‹ Historie du peuple d'Israël (volume 2)Chapitre 238 sur 303 · Juges, VIII · texte numérisé non relu

Juges, VIII

croissants pour le cou des chameaux, des boucles d'oreille formées d'une seule perle, de riches vêtements de pourpre pour les rois. Gédéon s'adjugea une forte partie du butin. Les Abiezrites eurent le reste. LesÉphraïmites, au contraire, témoignèrent de la jalousie; Gédéon ne les avait appelés que tard. Ils furent chargés de la partie la moins avantageuse delà campagne, de celle qui consista à poursuivre dans le Ghôr les traînards madianites qui n'avaient pu repasser le Jourdain. Ils ne participèrent pas au pillage des grands campements de l'Est. Gédéon les adoucit par de bonnes paroles et en flattant leur amour-propre : « Le grapillage d'Éphraim, leur dit-il, vaut mieux que la vendange d'Abiézer. y>

Cette campagne de Gédéon eut, en tout cas, une importance extrême. Les cantiques que l'on fit il ce sujet ne nous ont pas été conservés. Mais il se forma une légende qui nous est parvenue dans une rédaction qu'on peut comparer aux plus beaux épisodes de Vépos grec*. On se raconta un songe qui fut tenu pour symbolique : une miche ronde de pain d'orge venait en roulant, comme une roue de char, frapper le camp madianite, jetant parterre les tentes, démolissant tout sur son passage. La

1. Les chapitres vi, vu, viii du livre des Juges ont un caractèreépique tout à fait à part.

miche de pain d'orge, c'était l'agriculteur israélite, déjà fixé au sol, parvenant à détruire, malgré sa pauvreté, le nomade qui vient camper chez lui. La victoire de Gédéon fut, en effet, un événement capital dans l'histoire du sémitisme syrien. L'Hébreu établi a fini par mettre à la raison ceux de ses congénères qui continuent encore la vie qu'il a lui-même longtemps menée. Madianites, Amalécites, Ismaélites, Beni-Qédem sont confinés dans leurs déserts à l'est et au sud de la Palestine, tes sédentaires parviennent à se défendre chez eux, même quand ils n'ont, comme les Israélites, aucun pouvoir central permanent.

Gédéon paraissait tout à fait désigné pour donner à Israël ce qui lui manquait à cet égard. Il était grand, robuste, courageux. La campagne chez les Madianiles du désert oriental l'avait rendu riche, et lui avait procuré des habits royaux. Il possédait un sérail nombreux, à Ophra, et des concubines chananéennes dans plusieurs endroits, notamment à Sichem*. On lui compta jusqu'à soixante-dix fils.

Gédéon semblait donc appelé, à réaliser ce que David fit plus tard : d'une part, l'unité monarchique

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