Ibid.f verset
5. Amos, VI, 5. Le lasar comprenait des poèmes qui lui étaient attribués (II Sam., i, 17, et suiv., m, 33 et suiv.). Le rôle qu'on lui fait jouer comme harpiste auprès de Saûl est légendaire; son rôle de psalmiste. l'est plus encore; tout cela s'appuyait sur le caractère poétique qui lui était prêté par le lasar.
Il semblait avoir été créé pour réussir. C'était le premier homme de Juda qui fût arrivé à la notoriété. Il bénéficiait en quelque sorte des efïorts anonymes qui l'avaient précédé. Une circonstance qui fait bien de l'honneur à Jonathas, c'est la vive amitié qu'il conçut pour ce jeune homme, jusque-là inconnu, aussi brave et plus intelHgent que lui, qui devait un jour être si funeste à sa famille. Il le vêtit, l'arma, et les deux jeunes gens firent une alliance à la vie et à la mort.
David fut bientôt chargé de razzia, où il réussit admirablement. On l'aimait beaucoup dans tout Benjamin. Au retour d'une expédition où il s'était trouvé avec Saûl, les femmes des villages qu'on traversait sortaient au-devant des vainqueurs, en dansant, agitant leurs sistres et chantant des chœurs. Or le refrain de ce jour-là fui :
Saûl en a lue mille, Et David dix raille.
Le tempérament de Saûl le disposait à la jalousie. On eût été, d'ailleurs, il faut le dire, jaloux à moins. Il y a des hommes que la popularité devance, presque sans qu'ils l'aient cherchée, que l'opinion prend par la main, pour ainsi dire, auxquels elle commande des crimes en vue d'un
programme qu'elle leur impose. Tel fut Bonaparte; tel fut David. Le criminel, en pareil cas, c'est surtout la foule, vraie lady Macbeth, qui, dès qu'elle a choisi son favori, l'enivre de ce mot magique : « Tu seras roi. » Jonathas lui-même, avec une modestie exquise, s'inchnait devant David. Celui-ci ne faisait pas des actes directs de prétendant ; mais il s'envisageait comme une sorte d'héritier désigné, pour le cas où le roi viendrait à mourir. La situation devenait chaque jour plus fausse entre David et Saûl.
Selon une version contenue dans les parties de la biographie de David qui n'ont qu'une médiocre autorité^, Saùl aurait essayé une ou deux fois de le percer de sa lance. Ce qu'il y a de sûr, c'est que le malheureux roi se rongeait intérieurement. Il chercha autant que possible à éloigner David. On lui prêta l'idée de lui confier des missions périlleuses pour le perdre : « Qu'il meure, se serait-il dit, de la main des Philistins ! » Miiis toutes ces petites expéditions, dont on racontait des merveilles, ne faisaient que rendre David de plus en plus cher au peuple. On raffolait de lui, et le pauvre Saiil put en effet prononcer dans son