‹ Historie de Rome et des papes au moyen ageChapitre 16 sur 165 · IV. — Insuceès et eontre-courants · texte numérisé non relu

IV. — Insuceès et eontre-courants

29. L'esprit païen ne pouvait manquer d'opposer des difficultés à ces exigences de la nouvelle religion ; il est aisé d'en constater les tristes effets. Au IV« siècle et même au V'^ les églises chrétiennes et les palais étaient remplis de simples convertis de nom. La faveur que la cour témoignait au christianisme, la révolution politique qui détruisait tout espoir d'avenir pour les temples et le culte païens, déterminèrent à Rome des conversions multiples : mais ces adhérents purement extérieurs compromettaient !a religion par leur manque de conviftîon et leur mauvaise conduite. Il y avait aussi cette foule nombreuse de chrétiens chez qui la sincérité des convictions intimes n'empêchait pas les plus graves compromissions avec le paganisme; il sut les entraîner à des démarches qui ressemblaient presque à une trahison envers la nouvelle religion. Les Pères de l'Église s'emportent avec raison contre la participation de chrétiens sans caraftère à ces fêtes et coutumes choquantes qui étaient encore immédiatement sous l'influence du culte païen. "Pourquoi ce respeft humain devant les puissants.' s'écrie l'un des plus grands doéleurs, S. Augustin. Est-ce par là que nous pouvons espérer de gagner le monde à la loi sainte du Christ .' Usez de courtoisie et de mansuétude envers les personnes des païens, mais professez hautement et fermement votre foi contre leurs folies. Puisque vous êtes chrétiens, tournez le dos à leurs vaines réunions; qu'ils rougissent du moins de leur petit nombre, s'ils ne veulent se résoudre à partager votre foi "3.

Cette rupture avec la communauté païenne était d'autant plus nécessaire que la superstition exerçait encore son aflion sur les masses de la population chrétienne. Une prière du IV*- V« siècle conservée dans le sacramentaire romain, dît Léonin, combat expressément cette attache aux superstitions païennes*.

' PerisUph,, hymn. X, v. 201 et suiv,, éd.

Dressel, p. 39B.

' Epistol. ad Rom., VI, 5-8; XII, 2; XIII, 14.

î5/r/H.6ï,c.7.Sii(Migne,/'.Z..,XXXVIlI, col. 420). Destrite soUmnitales eorum, destriie nugas eorum, etc.

•■Preas, juL n. 37 (Migne, P. I~, LV, n. 83,

col. 377 éd. Feltoe, p. 79). On prie pour que les cœurs soient débarrassés àc omnis profanitas; maintenant qu'ont été vaincus les sénateurs des vaines superstitions {quiim vanae superstilionis ipsos quoque rttnoveris \Deus\ seiîatorts), à une époque oix, ritu pestiferae vttusiatis abolilo, la vérité triomphe, les lidèles doiveitt s'abstenir Atsjîgmenta diaboliques.

40 LIVRE I.CHAP. II. TRANSFORMATION DE L'EMPIRE D'OCCIDENT. [N^ 3a 3I.

30. La rénovation chrétienne rencontrait encore un obstacle redoutable dans la licence publique profondément enracinée. Les forums, les thermes, les théâtres étaient pour l'immoralité un terrain privilégié créé par le paganisme. Le libertinage exerçait sî publiquement sa domination qu'il avait fait fuir jusqu'au sentiment de la pudeur. Cela est vrai surtout de la ville de Rome. Beaucoup de chrétiens voyaient en elle la Babylone dont on prédisait la chute prochaine et les pasteurs des fidèles désespéraient de pouvoir mettre au mal une digue qui l'empêchât de couvrir de sa fange le terrain même qu'ils avaient conquis '.

La haute société, la cour impériale qui se proclamait chrétienne, n'encourageaient que trop par leur exemple la frivolité. Quand les envahisseurs Barbares eurent pris la haute main dans l'Empire, on les vit ajouter aux vices enracinés dans le peuple leur licencieuse brutalité et créer un état de choses encore plus intolérable. La perturbation des affaires publiques, la crainte des révolutions, les guerres, les tem.pétes de l'invasion tenaient les esprits dans un état d'agitation et de préoccupation fort peu favorable aux bonnes mœurs.

Dans des temps plus calmes, on eût aisément triomphé des dangers moraux. L'éducation du peuple aurait suivi une marche plus régulière, la force salutaire de l'Eglise aurait fait plus tôt sentir ses effets bienfaisants aux plaies du corps social. Des écoles chrétiennes se seraient élevées plus vite et en plus grand nombre; la science ecclésiastique se serait développée plus harmonieuse et plus belle. Tandis que, et c'est encore un obstacle que nous ne pouvons passer sous silence, l'Église fut trop longtemps privée de chaires publiques brillantes: l'étendue des connaissances humaines et la culture de la forme classique faisaient trop défaut à ses défenseurs en un temps où la science et la culture païennes pouvaient soutenir avec éclat la comparaison ; l'esprit païen considérait le goût et les belles-lettres comme son domaine exclusif et il en tirait oi^ueil, prétention que ne justifiait nullement d'ailleurs au V^ siècle la misère intelle6luelle de ses productions. Au reste plus d'un chrétien, occupant quelque grande situation mondaine, avait repris avec zèle et succès les traditions des études classiques. Néanmoins la science païenne ne possédait que trop d'attraîts : la philosophie et la rhétorique d'un Symmaque, d'un Claudîen, d'un Ausone, d'un Ammien, d'un Eutrope, d'un Macrobe régnaient presque exclusivement sur le terrain de la littérature. Ces écrivains et quelques autres non moins vantés tinrent trop longtemps le monde sous la domination de leur génie. Ce n'est qu'en 529 que Juslinien ferma l'école philosophique d'Athènes, ce foyer du classicisme païen.

3 1 . Mais le plus redoutable des obstacles contre lesquels eut à lutter l'Église, ce fut encore la constitution de l'État, Bien qu'il se fût christianisé, il s'obstinait à garder dans son sein tant d'éléments païens! L'Empire se proclamait soumis à la croix, mais il ne se laissait pas détacher de l'idée toute païenne de l'omnipotence impériale. Justinicn en est une preuve parlante en plein VI= siècle, en dépit des mesures excellentes et moralisatrices dont le christianisme lui est redevable ou plutôt dont lui-même est redevable au christianisme. L'État, dans

' Cod. Thtûd., XV, 7, De scaenicis, 1. 5., § 2oetsuiv.; le même, Dt jcjuiùo, c. 12, 18,

avec le commentaire de Godefroy; îbid.,1. 8, 22, 23; Ammien Marcellin, XIV, c. s, où "1

9, 12; S. Ambroise, de cèilu VeUenliniani, s'attache arf^a momtraitda ijuae Romae ge-

% 17, et son éloge de Cralien, ïn Pialm. LXI, rerenlur.

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