‹ Historie de Rome et des papes au moyen ageChapitre 24 sur 165 · I. PRODROMES DE LA PREMIÈRE INVASION · texte numérisé non relu

I. PRODROMES DE LA PREMIÈRE INVASION

nom respeflé elle est comme le poteau indicateur d'une route de malheur tragique pour Rome et pour l'Italie. L'année même où Stilicon fut assassiné à Ravenne, en 408, Rome se vit assiégée pour la première fois par ce Goth qu'elle prétendait " exterminé à jamais ".

Les négociations d'Alaric avec Honorîus étaient demeurées vaines. Il exigeait que l'Empire payAt un tribut à son peuple. Irrité du rejet hautain de ses demandes, i! prit avec son armée à travers l'Italie le chemin de Rome par la via Flaminia : la dévastation des provinces et la prise de Rome devaient lui conquérir une situation plus haute qu'auparavant tout en laissant à Honorius le gouvernement impérial. Il ne songeait pas et ne pouvait alors songer à établir un royaume durable en Italie: les foules qu'il conduisait étaient incapables de former un État régulier.

Les contemporains avaient îe sentiment que cette marche d'Alaric sur Rome était quelque chose d'irrévocable, d'irrésistible; païens et chrétiens racontent qu'Alaric aurait répondu à un pèlerin qui le conjurait d'épargner Rome, qu'il était poussé contre elle par un être supérieur; qu'une voix intérieure lui criait sans cesse : Anéantis-la'.

49. La conquête de Rome n'était cependant pas un jeu facile, surtout pour ces guerriers du Nord ignorants de l'art des sièges. Quand les Goths approchèrent de la ville, ils virent se dresser implacables devant eux les murs et les tours de son enceinte. Ils eurent tout le temps de faire caracoler leurs chevaux dans les campagnes accidentées des environs, de piller les riches villas et les nombreux établissements de la campagne romaine. Ils durent en venir à couper les vivres aux Romains. Ce fut bientôt dans la ville une disette indicible. Pendant ces jours de malheur le paganisme désespéré se redressa une fois encore : augures et pontifes cherchèrent à grouper le peuple autour d'eux pour invoquer les anciennes divinités; mais bien peu entendirent leur voix. La ville finit par se sauver à prix d'or et les anciens dieux y contribuèrent pour leur part, car nombre de statues demeurées intactes furent fondues à cette occasion. Après avoir arraché à Rome une rançon inouïe, Alarîc se dir^ea vers la Toscane.

La guerre demeurait suspendue sur la ville comme une nuée menaçante. Le roi barbare déclara qu'il ne se retirerait que quand le Sénat romain lui aurait obtenu une paix avantageuse avec l'Empereur; c'est Rome qui dut se faire l'intermédiaire de ses exigences à Ravenne. 11 demandait avant tout la cession de la Dalmatie, de la Vénétie et du Norique à ses Wisîgoths, plus un tribut annuel en froment et en argent. Pour étaler de telles prétentions, il fallait un guerrier comme Alaric, qui avait planté sa tente viélorieuse au cœur même de l'Italie, porté par la force irrésistible de son peuple goth ".

Pour procurer la paix, s'il était possible, l'évêque de Rome, Innocent P"" (401-417), se joignit à l'ambassade envoyée par les Romains à l'Empereur. La situation de la ville le touchait particulièrement à cause de sa position ecclésiastique; d'ailleurs, il était né dans le voisinj^e à Albanum et sortait des rangs du clergé romain. L'ambassade fut accompagnée par une escorte gothique.

' Socrate, J/i'si. ecd., 1. VII, c. 10 : 'Anitti, tJjv PtupLCEiuv itdp9T|9oï itoXiv. Cf. SozomÈne, Hht. tccles., 1. IX, c. 6; Claudien, De bdlo pollenlino seu geiico, v. 544. Ces bruits

exprimaient un sentiment général.

' Wietersheim, Gtsckichte der Volkenvanderung (,1" édit, revue par Dahn), t. It,

E^gî

Fig. 14. Ls porte Tiburtiue d'Honorius.

Elle offre cette parttculaiitf d'enclaver un «c d'une potle plus ancienne d'Auguste.

