Aujourd'hui Hesbàn
s'emparèrent de tout le pays de l'Arnon au labok. Hésébon tomba entre leurs mains. Ce fut la première grande victoire remportée au nom de lalivé. Hésébon était une belle acropole au milieu d'un pays fertile et bien arrosé. La conquête de cette place importante donna lieu à un chant dont quelques strophes nous ont été conservées*. Le poète montrait d'abord la puissance de Sihon et racontait la défaite de Moab. Il supposait un appel que le vainqueur aurait adressé aux populations voisines, pour venir rebâtir Hésébon.
« Venez ; on va bâtir Hésébon Et restaurer la ville de Sihon. »
Puis le feu est sorti d'Hésébon, La flamme, de la ville de Sihon ; Elle a dévoré Ar-Moab, Toutes les places fortes de l'Arnon.
Malheur à toi, Moab!
Tu es perdu, peuple de Camos; Ton dieu a mis tes fils en déroute, Et a donné tes filles pour captives Au roi amorrhéen Sihon.
Mais Israël est plus fort que le vainqueur de Moab.
1. Nombres, xxi, 27-30, tiré du livre des Guerres de lahvé. Il est plus que probable que les vers cités xxi, 14-15, appartiennent au même poème.
Tout a péri d'Hésébon à Daibon, l.e ravage s'est étendu jusqu'à Nofah, Le feu a gagné jusqu'à Médeba.
La ville de Jaézer, qui faisait partie du royaume de Sihon, tomba après Hésébon, et dès lors Israël fut maître du pays depuis le labbok jusqu'à l'Arnon. C'était ce qu'on appelait d'un nom générique le pays de Galaad. Cette conquête rapidement exécutée suppose chez les chefs qui la conduisaient une vraie valeur d'hommes de guerre. Dans le système des rédacteurs de la Thora, Moïse vivait encore à cette époque, ayant à côté de lui son lieutenant Josué. Dans le livre des Guerres de lahvc, Moïse avait disparu avant les approches du pays de Moab. Le chant de Beër, tout l'épisode de Balaam supposent son absence, et certainement, si le vieux texte avait admis que Moïse existait à l'époque des guerres contre Sihon et Og, on lui eût attribué quelque intervention miraculeuse dans les batailles, comme à Raphidim.
La destruction du royaume amorrhéen de Basan suivit de près la destruction du royaume amorrhéen d'Hésébon et de Jaézer. Og, roi de Basan*,
1. Og fut entouré de légendes (Deut., m, 11); il est possible qu'à l'époque de la rédaction du livre des Guerres de lahvé.
fut battu à Edreï. Le riche pays qui s'étend des montagnes du Hauran au lac de Tibériade et au Jourdain devint la possession des fils d'Israël. Une puissante famille animée de goûts militaires, celle des Makirites, contribua éminemment à cette conquête et dès lors s'établit dans les plaines du Hauran ^ Les Makirites faisaient partie de la branche manasséite du groupe joséphite, qui conservait plus que jamais son ascendant sur le reste d'Israël.
Ces deux grandes. guerres avaient donné aux Beni-ïsraël une situation fort avantageuse. Les deux royaumes de Sihon et d'Og, devenus leur domaine, leur livraient une étendue de terre de plus de trente-cinq lieues de long, qui devait amplement suffire à leur nombre. Il est probable, en effet, qu'après la conquête du royaume de Basan, il y eut un temps d'arrêt; les tribus attendirent sans doute, pour passer le Jourdain, que le beau pays qu'ils occupaient leur fût devenu trop étroit. Ce furent là des années de jeunesse et de vigueur extrêmes. Le centre d'Israël, à celte époque, était ce qu'on appelait les Arhoth Moab, « les plaines de
on ignorât le nom du dernier roi de Rasan, et qu'on ait mis à sa place le nom d'un ancien roi mythique. i. Nombres, xxxii, 39 et suiv. ; Josué, xvii, 1.
Moab ». C'était la plaine située sur le bord du Jourdain, en face de Jéricho, au pied du mont Nebo, et en particulier Tendroit appelé SitHm, « les acacias », ou Abel kas-Sittim^ « la prairie des acacias ». L'arche résidait en cet endroit sous une tente, et constituait, en quelque sorte, le nœud vital de la nation.
Cette apparition d'une force nouvelle dans le petit monde, déjà très pressé, de la région palestinienne excita naturellement de vives appréhensions chez les peuples antérieurement fixés. Ammon ne semble pas avoir été très ému ; Moab, déjà si affaibli par les Amorrhéens, dut se borner à des intrigues^ Dans les plus vieux livres historiques, on trouvait à ce propos un étrange récit, qu'on mettait sur le compte de Balac, fils de Sippor, supposé roi de Moab. Le nabi existait, dès cette époque, chez les peuplades sémitiques, mais avec une physionomie bien différente de celle qu'il eut plus tard. C'était encore le sorcier, l'homme ayant des secrets mystérieux, qui le mettaient en rapports journaliers avec les éloJiim. Ces nabis étaient une puissance redoutée.. On leur attribuait des pouvoirs surnaturels et une science profonde dans l'art de jeter les sorts.
\. Juges, ch. XI.
Leur malédiction passait pour opérer infailliblement et par sa force propre. Tantôt on les faisait venir pour rendre néfastes les jours auxquels on en voulait*. D'autres fois, on les payait chèrement pour maudire ceux qu'on voulait perdre ^ On croyait que leurs injures portaient coup, et l'on avait avec soi de ces aboyeurs pour vomir contre l'ennemi des torrents d'injures, censées efficaces ^ C'était presque toujours par de puissants parallélismes, par des carmina en style parabolique, que s'exprimaient ces sorts magiques, dont l'effet était considéré comme infaillible*.
Le plus célèbre de ces sorciers, au temps dont il s'agit, était, selon la légende, un certain Balaam, fils de Beor, qui aurait été un Nahoride des bords de l'Euphrate, originaire d'une ville nommée Petor^ Balac le fit venir, en lui donnant de grandes sommes d'argent et lui faisant de superbes promesses. On le mena sur une hauteur appelée Bamoth-Baal, près d'Ataroth, dans la partie de
2. Nombres, xxii, 7, 17. Cf. I Sam., ix, 7 ; I Rois, xiir, 7; XIV, 3, etc.
3. On possède, dans le livre à'Isaïe (ch. xv et xvi) un aboiement de ce genre contre Moab, du temps de Jéroboam H.
A. Nombres, xxii, 6.