie ne disparut jamais tout à fait; mais des espèces nombreuses s’éteignirent, qui depuis ne se sont plus montrées.
Les roches éruptives, en soulevant les chaînes de montagnes, ouvraient aussi dans les terrains déjà déposés de nombreuses fissures, parallèles à la direction des chaînes, et dans ces fentes, dans ces cheminées naturelles, montaient en vapeurs des émanations métallifères, parties du foyer central. Plusieurs métaux, mais surtout l’or, l’argent, l’étain, le mercure, le plomb, le cuivre, se déposaient dans ces filons; d’autres, comme le fer, le zinc, étaient plutôt apportés par des sources qui les contenaient en dissolution , et les laissaient peu à peu déposer. Les uns et les autres formaient en quelque sorte la réserve métallique de l’avenir, comme la houille devait être à son tour la source la plus féconde de calorique où puiseraient un jour les sociétés humaines.
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Ainsi s’écoula la longue enfance dé la planète. Ce premier âge est celui que beaucoup de géologues nomment aujourd’hui la période primaire. On l’appelle encore quelquefois la période de transition, et ce nom lui avait été donné par Werner, le chef des géologues allemands, parce qu’elle marque le temps écoulé entre le dépôt des premiers terrains ignés que Werner nommait primitifs et celui des terrains de sédiment non modifiés, qu’il nommait secondaires. Enfin les Anglais ont appelé cette époque paléozoïque, c’est-à-dire des animaux anciens, parce qu’elle renferme en effet les dépouilles des premiers êtres.
Les savants subdivisent la période primaire en plusieurs époques distinctes ou terrains, qui sont, en allant des plus anciennes aux plus modernes, les époques cambrienne, silurienne, devonienne et houillère. Deux des maîtres de la géologie anglaise, MM. Sedgwick et Murchison, ont proposé les trois premières de ces dénominations, adoptées depuis par presque tous les géologues de l’Europe. Les noms de cambrien et de silurien rappellent le pays des Cambres (Cimbres)
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et des Silures, aujourd’hui le pays de Galles et le Cumberland, où ces terrains se sont surtout développés en Angleterre. Le nom de devonien remet en mémoire le comté de Devon, où a été pris le type de la formation devonienne.
Les géologues des États-Unis se sont insurgés contre les dénominations anglaises, et ont proposé à leur tour celles de terrains canadien, laurentien, taconique, empruntées à des localités ou à des montagnes de l’Amérique du Nord. 11 est juste de reconnaître que c’est en effet aux États-Unis que l’on peut surtout étudier les formations primaires, et qu’elles y sont développées sur une échelle à la fois plus vaste et plus complète que sur l’ancien continent.
Dans la série des classifications géologiques, le nom seul de terrain houiller a été respecté par tous les géologues, sans distinction de nationalité. Il a l’avantage de rappeler l’utile produit que l’on retire de ce terrain. Quelquefois cependant le terrain houiller est stérile en charbon, et ne présente que des assises de grès jaunâtres, de calcaires bleu sombre, de schistes noirs, qui sont aussi les compagnons fidèles de
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la houille quand le terrain est complet. Pans ce dernier cas, le combustible forme souvent des couches gigantesques , qui fournissent des produits de qualité supérieure.
Avant l’époque du terrain houiller proprement dit, la houille s’est déjà montrée, ainsi dans les terrains silurien et devonien ; mais une houille dure, privée de gaz, anthraciteuse, calcinée en quelque sorte par le voisinage ou le contact des roches éruptives. Au-dessus du terrain houiller, dans les périodes secondaire et tertiaire , nous retrouverons également la houille, mais sèche, non collante, riche parfois en principes gazeux , souvent friable et de poussière brune. Le terrain houiller, sauf quelques cas exceptionnels, est par excellence le gîte du vrai combustible minéral, de la houillé parfaite, noire, étincelante, bitumineuse, donnant par la distillation un coke dense, sonore, à l’éclat argentin; le terrain houiller est donc .doublement bien nommé, et alors que ses aînés ou ses cadets dans l’échelle géologique ont reçu et rece-
vront encore plus d’un baptême, il n’est pas probable qu’il perde jamais son nom.
HÎST01RE DE LA TERRE
En France, les localités où se sont principalement concentrés les dépôts d’âge primaire sont au pied des massifs granitiques de la Bretagne, des Vosges, des Alpes, des Pyrénées. Les mêmes formations entourent aussi cette crête de porphyre et de granit qui est comme le cœur de la France, et que les géographes nomment le plateau Central. Dans le Royaume-Uni, on trouve la partie inférieure de la formation dans les comtés métallifères du Cornouailles et du Devon, dans le pays de Galles, en Écosse, en Irlande. La partie supérieure, le terrain houiller, existe à son tour dans tous les districts carbonifères des trois royaumes, dans les pays Noirs, comme les nomment les Anglais. On connaît les forêts souterraines du Staffordshire et de Newcastle. Par une étrange prodigalité de la nature, le fer y est mêlé au charbon. L’exploitation de ces richesses naturelles a imprimé un cachet spécial aux habitudes des populations : c’est là qu’on trouve aujourd’hui les plus habiles houilleurs et les meilleurs forgerons.
La Belgique repose presque entièrement sur les formations primaires, et a été favorisée, comme
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l’Angleterre sa voisine, dans la distribution des substances minérales les plus appréciées : la houille et le fer. En Allemagne, les formations qui nous occupent existent notamment dans le Harz que sillonnent les métaux, et où surgit le Brocken, hanté par les sorcières, et dans l’Erzgebirge ou montagne des Mines, qui sépare la Saxe de la Bohême. La Suède et la Norwége ont apparu avec presque tous leurs contours actuels dès le premier âge du globe. Une partie de l’Espagne émergeait également au-dessus des eaux dans cette période.
