‹ Historie du peuple d'Israël (volume 2)Chapitre 192 sur 303 · Schrader, Die Keilinschr. iind das A. T., p · texte numérisé non relu

Schrader, Die Keilinschr. iind das A. T., p

m HISTOIRE DU PEUPLE D'ISRAËL.

quand elle est devenue une nation, elle a été amenée, selon la voie de toute chair, à particulariser Dieu. L'empereur Guillaume I", à diverses reprises, a parlé de unser Gott, et de sa confiance en ce dieu des Allemands. C'est que nation et philosophie ont peu de chose à faire ensemble. L'esprit national, entre autres petitesses, a la prétention d'avoir un dieu qui lui appartienne. lahveh élokénou, « lahvé notre dieu », dit l'Israélite. Unser Gotl, dit l'Allemand. Une nation est toujours égoïste. Elle veut que le Dieu du ciel et de la terre n'ait d'autre pensée que de servir ses intérêts. Sous un nom ou sous un autre, elle se crée des dieux protecteurs. Le christianisme trouva à cet égard des difficultés dans la raideur de son dogme ; mais les instincts du peuple l'emportent toujours. Le catholicisme a échappé aux chaînes orthodoxes par les saints : saint Georges, saint Denys, saint Jacques de Compostelle sont bien parallèles à Gamos et à lahvé; de nos jours, on a vu le Sacré-Cœur employé d'une façon analogue. Le protestantisme, comme le judaïsme, n'a d'autre ressource, en pareil cas, que le pronom possessif, «^/z5^rGo^^. Étrange contradiction, affreux blasphème ! Dieu n'est possédé en propre par aucun peuple, ni aucun individu. Autant vaudraitdire : Mon absolu, monin fini, mon Être suprême.

lahvé n'est ainsi que la confiscation, sacrilège assurément, mais logique en un sens, de la puissance d'Élohim, au profit d'Israël. Le grand démiurge n'a plus qu'un souci, c'est de faire triompher Israël de ses ennemis. Dieu a désormais un nom propre en Israël, comme il a un nom propre en Moab. Grande décadence au point de vue religieux! Un nom propre est la négation même de l'essence divine. Mais grand progrès au point de vue national !

Si la destinée d'Israël avait été de fonder une nation, il faudrait applaudir sans réserve à cet acte de naïf égoïsme, que toutes les nations ont commis à leur origine. Mais l'esprit national, avec son dieu particulier, ne fut en réalité qu'une erreur passagère d'Israël. De terribles démolisseurs, les prophètes, dépositaires du véritable esprit de la race, détruiront en détail ce lahvé cruel, partial, rancunier, et reviendront, par une série de poussées constantes et de plus en plus vigoureuses, à Télohisme primitif, au dieu patriarcal, à l'El de la grande tente, au vrai dieu. L'histoire d'Israël se résumera en un mot : effort séculaire pour renoncer au faux dieu lahvé et revenir au primitif Élohim.

La révolution opérée par les prophètes n'alla pas

jusqu'à changer les mots. Le mot de lahvé était trop enraciné dans la nation pour être déplanté. On le conserva. L'idée, universellement acceptée, que lahvé était le plus puissant des dieux, amena tout naturellement à dire de lahvé ce qu'auparavant on disait d'El ou d'Élohim. lahvé devint ainsi l'être suprême qui a fait et qui gouverne le monde. Il y eut ce que les théologiens appellent communicatio idiomatum. Les mots glissèrent d'un côté à l'autre. Le mot même de lahvé fut avec le temps presque supprimé. On interdit de le prononcer, et on le remplaça par un mot purement déiste, o le Seigneur ». La grande propagande chrétienne, comme nous l'avons dit \ ne connut que ce mot. Le nom propre ne commença à rentrer dans l'usage qu'au XYir siècle, et encore cet usage resta-t-il une prétention érudite, qui ne pénétra pas sérieusement la conscience religieuse des peuples chrétiens.

Les dieux se transforment, mais gardent toujours leur marque de naissance. lahvé, à travers toutes ses métamorphoses, resta essentiellement un Jova flammeus^. Le tonnerre est sa voix^ Il

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