‹ Historie de Rome et des papes au moyen ageChapitre 17 sur 165 · IV. INSUCCÈS ET CONTRE-COURANTS · texte numérisé non relu

IV. INSUCCÈS ET CONTRE-COURANTS

le seatîment de son omnipotence, entrava souvent la liberté de mouvements de l'esprit religieux et l'aélion de l'autorité ecclésiastique. La faveur qu'il accorda souvent aux schismes et aux hérésies créa la division au sein de la chrétienté, tandis que l'unité seule eût été capable d'assurer le progrès de la civilisation chrétienne, et fît obstruélion aux effoits de l'Église pour aller jusqu'au plus intime de l'humanité porter les remèdes nécessaires. L'ingérence de la puissance civile dans les affaires ecclésiastiques fut un mal, dont l'origine doit être cherchée jusqu'aux temps de Constantin le Grand; elle eut pour principale cause les efforts constants des seflaîres pour assurer la protection de l'État à leurs doctrines erronées contre les condamnations épiscopales.

Fig. 8. Le Christ y du pa£uiisii]& Lampe chrtëenne de Cartbage.

33. L'Église ne se laissa point rebuter par ces obstacles. Tandis qu'elle dirigeait ses efforts contre les dernières traces de la pensée païenne, il lui était donné d'exercer sa puissance sur les Âmes par des moyens célestes, — incompréhensibles à ceux qui demeurent en dehors d'elle, — pour améliorer et réformer leurs mœurs. Ce sont les moyens de la grâce, le sublime sacrifice de l'autel, que lui a confié le Seigneur, les sacrements, la prière. Ces trésors, connus des seuls croyants, avaient été le ferment surnaturel des communautés chrétiennes, aux siècles des martyrs ; et ce même ferment continuait son aflion, aujourd'hui qu'il s'agissait, du fond des basiliques et des palais chrétiens, de débarrasser le monde contemporain de l'héritage moral du paganisme. Ce fut une lutte libératrice qui s'accomplit sans bruit et sans éclat et c'est merveille de voir le calme avec lequel la société romaine fut transformée par l'Église.

Ce serait se tromper que de demander à l'histoire de trouver dans ce travail de la civilisation matière à de puissantes émotions et à de grandes scènes historiques. La transformation intelleftuelle et morale d'une époque est autre chose qu'une conquête territoriale. Saint Augustin le fait justement remarquer à quelques contemporains qui n'appréciaient pas le bien fait par l'Église dans le domaine moral, parce qu'il ne s'était pas manifesté bruyamment, comme ils .supposaient à tort que cela dût être. Saint Augustin est d'un sentiment tout opposé : pour lui, c'est seulement ce qui est contraire à la règle et à l'ordre qui recherche la pompe et se préoccupe d'attirer sur soi les yeux du monde. Ses paroles qu'il nous plaît de citer peuvent servir de guide à l'historien ; l'on n'est que trop habitué à ne prêter attention qu'aux grands événements extérieurs et à détourner sa vue de la marche régulière et silencieuse de la vie et des faits moraux. " Pénètre du regard jusqu'au fond d'une époque ; ne t'arrête pas exclusivement à ce qu'on voit couler à la superficie ; il y a des choses que tu découvriras en allant bien au fond. Ne vois-tu pas que de gens suivent la parole du Christ sur le renoncement et le détachement, pour se faire, par l'imitation du Seigneur, un trésor dans le ciel? Ne vois-tu pas que de gens, tout en conservant les biens

terrestres, ont appris à en faire un bon et saint usage? Ne vois-tu pas dans le silence et le secret tous ces gens, qui du fond du cœur se séparent du monde, luttent courageusement avec eux-mêmes pour apprendre à le mépriser " '?

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