Dans l’Amérique du Nord, toute la chaîne des Alleghanys, autour de laquelle s’étendent les gîtes houillers les plus vastes et les plus féconds que l’on connaisse, et la Sierra-Nevada de Californie, dont le flanc occidental recèle
l’or et le flanc oriental l’argent en masses si considérables, sont en partie d’âge primitif. Peut-être aussi peut- on en dire autant des Sierras argentifères du Mexique et de l’Amé-j rique centrale. Dans l’Amérique du Sud, les Andes mettront encore longtemps à paraître; mais déjà, dans le Brésil, se montrent quelques-
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unes des chaînes porphyriques où se cachent l’or, le diamant et la topaze.
Les formations de sédiment primaires, et les roches éruptives qui les ont soulevées et métamorphosées, ont imprimé aux pays dont elles forment le relief un cachet particulier. L’âpreté, l’acuité des contours des masses granitiques et porphyriques, la teinte sombre, l’allure tourmentée des strates, plusieurs fois repliées sur elles-mêmes, donnent au paysage un ton de sauvage énergie. L’agriculture emprunte naturellement aux roches qui l’environnent son caractère principal. Ces pays de grès, de silice, ne sont propices qu’au châtaignier; le blé y pousse à peine, le sarrasin y est seul cultivé. Quand les amendements ne sont pas venus modifier le sol, ce sont à peu près les seuls produits que les efforts de l’homme puissent demander à la terre.
Mais là ne se borne pas l’influence du milieu géologique; elle se reflète jusque dans l’histoire des pays, jusque sur la population elle-même. C’est sur ces cimes abruptes qu’ont été édifiés la plupart des anciens châteaux
LES TEMPS PRIMITIFS
aux sombres légendes ; c’est à travers ces cols étroits, déchiquetés, qu’a eu lieu jadis plus d’un combat fameux , les Thermopyles ou Roncevaux.
En France, la Bretagne, cette terre de granit, de quartz et d’ardoise, comme l’appelle Michelet, résiste avec une énergie opiniâtre a son annexion à la couronne, et une fois soumise, elle garde invariable la fidélité qu’elle a jurée h ses nouveaux rois. Dans les îles Britanniques, les Cornouaillais, les Gallois, les Irlandais et les Écossais, tous de race autochthone ou gaélique, opposent à l’envahissement anglo-saxon une résistance qui, pour quelques-uns, dure encore. En Espagne, le Galicien, l’Asturien, le Basque, l’Aragonais, doivent à la rudesse de leurs montagnes quelques-uns de leurs traits distinctifs. C’est des Asturies que sort Pélage , c’est de là que part le premier effort de résistance contre le More envahisseur. La Corse, la Sardaigne, que les Romains ne soumirent jamais qu’incomplétement, et dont les habitants des montagnes sont encore rebelles à toute discipline, nous présentent des phénomènes analogues. Curieuse
HISTOIRE DE LA TERRE
relation que celle qui unit l’homme à la pierre, l’aspect et le caractère d’un pays aux traits principaux de son histoire et aux mœurs des populations ! Ces faits ne sont pas isolés , et encore moins paradoxaux; on les retrouve jusque dans les habitations, mornes, tristes, sombres, dans les pays d’âge primitif, où les schistes, l’ardoise, les grès jaunâtres, les calcaires noirs et les granits sont les uniques matériaux que l’architecte ait à sa disposition. En France, Rive-de- Gier, Saint-Chamond, Saint-Étienne, toutes les villes des départements houillers sont bâties avec des matériaux de formations primaires, et l’aspect de ces villes emprunte à ces roches un certain air de tristesse. L’influence des milieux est donc incontestable en histoire , en ethnologie et dans les arts. Si les Égyptiens n’avaient pas eu à leur disposition le granit du haut Nil, ils ne nous auraient pas laissé leurs indestructibles monuments. Partout on peut faire les mêmes observations, et tel philosophe va même jusqu’à faire dépendre des milieux le caractère littéraire d’un pays. Sans être aussi absolu, nous accorderons à ceux-ci une in-
LES TEMPS PRIMITIFS
fluence incontestable. A chacune des étapes qu’il nous reste à parcourir, on va voir en effet cette influence s’étendre et se confirmer davantage.
LE MOYEN AGE
Terrains permien, triasique, jurassique et crétacé. — Développements de la vie. — Infusoires, rayonnés, mollusques. — Ammonites, bélemnites. — Le régne des reptiles. — Les coprolites et une lady anglaise. — La flore des temps moyens. — Les continents émergés et les roches éruptives. — Formations métallifères. — Matériaux' de construction. — Physionomie des pays d'âge secondaire.
Les différentes périodes qui composent l’histoire de la terre peuvent se comparer à celles de l’histoire des sociétés. Nous venons d’assister aux événements qui ont marqué les temps primitifs : nous allons décrire ceux qui se rapportent aux temps moyens, en quelque sorte au moyen âge de notre planète, ce que les géologues appellent la période secondaire. Les terrains qui se déposent dès le début de cette période ressemblent à quelques-uns de ceux ' 2.
HISTOIRE DE LA TERRE
qui les ont précédés, et des schistes bitumineux, des grès rouges, rappellent les schistes et les grès houillers. On passe comme par une transition insensible d’une époque à l’autre , et l’on est presque tenté d’appliquer en géologie l’axiome de Leibnitz et de Linné, que la nature ne procède pas par bonds, ne fait rien brusquement.
Le premier terrain qui se forme après le terrain carbonifère est\ celui que le doyen des géologues actuels, le vénérable M. d’Omalius d’Halloy, avait nommé pénéen. Il tirait cette dénomination du mot grec pânès, stérile, parce qu’il trouva d’abord ce terrain pauvre en fossiles. D’autres géologues, MM. Murchison, de Keyserling et de Verneuil, l’ont depuis appelé permien, car le type en est surtout développé dans la province de Perm, au pied de l’Oural, en Russie.
Au-dessus du terrain permien est celui qu’un savant germanique , M. d’Alberti et tous les géologues avec lui ont nommé triasique, parce qu’il contient une triade d’étages qui sont, en allant de bas en haut, le grès bigarré, le cal-
LE MOYEN AGE
caire conchylien ou muschelkalk des Allemands, enfin les marnes irisées.