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Tous les projets échouèrent 'à Ravenne devant l'aveuglement obstiné de la cour, qui ne voulait pas consentir la moindre concession aux Barbares. C'était le renouvellement de la guerre ; et les hostilités reprirent si hâtivement que les ambassadeurs ne purent rentrera Rome. Innocent dut assister aux assauts lancés contre la ville, sans se trouver au milieu des assiégés, comme il l'eût désiré, pour leur donner secours et consolation.

50. Alaric se disposa donc pour la seconde fois au siège de Rome. Auparavant il fit encore faire des représentations à l'Empereur par une ambassade d'évêques italiens ; il protestait que ce ne serait point sa propre faute s'il livrait la capitale du monde en proie aux flammes et au pillage par les mains de ses Goths et des dix mille Huns à sa solde; cette ville qui avait régné mille ans sur le monde devait être conservée à l'humanité; il était prêt lui-même à diminuer ses exigences'.

Cet appel qui fait honneur au roi barbare ne produisit aucune impression sur le gouvernement de Ravenne. On croyait Rome suffisamment protégée par ses remparts, l'on poursuivait d'autres intérêts et l'on abandonna les malheureux habitants à leur sort.

Le second siège de Rome par les Wisigoths n'amena pas non plus la prise de la ville. Les avant-postes d'Alaric contemplaient en vain ces vastes masses de pierre; les cavaliers huns avaient beau faire le tour des murailles, examiner chaque porte, chaque tour, ils ne trouvaient pas un point faible, propre à l'assaut. Honorius pouvait se féliciter des grands et longs travaux de réparation faits à l'enceinte de la ville éternelle sous son gouvernement en prévision de dangers futurs. C'était un travail fait pour durer et qu'on admire encore aujourd'hui. On a conservé les inscriptions de deux portes qui rappellent la restauration accomplie par ce prince. L'une de ces inscriptions est aujourd'hui encore, — un peu endommagée, — à sa place primitive au-dessus de la porte tiburtine, à l'extérieur; l'autre subsiste près de son ancien emplacanent au-dessus de la porte prénestine. Nous donnons (fig. 14) ' une esquisse de la porte tiburtine comme spécimen des portes historiques de la ville; elle offre cette particularité d'enclaver un arc d'une porte plus ancienne d'Auguste. Les troupes d'Alaric y pouvaient voir les statues en pied d'Honorius et d'Arcadius qui les dominaient de leurs piédestaux. Ils auraient pu lire sur l'inscription, s'ils avaient su lire, que les empereurs avaient récemment fortifié la ville qu'ils qualifiaient d' " éternelle ". L'inscription mentionnait primitivement que cette sécurité avait été donnée à Vuràs aeUrna sur les avis de Stilicon, mais aujourd'hui ce passage n'est plus lisible. Les troupes gothiques pouvaient se réjouir de ce que, malgré toute sa vaillance et ses yîftoires répétées, ce Germain n'avait pu réussir à les empêcher eux, ses frères d'origine, de s'approcher des murailles de Rome 3.

■ /èid. L'auteur parle du profond respe^ ' Les inscriptions sont ainsi conçues : s. p.

dont Alaric était rempli pour Rome et le ç. r. itnpp. Caess. dii. nu. invinissimis prin-

monde romain (p.ijo). cipib. Arcadio tt Honorio viiiorib. ac trium-

' Dessin de la porte en partie restaurée par faiorib. lemfer Au^g. \ ob inilawalos urbi

l'architcfle P. Maaanti. A l'intérieur on aper- aetemae muras portas ac turres egesiis (in-

çoit l'arc d'Auguste, en partie enterré après itunsis) ruderib. (ex suggeslione ■v. c. \ et iit-

rétabllsaement de la porte d'Honorius. Il Ittstris corn, et mag. uiriusq, militiae Siiii-

porte les conduites d'eau qui apparaissent chonis) ad perpetuitaiem noininis eorum si-

sur notre fig. 38. malacra conUUuil \ (curante Fi. Macrobio Hist. de RonK. — 5

66 LIVRE I. CH. IIL HUMILIATION DE ROME ET CHUTE DE L'EMPIRE. [N»' 51. 52,

51. Alaric, ne se promettant rien d'un assaut, recourut de nouveau à l'afFamement de la cité. Avant même que ce moyen eût produit son effet, il atteignit son but par un moyen meilleur encore; il réussit par un soulèvement dans la ville à détacher les Romains de l'empereur. L'ambitieux préfet de la ville Attale aspirait à la couronne impériale et le Sénat entra en pourparlers avec Alaric à ce sujet. La couronne fut donnée au préfet par le Sénat, mais comme un présent d'Alaric.

