‹ Historie du peuple d'Israël (volume 2)Chapitre 240 sur 303 · I Sam., VIII · texte numérisé non relu

I Sam., VIII

idées religieuses de son temps, et plusieurs de ses actes qui parurent scandaleux plus tard, furent à son époque trouvés naturels. Il voulut employer à une œuvre pieuse une partie de l'or qu'il avait gagné dans son expédition, et il fit fondre avec cet or un épliod, c'est-à-dire une image de lahvé, pouvant servir à rendre des oracles. Cet éphod, exposé à Ophra, eut beaucoup de vogue; tout Israël y vint en pèlerinage et en consultation.

Ce fut là un crime aux yeux des iahvéistes plus récents, qui prétendaient que lahvé ne pouvait être honoré qu'en un seul lieu, et qu'on ne devait pas faire d'image matérielle pour le représenter. Mais Gédéon ne crut certainement pas offenser lahvé en faisant fondre en son honneur un symbole d'or comme celui que contenait l'arche. Il y avait beaucoup d'autres éphods de ce genre, appartenant à des particuliers *. L'idée de l'unité de culte n'existait pas à cette époque. L'arche était à Béthel ou à Silo, c'est-à-dire assez loin d'Ophra, et chez des populations rivales. Gédéon ne fut peut-être pas aussi exempt d'ambition dynastique que le veut l'historien plus moderne; il put songer à créer auprès de lui un centre religieux, qui eût été tout à fait dans

1 . Exemple de Mikah (ci-après, p. 350 et suiv.). Le fait de Gédéon «'est nullement raconté comme un crime isolé.

sa main. Nous verrons Jéroboam faire la même chose, en un siècle où les idées de centralisation étaient plus avancées ? La sévérité de Thistorien sacré vient donc de ce qu'il a jugé Gédéon d'après les règles d'un autre âge. Ce qui est vrai, c'est que le lahvé de Gédéon ne fut en rien celui dont le culte prévalut plus tard. C'était un sacrement d'or, qu'on faisait marcher avec un tourniquet ; c'était surtout une machine avec laquelle on gagnait beaucoup d'argent. Les pèlerins payaient, en effet, pour avoir une réponse. L'opulence de Gédéon s'en trouva fort agrandie.

Son temps ne blâma en aucune sorte le héros pour la construction de son éphod. Il vécut heureux, mourut très âgé et fut enterré dans le tombeau de son père Joas, à Ophra des Abiezrites.

Gédéon avait si bien exercé, dans le monde joséphite deManassé et d'Éphraïm, un pouvoir presque royal, que sa succession fut disputée, après sa mort, comme celle d'un roi. Sa nombreuse famille prétendit exercer, d'Ophra, l'hégémonie que le sofet manasséite avait conquise. Mais l'opposition se produisit bientôt. Un bâtard nommé Àbimélek, que Gédéon avait eu d'une fille chananéenne qu'il entretenait à Sichem, prit contre ses frères d'Ophra une attitude hostile. Chananéen etSichémiteparsa

mère, il se fit le champion des prétentions de Sichem et de la tribu d'Épliraïm contre les Abiezrites d'Ophra. Il réussit. Les Sichémites lui donnèrent de l'argent du temple de Baal-Berith, dont il pratiquait probablement le culte. Avec cet argent, Abimélek se fit une bande de gens sans aveu, inconsidérés, prêts à tout, qui s'attachèrent à lui pour la vie et pour la mort. Le premier crime qu'il leur fit commettre fut contre ses demi-frères d'Ophra. Tous, dit-on, furent tués, sauf un seul, Jotam, qui réussit à se cacher.

Sichem était une ville mixte, israélite et chananéenne à la fois. Abimélek était, en quelque sorte, désigné pour lui plaire. Son nom indique qu'il était religieusement voué à Milik ou Moloch, ce qui témoigne au moins d'un grand éclectisme. Les deux populations tombèrent d'accord pour le proclamer roi. Cette royauté qui dura trois ans resta presque exclusivement éphraïmite, et toujours elle fut combattue à Sichem même. Les survivants de la famille de Gédéon ne cessèrent de montrer l'indignité d' Abimélek et de soulever l'opinion contre cette royauté d'aventure. Voici le discours que le vieil historien met dans la bouche de Jotam :

« Écoutez-moi, gens de Sichem, et que Dieu vous écoute de même. Les arbres, un jour, se mirent dans

ridée de se sacrer un roi, et ils dirent à l'olivier : <( Règne sur nous ! » Et l'olivier leur dit : « Quoi ! je 5) renoncerais à mes fruits onctueux, qui me valent y> l'estime des dieux et des hommes, pour Tavany> tage de me prélasser sur vous !» — Et les arbres dirent au figuier: « Viens, toi, règne sur nous. y> Et le figuier leur dit : « Quoi ! je renoncerais à ma » douce fécondité pour aller me balancer sur » vous !» — Et les arbres dirent à la vigne : (( Viens, toi, règne sur nous. » Et la vigne leur dit : « Quoi ! je renoncerais à mon vin, qui réjouit les » dieux et les hommes, pour aller m'agiter sur » vous !» — Et alors tous les arbres dirent au nerprun : « Viens, toi, règne sur nous. » Et le nerprun dit aux arbres : a: Si vraiment vous me sacrez roi » sur vous, venez en confiance vous reposer à mon » ombre*. Sinon, le feu sortira du nerprun et dévo- » rera les cèdres du Liban. »

C'était dire, en termes assez clairs, que les gens vraiment utiles évitent la tâche de gouverner les hommes, que ceux-là seuls n'hésitent pas à se charger d'un tel fardeau qui n'ont rien en eux et croient se tirer de toutes les difficultés par de vaines fanfaronades. L'allusion contre Abi-

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