Le terrain triasique est surmonté à son tour par un dépôt immense, celui du terrain jurassique. Le mot a été proposé par Humboldt, qui avait remarqué que le type de ce terrain était surtout développé dans les montagnes du Jura. La dénomination a été admise par tous les géologues. Cependant les Anglais ont appelé de préférence la partie supérieure de ce terrain le groupe oolitique ou Yoolite, parce qu’on y trouve des roches calcaires et ferrugineuses, à grains arrondis comme ceux des œufs de poisson (oolite, pierre formée d’œufs), et la partie inférieure, le groupe liasique ou le lias, nom que les carriers britanniques donnent à des bancs qu’ils y exploitent.
Le terrain jurassique est principalement composé de calcaires compactes, quelquefois cristallins, de marnes et d’argiles. Ces roches sè sont développées sur des espaces très-étendus , et les montagnes qu’elles forment affectent un relief particulier. Les couches ne sont plus contournées, tourmentées, comme dans la période
HISTOIRE DE LA TERRE
précédente; elles s’alignent en bancs inclinés qui se détachent aux flancs des coteaux comme les assises de gigantesques constructions. Quelquefois les bancs, portés à de très-grandes hauteurs, dessinent des murailles naturelles et des remparts à pic.
Sur le terrain jurassique s’appuie le terrain crétacé. Celui-ci doit son nom aux bancs de craie qu’il renferme, la craie blanche, qu’en France on voit surtout apparaître en Champagne, et autour de Paris, vers Meudon. On trouve à la base du terrain crétacé des assises de grès verts, dont presque tous les géologues se sont servis comme d’un horizon pour diviser ce terrain en deux étages : l’inférieur ou celui des grès verts, le supérieur ou celui de la craie proprement dite.
La période secondaire pendant laquelle se sont déposés les terrains permien , triasique , jurassique et crétacé, a vu la vie se développer et revêtir des formes nouvelles et de plus en plus parfaites. Par moments, les animaux microscopiques ont été si abondants, que leurs dépouilles composent des terrains tout
LE MOYEN AGE
entiers , tels que la craie , où le microscope signale des myriades de débris de ces petits êtres.
Les coraux ou polypiers ont aussi travaillé dans ces anciennes mers, comme ils le font encore sur beaucoup de rivages, principalement sous les tropiques, à élever patiemment, au fond des abîmes, des jetées, des récifs, des bancs calcaires , noyaux de futures îles et même de futurs continents.
A côté des polypiers marchent les étoiles de mer, les oursins, qui naissaient à peine à la fin des temps primitifs, et qu’on retrouve plus nombreux dans les ères jurassique et crétacée.
Les mollusques, déjà fort répandus vers la fin de la période précédente, se présentent, surtout dans l’époque jurassique, en rangs serrés. En première ligne viennent les ammonites, auxquelles la forme extérieure de leur coquille, rappelant la corne d’Ammon, a valu le nom qu’elles portent. Ces mollusques navigateurs, parents des nautiles, ont peuplé de leurs nombreuses familles toutes les mers jurassiques. Sans crainte d’être contredit, on pourrait
HISTOIRE DE LA TERRE
proposer. le nom d’ammonitique pour la série de terrains qu’ils ont semés de leurs débris. Les ammonites, nées avec la période secondaire, disparaissent entièrement après l’époque crétacée; on ne rencontre plus alors que les nautiles, dont plusieurs espèces, entre autres les argonautes, sont encore vivantes aujourd’hui, et sillonnent l’océan Indien en quelque sorte la voile au vent.
Les coquilles bivalves, recouvrant de leur double têt les mollusques acéphales, les vénus, les bucardes, les huîtres, les térébratules, ont peuplé de leurs bancs pétrifiés, en concurrence avec les ammonites, les terrains de sédiment secondaires. Une famille entièrement éteinte, celle des rudistes , dont les hippurites , les sphérulites, les radiolites, composent les types les plus remarquables, s’est principalement- développée dans la craie et finit avec elle.
En tête des mollusques sont les poulpes, les seiches. A défaut d’enveloppes calcaires, dont la nature ne les a point revêtues, les seiches ont laissé dans tout le terrain jurassique la partie osseuse qui forme comme l’axe intérieur
LE MOYEN AGE
de leur corps. Ces pétrifications ont reçu de tout temps le nom de bélemnites ou pierres pointues, emprunté à leur forme même. Les anciens les nommaient aussi pierres de tonnerre , parce qu’ils supposaient sans doute qu’elles provenaient du passage de la foudre au milieu des rochers.
Les seiches ont abandonné aux terrains secondaires non-seulement leur osselet dorsal ou interne, mais quelquefois jusqu’à' ces poches d’encre qui leur servent encore aujourd’hui à aveugler, ou tout au moins à repousser un ennemi trop importun. Un géologue anglais, ayant trouvé dans le lias une de ces poches pleine de sépia, s’empressa de diluer cette couleur pétrifiée, et de peindre au lavis le fossile qu’il venait de découvrir. Il voulut que la seiche antédiluvienne concourût elle-même par son encre à la représentation de ses traits.
Les infusoires, les rayonnés, les mollusques, ne sont pas les seuls hôtes de la formation secondaire. Les poissons, si nombreux dès la fin de la période primitive, passent dans celle-ci, et continuent de s’y reproduire. Les lits du terrain
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permien sont remplis d’ossements de poissons, si bien que les schistes noirs bitumineux qui forment un des groupes de ce terrain, portent souvent le nom de schistes à poissons. Le bitume que ces schistes contiennent est dû très-certainement aux animaux eux-mêmes qui y ont été enfouis , et qui s’y sont décomposés.