Après cette déposition d'Honorius le siège fut levé; le roi des Goths, désormais l'heureux défenseur des Romains et le général en chef de son ami Attale, marcha contre les remparts de Ravenne avec sa créature.

Bien que baptisé, Attale avait favorisé l'aristocratie païenne. II se laissa entraîner à évoquer les ombres des dieux et à remplacer le Labarum par l'antique Victoire. Tout cela ne procura nul avantage à ce prince incapable, qui demeura sans considération. Alaric, qui avait renoué ses négociations avec Honorius, jugea bientôt à propos, dans son propre intérêt, de laisser disparaître ce pantin. Mais les tentatives de paix ne réussirent pas mieux qu'auparavant. Honorius s'était renforcé des troupes du Goth Sarus et Alaric, enflammé de colère, reprit pour la troisième fois la route de Rome, bien résolu cette fois à ne pas prendre de repos avant d'être devenu maître de la ville et d'avoir réduit en cendres la capitale du monde. L'empereur finirait bien par reconnaître qu'il était en état de soutenir sérieusement ses prétentions à la possession d'une province.

Rome invaincue depuis Brennus était de nouveau en proie à la terreur d'un blocus par les Barbares. Des troupes de fugitifs abandonnèrent la ville; on cachait en hâte ce qu'on voulait soustraire à la cupidité des Barbares en cas de prise de la cité. La province portait des regards anxieux sur la grande Rome, le centre du monde.

n. — Alaric à Rome. 410.

52. Le roi descendit sur Rome à la tête d'une immense armée de Goths, de Huns, d'Alains et de Scires. Il résolut de porter le principal effort de son attaque sur la partie nord-est des murailles de la ville. II établit son camp à Antemnae, sur la hauteur qui domine le pont salarien de l'Amo. Les tours menaçantes qui avoisinent la porte salarienne (fig. 15)» nous disent encore

Longimano) v. c. praef. urbi d. «. m. q. eorum (Corpus imcripL lat., t. VI, n. ijiS8 et suiv.). Les mots entre parenthèses manquent aujourd'hui, peut-êiie à la suite des restaurations. Les inscriptions ont élé placées sur le côté extérieur de la porte. Les ruines de la parla praeiustina se trouvent aujourd'hui à droite de la place hors de la porta rnaf;giori. L'inscription se trouvait également sur la porta portninùs et peut-ôtre sur Vostiensit. On remarquera que Vinstauratoi du texte se réfère aussi aux portes ; ce ne sont donc pas des construftions entièrement neuves.

Egeitis iniiunsis ruderibus est une hyperbole ordinaire aux inscriptions. Lanciani [loc. Ht., p. m) rapporte cette expression à l'enlèvement de la terre qui couvrait les

murs d'enceinte près du caslrum praetoriuM et de VAqua marcia; au lieu d'exhausser les basses murailles avec de nouveaux maié' riaux, on recourut i^ ce procédé plus simple, qui est encore reconnaissable aujourd'hui.

Longinianus, nommé dans l'inscription, préfet de U ville en 403, est le même qui lit construire un baptistère près de Ste Anaslasie, sur le Palatin. Cf. de Rossi, Imcript. christ, urbis Romae, t, II, part. I, p. 150. Ce que Langen, Gesckichte der romischen Kirche (t. 1, p. 694), dit de Longinianus, est sans fondement.

■ Photographie 670 de Parker. La tour, témoin de l'invasion d'Alaric, est entre les portes Salara et Pinciana. La partie supérieure au dessus des fenêtres est une restau-

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