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HISTOIRE DE LA TERRE
rieuses; les terres, toutes les roches tendres ou désagrégées, dont les deux types extrêmes sont l’argile et la terre végétale. En tête des substances salines est le sel par excellence, le sel gemme. Parmi les combustibles minéraux se rangent d’abord tous les charbons fossiles, quels qu’ils soient, puis le soufre, le bitume. Les substances métalliques terrestres sont les minerais, dont l’industrie métallurgique tire un si grand parti. Restent les liquides et les gaz. Le premier des liquides naturels est l’eau, plus ou moins minéralisée ; il y a aussi le pétrole ou huile de pierre, qui fait en ce moment la fortune des États-Unis. Enfin, parmi les gaz, il faut distinguer surtout l’air qui enveloppe le globe, et les hydrogènes carbonés souterrains, gaz combustibles, qu’en Chine on va chercher jusqu’à de trèsgrandes profondeurs, comme une source inépuisable de calorique et de lumière.
L’histoire de la civilisation est inscrite tout entière dans l’histoire des minéraux. Place d’abord à la terre végétale, la grande nourricière du genre humain. L’argile a donné naissance à la céramique, et les sels ont créé la
LES PIERRES ET LES MINERAUX
peinture et la teinture en servant à fixer les couleurs ou en étant eux-mêmes des couleurs.
Des minerais métalliques sont sortis les métaux, base de tout progrès. L’enveloppe liquide du globe, la mer, concurremment avec l’enveloppe gazeuse, l’atmosphère, a été l’origine de la navigation. Un phénomène physique, un défaut d’équilibre de l’air momentanément ou régulièrement troublé, a engendré le vent, et en lui une force motrice gratuite dont l’homme a su bien vite profiter.
Les eaux douces ou continentales jouent aussi un rôle marquant. C’est d’abord celui d’entretenir la vie ; rôle qu’elles partagent avec l’atmosphère. En outre, les fleuves sont des chemins qui marchent, plus économiques que les voies ferrées elles-mêmes, et des machines toutes prêtes à fonctionner. Mais l’homme ne s’est pas contenté de tant d’avantages que la nature a mis gratuitement à son service. Quand l’eau manque à la surface , il va la chercher sous le sol. Le liquide jaillit en gerbes artésiennes qui fécondent les champs, arrosent et alimentent les villes, où elles distribuent aussi le calorique , quand
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elles viennent de lieux assez profonds; enfin les mêmes eaux servent de force motrice aux usines.
Là ne se bornent pas les services que nous rendent les minéraux. On connaît les miracles que les combustibles fossiles ont permis à notre époque de réaliser : nous leur devons la machine et les bateaux à vapeur et la locomotive; c’est tout dire. Et aux pierres, aux vraies pierres, que ne leur doit-on pas aussi, à un autre point de vue? Les plus belles, les gemmes, par l’éclat et le reflet qui les distinguent, par le poli qu’elles peuvent recevoir, par la dureté qui leur est propre et qui leur permet de conserver indéfiniment la trace du burin, ont donné naissance à la gravure et sont venues en aide à tous les arts décoratifs. Les plus modestes, les pierres de construction, n’ont-elles pas permis à leur tour d’édifier la demeure de l’homme? ÎN’ont-elles pas été successivement l’origine de l’architecture et de la sculpture? C’est peut-être à elles qu’on doit le plus. Il n’est rien en ce monde de petit ni d’infime : un caillou bien exploité peut
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faire la fortune d’un État ou donner naissance à tout un pays.
« Chaque minéral, disait Cuvier, faisant l’éloge du grand minéralogiste allemand Werner, chaque minéral peut recevoir quelque emploi, et de sa plus ou moins grande abondance dans chaque lieu, du plus ou du moins de facilité qu’on trouve à se le procurer, dépendent souvent la prospérité de chaque peuple, ses progrès dans la civilisation, tous les détails de ses habitudes...
« La Lombardie n’élève que des maisons de briques, à côté de la Ligurie qui se couvre de palais de marbre. Les carrières de travertin ont fait de Rome la plus belle ville du monde ancien; celles de calcaire grossier et de* gypse font de Paris l’une des plus agréables du monde moderne. Mais Michel-Ange et le Bramante n’auraient pu bâtir à Taris dans le même style qu’à Rome, parce qu’ils n’y auraient pas trouvé la même pierre; et cette influence du sol local s’étend à des choses bien autrement élevées. »
Et Cuvier, continuant, dévoilait dans un magnifique langage cette action de la pierre sur
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l’homme que nous avons déjà si souvent remarquée.
« A l’abri, disait-il, des petites chaînes calcaires inégales, ramifiées, abondantes en sources, qui coupent l’Italie et la Grèce; dans ces charmants vallons, riches de tous les produits de la nature vivante, germent la philosophie et les arts : c’est là que l’espèce humaine a vu naître les génies dont elle s’honore le plus, tandis que les vastes plaines sablonneuses de la Tartarie et de l’Afrique retinrent toujours leurs habitants à l’état de pasteurs errants et farouches. »
Par quel aperçu plus lumineux, par quel tableau mieux choisi aurions-nous pu finir cette étude des pierres et du rôle qu’elles jouent autour.de nous?