Pendant l’époque jurassique , les poissons continuent de progresser. Les bancs calcaires de Sohlenhoflen , en Allemagne, en sont pétris, et sont riches aussi en empreintes d’insectes. Dans l’époque crétacée apparaissent les squales ou requins, dont les dents triangulaires, découpées en scie sur les bords, sont répandues dans la craie et reparaîtront plus abondantes dans l’âge suivant. Les anciens, qui ne comprenaient rien aux fossiles, avaient appelé ces restes pétrifiés des ylossopùlres ou pierres en forme de langue. Ils voyaient dans toutes les pétrifications un jeu de la nature, un ludus naturœ , et même un slercus diaboli, mots latins qui servaient à expliquer bénévolement , dans la géologie naissante, tant de sujets embarrassants.
Si les mollusques et les poissons remplissent
LE MOYEN AGE
de tous leurs débris les assises des terrains secondaires, il y a d’autres témoins silencieux de ces temps perdus dans le passé. Les reptiles , qui faisaient à peine leur apparition à la fin de la période primitive, sont devenus de plus en plus nombreux. Le terrain jurassique marque l’ère de leur plus grand développement. M. Agassiz , qui a nommé le règne des poissons la période précédente, appelle celle-ci, et avec raison, le règne des reptiles. C’est surtout dans cette formation que se rencontrent les restes de ces vertébrés rampants, et jusqu’à leurs excréments pétrifiés ou coprolites t . Au bord des mers ou à la surface des eaux jurassiques vivaient le plésiosaure, voisin du lézard, le ptérodactyle, l’ archéoptéryx, sortes de dragons ailés, gigantesques, tenant du saurien et de l’oiseau; l’ichtyo-
1. On raconte d’une lady anglaise, qui avait le goût de la géologie, et qui ouvrait généreusement à tous les curieux l’accès de sa collection, qu’elle possédait un énorme coprolite. Quand on avait visité son musée, où elle tenait à honneur de vous accompagner elle-même, elle vous laissait seul. Alors un domestique en livrée apportait solennellemont le coprolite sur un plat, caché sous une serviette, puis il découvrait le fossile, et c’était comme le bouquet de la fin. La pudeur anglaise, le cant, défendait à la lady d’assister à l’exhibition.
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saure, participant au contraire du poisson et du reptile. Toutefois, il ne faudrait pas, avec l’Anglais Buckland, ne voir là que des êtres étranges, des espèces de monstres antédiluviens, dans lesquels la vie aurait préludé , et en quelque sorte se serait timidement essayée aux formes qu’elle a depuis revêtues. La nature procède sur un plan plus rationnel. C’était alors, avons-nous dit, le règne des reptiles , et tous les types intermédiaires, qui depuis ont disparu, n’existaient peut-être pas sans motif. Nous voyons encore de nos jours et des poissons volants et des chauvessouris, que les naturalistes ne sont pas embarrassés de classer dans leur ordre distinctif. Les rêves dans lesquels aime à se bercer l’imagination quand , franchissant les âges , elle se reporte vers cette enfance de la terre , rêves dont les anciens ont tant abusé , sont désormais rendus impossibles par les révélations de la science. Mais l’histoire du globe n’est-elle point déjà assez imposante, sans y mêler une fausse poésie? La poésie est ici la vérité, et la vérité nous écrase. La nature n’a pas compté avec le temps dans ses œuvres, elle les développe len-
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tement, patiente, parce qu’elle est éternelle; tandis que, passagers d’un jour ici-bas, nous ne formons qu’un modeste échelon de la série infinie des êtres!
Aux reptiles s’arrête pour ainsi dire le développement de la vie dans la période secondaire. On a signalé, en France, des restes d’oiseaux dans la craie, et en Angleterre, des os pétrifiés de mammifères, de la famille des kanguroos ou des sarigues dans le lias; mais de tels exemples ne se sont pas reproduits ailleurs, et méri- ' teraient peut-être de plus éclatantes confirmations. C’est surtout dans l’âge suivant que les oiseaux et les vertébrés supérieurs vont réellement apparaître.
Moins brillante que la faune est la flore de la formation secondaire. Cependant , après l’époque houillère , les forêts luxuriantes qui ont donné naissance au charbon ne disparaissent pas tout à fait. Quelques essences passent même d’une époque à l’autre et ménagent la transition. Les fougères, les cycadées, les walchias, montent du terrain houiller dans le terrain permien, où les walchias , ces aïeux des conifères,
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et les cycadées, ancêtres des palmiers, atteignent même leur plus grande croissance. Quelques espèces nouvelles se montrent, telles que les zamias; d’autre srappellent les espèces de la grande époque carbonifère. Dans les formations permienne et triàsique , la décomposition sur place de ces plantes , dont quelques - unes étaient d’espèce marine, a donné lieu à des sources abondantes, à des lacs, à des fleuves souterrains de pétrole et de sel, que la sonde, à notre époque, devait faire remonter au jour. Tels sont les fameux gisements d’huile de pierre des États-Unis, dans la Pensylvanie et l’Ohio. D’autres géologues, il est juste de le dire , attribuent ces sources minérales à des émanations échappées au foyer central de la planète, et montant le long des fissures du sol.
Devant l’abondance de la végétation , des bancs de houille continuent à se former dans les terrains permien, triàsique, jurassique, crétacé, mais d’une houille en couches peu épaisses, et presque toujours maigre, sèche, feuilletée, fibreuse, présentant la texture du bois, de façon que les géologues s’obstinent à la baptiser du
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nom de lignite , comme si elle n’était formée que de ligneux.
Dans toute la période secondaire, les plantes d’ordre inférieur, comme les fucus, ne sont pas moins abondantes que les fougères. Les assises du terrain jurassique et crétacé présentent de nombreuses empreintes de fucoïdes ou fucus pétrifiés. Cependant une certaine marche progressive se fait sentir dans l’échelle végétale. Les cryptogames, les monocotylédones, cèdent peu à peu la place aux plantes dicotylédonées L
1. Linné divisait les plantes en deux grandes familles: les cryptogames, dont les organes de fructification sont cachés, dont les fleurs ne sont pas apparentes ; et les phanérogames , dont l’acte de floraison est certain. A son tour, A.-L de Jussieu subdivisa les phanérogames en deux classes : celle des monocotylédones ou plantes dont le germe, en sortant de terre, présente un seul lobe ou cotylédon; et celle des dicotylédones, qui en présentent deux ou plusieurs. Dans ce système les cryptogames sont les acotylédones ou plantes sans cotylédon.
