‹ Historie de Rome et des papes au moyen ageChapitre 23 sur 165 · I. — Prodromes de la première invasion · texte numérisé non relu

I. — Prodromes de la première invasion

47. En 405 le vaillant Stilicon avait défait près de Florence les hordes des Celtes et des Germains conduits par Rhadagaise. La simple approche des Barbares du Nord avait jeté dans Rome l'épouvante et l'effroi; la victoire lui permit de se replonger dans les fêtes.

Elle célébra sa reconnaissance envers Honorius, sans pouvoir obtenir la

' Baunutà, //is/oiri! de S. Anièroùe (y éd., ] l'Église et l'Empire romain au IV' slhle l899),c.VI GratiinellapoUtiquetC Ambroise, 3' partie, I. Il (4° éd., 1883) p. 1-79, ch. 5 : p. 87 et suiv., cf. p. 394,423; A, de Broglie, | La politique de ^. Am6roise.

62 LIVRE I. CH. m. HUMILIATION DE ROME ET CHUTE DE L'EMPIRE. [N» 48.

présence du prince, Honorius préférait exprimer sa joie du salut de l'Italie à l'abri des fossés et des murs de Ravenne. Rome érigea un arc de triomphe en l'honneur de l'inerte souverain et de ses cocésars Arcadius et Théodose. Ce fut le dernier monument de viéloire dont il lui ait été donné de se parer. Dans le style pompeux des inscriptions antiques, les Romains proclamaient les trois empereurs " vainqueurs sur tout le globe terrestre " ; leurs armes avaient glorieusement prouvé que le peuple des Goths était voué à l'anéantissement pour les siècles futurs. L'arc de triomphe, sans doute assez mesquin et proportionné à l'éclat pâlissant de Rome, ne nous a point été conservé '.

On honora aussi d'un monument le grand général Stilicon, qui le méritait bien. On lui dressa une statue de bronze et d'at^ent sur le forum, près ou sur l'emplacement de l'ancienne tribune {in rostris); on n'en a conservé que le socle et l'inscription, dont quelques passages fort expressifs nous font revivre la vie de cette époque. Le Germain que l'on célèbre y apparaît comme le " compagnon de toutes les guerres et de tous les triomphes des empereurs ", comme élevé aux honneurs de l'affinité avec eux; le peuple romain a voulu éterniser sa gloire, dit l'inscription, " à cause de son extraordinaire amour et sollicitude pour Rome "'.

£t ce ne fut pas encore assez d'honneurs; l'armée viflorieuse eut aussi son monument; ce n'est que récemment que nous l'avons appris par la découverte en 1S80 au forum romain d'une base de marbre avec une inscription à " la fidélité et vaillance des soldats de l'immortel prince Honorius qui a mis heureusement fin à la guerre gothique " 3,

La dédicace de ces monuments fournit à la cité avide de jouissance et de distraction l'occasion de se livrer aux fêtes et de rire. Moritur et ridei; ces fêtes bruyantes ne rappellent que trop la parole de Salvien 4.

48. Peu après, en 408, la rupture entre le Sénat romain et Stilicon amena, comme on sait, la chute soudaine du sauveur de la puissance romaine. Cette révolution fut un malheur pour Rome; quand on abattit les statues de Stilicon et qu'on effaça son nom des inscriptions, ce fut la dernière espérance de Rome qui s'éteignit Aujourd'hui encore l'inscription trouvée sur le sol de l'antique Forum et dont il vient d'être question, montre le nom de Stilicon gratté et perpétue ainsi le souvenir malheureux de cette brusque révolution. Privée d'un

' Corpus inscript, lat, 1. VI, n. 1 196 : to/o orbe vilioribiis... quod Getarum nationtm in omtu aevuin dgcuere exlingui, elc. L'inscription ne nous est connue que par le manuscrit d'Einsiedeln; De Kossi, Inscripl. christ., t. II, partie I, p. 20. Cet arc est peut être identique à Varcus pietalis qui faisait vis-à-vis à l'entrée du Panthéon et que mentionnent les Miraèiiia urbis Ronuu du moyen âge. Cf.

Lanciani, Notisie liegli scuiii, 18S1, p. 276, et Rossi, toc. cit.

' Corpus inscript, lat., t. VI, n. 17.1t. Stilicon porte, entre autres titres, ceux de comes doinesti£orum et stabuli saeri... adfinis divi Theodosii Augiisli. Le socle est à la villa Médicis.

"Ballett archeol. corn., 1880, p. 135 : l^ost confeélinn Gotkicum belluin felicitale aelerni

principis domitti notiri Honorii, etc.

^ Les fotiilles de la basilique St-Silvestre au-dessus du cimetière de Ste-Priscille en 1B91 ont mis à jour une table de jeu, qui est un monument carafléristique des dernières victoires de l'empire d'Occident sur les Barbares : elle porte l'inscriptioti : HoST£S vi-

CTOS — ITALIA GAVDET — (ludit) E ROMANI.

Elle semble se rapportera l'invasion de l'Italie en 371. Au 1V= siècle on s'en servit comme de plaque funéraiie pour une chiéiienne nommée Epiktesis. On a trouvé dans le cimetière de saint Eucharius à Trêves une tabula lusoria analogue, avec l'inscription : Virlus iinperi — kostes vinlH — lutUant Romani (D^ Kois\, Bullett. arck.crisl., tlJçi, p. 35 ; Lanciani, liutUtt. arckeol. corn., 1892, p. 87).

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