Les cryptogames se subdivisent en cryptogames cellulaires , formés de cellules, et cryptogames vasculaires, formés de vaisseaux , de fibres. Les algues, les fucus, les champignons, les lichens, les mousses, appartiennent à la première de ces catégories : les fougères , les lycopodes , à la seconde.
Les palmiers, les graminées sont des monocotylédones; les sapins, les chênes, tous les arbres fruitiers ou forestiers de nos climats , des dicotylédones.
Lçs pins, les sapins, les cèdres, les thuyas, tous les arbres résineux, sont rangés sous la dénomination commune de coni-
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Celles-ci régneront presque sans conteste , au moins sous nos climats, dans la période suivante; mais cette fois le progrès n’est que relatif, il ne semble pas absolu comme dans la série animale. On ne peut pas dire qu’aucune de nos forêts, même de nos forêts tropicales, égale la majesté, l’ampleur, l’étendue que devaient offrir les forêts houillères de la période primitive, tandis que dans l’échelle zoologique il y a un progrès réel : on passe graduellement des animaux inférieurs aux êtres perfectionnés ; l’homme lui-même ne vient qu’à son heure, le dernier, après tous les mammifères *,
fères, parce que leur fruit ala forme d’un côneou pomme de pin.
Le développement de la vie végétale, dans la série des formations géologiques, s’est fait progressivement; des cryptogames vasculaires aux cellulaires, et de ceux-ci aux monocotylédones et aux conifères; les dicotylédones sont venus les derniers. A mesure qu’on avance, le végétal, d’abord rudimentaire, devient de plus en plus complet.
1. Cuvier divise le règne animal en quatre grands embranchements : les rayonnés ou zoophytes , les articulés ou annelés, les mollusques, les vertébrés. Les rayonnés comprennent entre autres les coraux, les oursins; les articulés, les crustacés, les insectes; les mollusques, les poulpes, les seiches, et tous les animaux à coquilles; enfin les vertébrés se subdivisent en quatre grandes classes : les poissons , les reptiles , les oiseaux et les mammifères. Le développement de la vie, dans la série des formations géologiques , parait s’ôtre fait sur ce plan.
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A la fin de la période secondaire, la plus grande partie du monde actuel est sortie des eaux ; l’Amérique presque tout entière est même émergée : ce que nous appelons le nouveau monde est peut-être le plus ancien. En France, les deux tiers du pays sont formés. Dans la période précédente, il n’y avait encore que des archipels; toutes ces îles sont maintenant soudées, reliées entre elles par les bassins secondaires. Mais les lieux où seront nos principales villes, Paris, Marseille, Bordeaux, Rouen, sont encore sous les eaux. On pourrait en dire autant pour une partie de l’Angleterre et de l’Espagne, et pour l’Italie, la Prusse, etc.
La période secondaire a été non moins tourmentée par les éruptions volcaniques que la période primaire. Les granits, les porphyres, ont continué à soulever les montagnes, et les ont portées de plus en plus haut à mesure que de nouvelles assises de sédiments s’ajoutaient à toutes les précédentes. Les montagnes du pays de Galles, de la Thuringe, de la Côte-d’Or, le mont Viso, la chaîne des Pyrénées et celle des Apennins sont d’âge secondaire. Le soulève-
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ment des trois premières chaînes correspond respectivement aux époques permienne, triasique, jurassique; celui des trois dernières est d’époque crétacée.
D’autres roches d’épanchement que les granits et les porphyres, des roches de couleur verte ou noirâtre, que les géologues nomment diorites, euphotides, serpentines, mélaphyres, se sont fait jour à travers les cratères, secondaires. A peine apparaissaient-elles au déclin de la période précédente ; elles font dans celleci continuellement éruption, et tendent peu à peu à prendre la place des granits et des porphyres, dont les épanchements diminuent d’intensité ou cessent tout à fait. Les savants sont fort embarrassés pour classer toutes ces roches vertes qui prennent souvent tous les aspects, et passent des unes aux autres dans la même localité. Les Anglais et les Allemands ont tranché en quelque sorte le nœud gordien, en les réunissant sous les dénominations génériques de grûmtein ou de greenstones , qui signifient dans les deux cas roches vertes. Le nom de roches ophiolitiques ou serpentineuses y répond assez bien en français.
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Ces roches vertes et leurs aînées, les roches granitiques et porphyriques, n’ont pas seulement relevé, disloqué les formations secondaires pour les aligner en hautes montagnes, elles ont aussi ouvert dans le sol, comme dans la période précédente, de nombreuses fissures et crevasses, telles qu’il s’en produit encore dans les tremblements de terre. Dans ces fentes ont continué «à se déposer les substances métalliques, si bien que presque tous les filons, comme les définit aujourd’hui la science, ne sont que des fentes remplies après coup. Des eaux, des vapeurs minéralisées, qui ont parcouru ces fissures, y ont déposé les substances pierreuses et cristallines qui toujours accompagnent la partie métallique des filons, et ainsi s'est formée la gangue à côté du minerai. Les phénomènes qui se passent sous nos yeux, dans les canaux naturels ou artificiels que parcourent les eaux thermales, sont les derniers survivants de ces phénomènes du passé, qui avaient lieu sur une échelle immense, avant d’être comme à présent si restreints.
Dans leur violente apparition, les roches vertes ont non-seulement donné naissance à des fis-
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sures plus tard remplies par les métaux, elles ont aussi amené le métal avec elles, et celui-ci s’est alors déposé au milieu ou au contact de la masse éruptive. Ainsi s’est trouvé de tous points justifié le nom de roches métallifères que l’on donne quelquefois aux roches d’éruption. Enfin des gîtes métalliques ont eux-mêmes joué le rôle de roches de soulèvement, et ont apparu tout d’une pièce; tels sont les fameux gîtes ferrugineux qui bordent le rivage oriental de l’île d’Elbe, et qui, exploités sans interruption depuis trois mille ans, font encore aujourd’hui la fortune de ce petit pays.
Les roches vertes sont les roches métallifères par excellence de la période secondaire. Les fameux gîtes de platine, de cuivre, d’or, de fer de l’Oural et de la Sibérie; ceux de cuivre du lac Supérieur, de la Toscane, de la Californie, et selon quelques géologues, les gîtes aurifères et diamantifères du Brésil, sont d’âge secondaire, et reconnaissent les roches vertes pour cause première de leur venue au jour.
Tous les gîtes métallifères n’empruntent pas leur origine à une roche éruptive. Les célèbres
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schistes à poissons du Mansfeld (Prusse saxonne) sont imprégnés de cuivre sulfuré, et ces schistes classiques sont bien connus de tous les mineurs, qui les appellent volontiers avec les Allemands les schistes cuivreux, knpferschiefer. Les grès rouges de Corocoro, près la Paz, en Bolivie, contiennent des lamelles, des grains de cuivre et d’argent métallique. Dans les deux cas, trèsprobablement le métal a été apporté par les eaux ; mais il faut invoquer le passage de courants électro-magnétiques au milieu des dissolutions, pour expliquer le dépôt du cuivre et de l’argent non alliés, comme au lac Supérieur et à Corocoro. Beaucoup d’autres gîtes reconnaissent une origine simplement chimique ou aqueuse, par exemple toutes les couches ferrugineuses si abondantes dans le terrain jurassique. On peut en dire autant de presque tous les dépôts qui forment non jdus des couches réglées, mais des amas, quels qu’en soient l’âge et la nature , que ces amas soient d’âge primaire ou secondaire, qu’ils renferment du sel , du plâtre, du soufre ou des minerais métalliques.
La période secondaire n’est pas seulement *
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riche en métaux. Tous les minéraux utiles y sont très- répandus. Nous avons déjà parlé du charbon et du pétrole. Dans le trias, c’est aussi le plâtre, l’albâtre et le sel, et ce dernier en telle abondance qu’A.d’Orbigny avait proposé le nom de terrain saliférien pour un des groupes du trias. Dans le terrain jurassique, ce sont d’abord les marbres veinés ou statuaires, tels que ceux de Sienne, de Carrare et de Paros, et dans un ordre plus modeste, mais non moins digne d’être consigné, les calcaires bitumineux et lithographiques, puis les pierres à chaux hydraulique et à ciment, qui ont détrôné la pouzzolane volcanique, le fameux ciment romain. Ce sont ces pierres d’âge jurassique ou crétacé qui, grâce aux études de M. Vicat, ont rendu de nos jours célèbres et riches nombre de localités, celles de la Porte-de-France près Grenoble, de Vassy, de Pouilly en Bourgogne, et duTheil dansl’ Ardèche, et celle de Portland en Angleterre. La chaux hydraulique du Theil est , dit-on , celle qui résiste le mieux à l’eau de mer. C’est par son emploi que l’on a pu édifier sûrement, jusqu’aux plus grandes profondeurs sous - marines , les nou-
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velles jetées des ports de Marseille, d’Alger et de Livourne.
11 faut signaler encore dans le terrain jurassique les bancs d’argile, qui ont donné tant de. développement à la céramique artistique ou commune, et permis à l’art des constructions, de réclamer des briques, des carreaux et des tuiles en quelque quantité que ce soit. Chez nous, la Bourgogne est renommée pour ses magnifiques bancs d’argile à brique.
Dans le terrain crétacé, nous devons rappeler surtout la craie, qui en est le produit utile par excellence ; et dans toute la série secondaire, du terrain permien au terrain de craie, les pierres de taille et à moellon, que les carriers en retirent en si grande abondance. Les architectes doivent aux terrains secondaires les meilleurs de leurs matériaux. Les terrains permien et triasique fournissent des grès renommés. La cathédrale de Strasbourg est construite en grès bigarré, dont sont bâties également toutes les villes qui sont le long du Rhin de Fribourg à Mayence. A Paris, les fondations du palais de l’Industrie édifié en 1855 sont en grès bigarré»
Dans le terrain jurassique, la pierre de taille abonde. Une partie de nos villes, dans la Normandie, la Bourgogne, la Lorraine, sont bâties de ces belles pierres. Lyon est presqu’ entièrement construit avec le calcaire de Villebois (Ain). Dans beaucoup de localités, il y a des bancs fameux dont les produits vont au loin, comme le banc bleu de Caen, que sont venus plusieurs fois fouiller les Anglais pour réparer la cathédrale de Cantorbéry , déjà bâtie avec cette pierre au xu® siècle. Presque toujours le calcaire jurassique passe au marbre; telle est la fameuse pierre de Cassis près de Marseille. Le plus beau marbre lui-méme s’emploie souvent comme pierre de taille. A Gènes, tous les palais sont faits en marbre de Carrare, si bien que la patrie de Colomb a été justement baptisée du nom de ville de marbre. Enfin la craie du terrain crétacé sert aussi de pierre de taille, et l’élégante cité de Tours n’est bâtie que de craietufieau. Cette pierre est poreuse et si tendre quelle se laisse entamer au couteau; mais elle durcit peu à peu à l’air comme le tuf, auquel les architectes et les géologues l’ont assimilée.
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C’est ainsi, constatons - le de nouveau, que le relief géologique d’une contrée se reflète jusque dans l’aspect des cités elles-mêmes.
L’agriculture des terrains d’âge secondaire emprunte également aux conditions géologiques du sol ses traits principaux. Nulle part le fait ne se vérifie mieux que dans le terrain jurassique. Les dépôts calcaires, marneux et argileux, qui caractérisent cette formation, sont les plus favorables aux plantes. Le sol renferme la chaux et la silice, et à leur tour les bancs d’argile, en retenant les eaux, permettent à celles-ci d’apporter, de déposer sur place les sels alcalins indispensables à la nutrition végétale. Les terrains d’âge jurassique sont remarquables par leurs prairies et leurs vignobles, et il suflit de citer en France la Normandie et la Bourgogne, qui reposent toutes deux sur des formations de cet âge, pour témoigner de la vérité de cette assertion. Les pays jurassiques sont arrosés par d’abondantes sources. Les lits profonds d’argile et de marne retenant les eaux, celles-ci courent souterrainement et viennent sourdre à la surface , souvent en immenses nappes. Telle est la fontaine de Vaucluse
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où naît la rivière de la Sorgues, aux eaux vives, renommées pour leurs truites, et la source ellemême du fleuve Argens, dans le Var, qui rappelle, soit par l’aspect, soit par les conditions géologiques des lieux, et même par le volume, la limpidité et la fraîcheur des eaux, la fontaine chantée par Pétrarque.
Les plus célèbres grottes et cavernes , celles qu’on nomme les balmes ou baumes dans quelques contrées, se rencontrent aussi dans le terrain jurassique. Les colonnes naturelles qui ornent la plupart d’entre elles, les stalactites, ont été formées , atome par atome , par les infdtrations et l’évaporation lente des eaux calcaires, au toit et au soi de l’excavation, puis se sont unies et soudées ensemble. Il en est de même des incrustations qui tapissent les parois. L’origine des cavernes est moins facile à expliquer. Quelquesunes ne sont sans doute que d’immenses fissures résultant des dislocations du sol. On attribue l’origine de quelques autres à l’érosion produite par des eaux acides; mais cette explication n’est guère acceptable.
Le cachet imprimé aux pays par les formations
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triasique ou crétacée est différent de celui de la formation jurassique.
Les grès du trias sont favorables à la végétation forestière , comme le démontrent ceux des Vosges et de la forêt Noire, sur lesquels poussent en bois épais les chênes et les sapins. Ces grès ent en outre donné aux montagnes qu’ils couronnent un relief particulier, arrondi, rappelant quelquefois des ruines, et caractérisé par les ballons d’Alsace.
A leur tour, les terrains d’âge crétacé sont quelquefois des terrains de vignobles , comme ceux d’âge jurassique. Les crus de la Champagne semblent avoir emprunté au calcaire crayeux l’acide carbonique gazeux et pétillant. Une partie des vignobles du Bordelais est aussi sur des terrains de craie; mais ici plus de ces prairies , plus de ces campagnes plantureuses comme dans la formation jurassique.
Il y a même une ombre au tableau. Quand c’est la craie blanche qui domine, elle sème au milieu des pays qu’elle traverse la tristesse et la désolation. La stérilité est répandue sur ces landes où se dressent quelques bruyères rabou-
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gries, et où se montre partout la craie en énormes taches. On reconnaît à ces traits la Champagne pouilleuse. Plus favorisée par la géologie, cette contrée eût mérité une autre épithète.
Le rude cachet imprimé aux populations par les formations primitives disparaît dans les formations secondaires. On passe des populations montagnardes, pastorales, aux populations forestières et agricoles , et avec ces dernières la vie civilisée commence. Toutefois l’histoire des pays reflète encore le souvenir de quelques mêlées grandioses : c’est au mont Auxois en Bourgogne, jadis Alesia, que tombe Vercingétorix, défait par César; c’est sur ce rempart jurassique qu’ après dix ans de luttes continues la Gaule est vaincue par Rome.
Nature des dépôts de cette période. — Essor de la vie. — Le règne des quadrupèdes. — Animaux fossiles. — Anciennes croyances. — Découvertes de Cuvier. — Végétaux tertiaires. — Volcans éteints. — Produits utiles. — Aspeét des terrains tertiaires et des pays qu’ils constituent.
Les temps modernes de l’histoire de la terre comprennent ce que les géologues nomment la période tertiaire. Cette période est elle-même divisée en trois époques , l’inférieure , la moyenne et la supérieure. Des roches analogues aux précédentes, mais d’une texture moins cristalline, continuent à se déposer. Les calcaires sont moins compactes, les grès sont d’un grain moins serré. Seuls les conglomérats, les pou-, dingues, les brèches, forment souvent, surtout à la base ou à la partie supérieure des terrains,
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des assises d’une puissance énorme, et jusqu’ici rarement atteinte. On dirait que d’immenses déluges ont labouré le sol, et que ce ne sont plus les orages, mais les soulèvements euxmêmes de très-hautes montagnes, qui ont précipité les eaux le long des coteaux et dans les vallées.
Des grès , des calcaires , des argiles , des couches de pierre à plâtre, des bancs ou des amas de sel et de soufre, tels sont les principaux sédiments que l’on rencontre dans les formations tertiaires. Des couches de houille presque toujours sècjie, grasse par exception, existent dans beaucoup d’étages, ainsi que des minerais de fer. Aucune époque géologique n’a été déshéritée des produits minéraux qui devaient être un jour si utiles à l’homme. Quant au fer, qui donne aux roches qui le contiennent une couleur caractéristique, il est tellement répandu dans toutes les formations terrestres, qu’on l’a nommé le peintre de la nature. L’abbé Haüy, père de la minéralogie française, disait: « Quand la nature prend le pinceau, c’est très-souvent le fer oxydé qui est sur la palette. »
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Au milieu des formations tertiaires, l’essor de la vie est encore plus rapide que dans les époques précédentes. Les mollusques, les poissons, continuent à être abondants; les insectes apparaissent en nombreuses familles; les oiseaux sont partout. Comme le progrès se poursuit sans relâche dans la série animale, les mammifères naissent et prennent tout à coup un incroyable développement, si bien qu’on peut appeler cette période le règne des quadrupèdes. Bien des genres depuis éteints, ies paléothères, les deinothères, les anthracothères, qui ont aujourd’hui leurs analogues dans les hippopotames et les sangliers ; les mastodontes, aïeux des éléphants, remplissent de leurs ossements pétrifiés les différents dépôts tertiaires. En certains endroits, dans les plâtrières de Montmartre et toutes celles qui environnent Paris; dans les terrains argileux du Val-d’Arno, entre Florence et Arezzo; dans les gîtes carbonifères de Monte-Bamboli, au milieu de la Maremme Toscane ; sur la colline de Sansan, dans le Gers; enfin dans les terrains calcaires.de Pikermi, dans l’Attique, non loin d’Athènes, on a rencontré de véritables nécro-
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pôles de ces êtres disparus. On dirait que tous à la fois se sont enfuis devant un ennemi commun, devant quelque grande révolution géologique, qui les a tous atteints, enveloppés et fixés surplace. On ne peut nier ces immenses bouleversements. La faune fossilç de l’Attique rappelle en partie celle qui vit aujourd’hui en Afrique; très-probablement la Grèce était alors unie au continent africain , et participait à son climat. Il est curieux que la mythologie hellénique ait comme deviné ces faits que devait si tard révéler la science, et que la fable du lion de Némée trouve des fondements dans le passé même de l’Attique. Quelques-uns de ces êtres éteints forment le passage entre des genres qui sont aujourd’hui séparés par des lacunes. C’est ainsi, d’après M. A. Gaudry, que les hipparions relient les pachydermes aux solipèdes, les éléphants aux chevaux, et que les semnopithèques ont été les précurseurs desi singes. Ces faits et mille autres analogues semblent donner raison à M. Darwin et à ses disciples, qui admettent la transformation et non la fixité des espèces. Cette théorie n’est pas nouvelle; elle
LES TEMPS MODERNES
flatte même l’imagination par sa simplicité.
On aime à se représenter tous les êtres comme sortis du même atome, du même germe, et se développant peu à peu, chacun suivant ses habitudes et son milieu ; mais il y a loin du rêve à la réalité, de la théorie à la pratique , et bien que BufTon, Lamarck, les Geoffroy Saint-Hilaire, aient successivement attaché leur nom à la défense des idées que reprend aujourd’hui M. Darwin, il est peut-être plus rationnel de s’en tenir à la fixité des espèces, sauf certaines modifications , certains passages que l’on ne peut nier, et de suivre en cela les errements de Linné et de Cuvier.
Le nom de ce grand naturaliste vient nous rappeler à propos que c’est à lui que l’on doit la première étude sérieuse des mammifères fossiles que renferme le terrain tertiaire. Avant Cuvier, quelques savants s’étaient en vain occupés de jeter la lumière sur ces restes d’animaux éteints. Les uns n’y avaient vu que des monstres engloutis par quelque grand cataclysme de la nature, les débris de ces dragons, de ces sphinx, dont l’antiquité, par
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une sorte de prescience, avait peuplé sa mythologie. Les autres croyaient y reconnaître des restes humains, ceux du géant Teutobochus, le roi des Cimbres, défait par Marius, ou mieux ceux, de l’homme témoin du déluge, homo diluvii teslis , comme les savants l’appelaient dans la langue savante d’alors; et ainsi se trouvait de tous points confirmé le récit mosaïque. Quelquesuns, moins ignorants de l’anatomie, mais non moins naïfs, voyaient dans la plupart de ces fossiles les os des éléphants d’Annibal, et prouvaient, l’histoire àla main, qu’ils ne se trompaient pas. À cette époque, si rapprochée cependant de nous, la géologie positive n’était pas née. Les empreintes de coquilles et de poissons n’étaient pas moins embarrassantes pour les naturalistes. Arguer du déluge de la Bible ne suffisait pas. Aussi Voltaire avait-il beau jeu pour intervenir dans la discussion par ses amères plaisanteries. Il prétendait que ces débris de poissons ou de coquilles, trouvés sur les plus hautes montagnes, provenaient du déjeuner d’un passant ou du collier de quelque pèlerin de retour des croisades, et que ces ossements de quadrupèdes
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n’étaient que le rebut de la collection de quelque naturaliste voyageur.
Enfin Cuvier parut, et le premier créa la paléontologie , après avoir fondé l’anatomie comparée. Rapprochant les uns des autres ces divers ossements pétrifiés, étudiant la forme et la disposition des dents presque toujours si bien conservées, grâce à l’ivoire qui les recouvre, comptant les vertèbres, mesurant les fémurs, comparant les os du bassin , de la jambe ou du pied, il rétablit peu à peu dans leur véritable forme tous ces squelettes épars, qui pour la première fois apparurent reconstitués devant le tribunal de la science.
« J’étais, a dit éloquemment Cuvier, dans le cas d’un homme à qui l’on aurait donné pêlemêle les débris mutilés et incomplets de quelques centaines de squelettes appartenant à vingt sortes d’animaux; il fallait que chaque os allât retrouver celui auquel il devait tenir; c’était presque une résurrection en petit, et je n’avais pas à ma disposition la trompette toute-puissante; mais les lois immuables prescrites aux êtres vivants y suppléèrent, et à la voix de l’anatomie
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comparée , chaque os , chaque portion d’os reprit sa place. Je n’ai point d’expressions pour peindre le plaisir que j’éprouvais en voyant, à mesure que je découvrais un caractère, toutes les conséquences plus ou moins prévues de ce caractère se développer successivement; les pieds se trouver conformes à ce qu’avaient annoncé les dents; les dents à ce qu’annonçaient les pieds; les os des jambes , des cuisses , tous ceux qui devaient réunir ces deux parties extrêmes, se trouver conformés comme on pouvait le juger d’avance; en un mot, chacune de ces espèces renaître, pour ainsi dire, d’un seul de ses éléments *. »
La vie animale ne s’est pas seule développée plus grande et plus forte dans le système tertiaire, la vie végétale y a subi des transformations non moins étonnantes. La dore de cette période diffère de celle des précédentes ; peu à peu les végétaux dicotylédonés ont pris le dessus. A cette famille appartiennent tous les grands arbres qui s’élèvent encore aujourd’hui dans