Exagération évidenle
Quéila. La réponse fut favorable. David marcha^ malgré l'avis de ses compagnons, et réussit complètement. Il commit seulement une imprudence en entrant, avec une poignée d'hommes, dans une ville fermée. C'est une faute que les brigands bédouins évitent de faire, sachant qu'ils perdent tous leurs avantages dans les villes. Saûl vit la maladresse et résolut, par un coup de main rapide, d'enlever David. La question pour celui-ci était de savoir si les gens de Quéila le livreraient à Saûl. L'oracle ne lui laissa aucune illusion à cet égard. Il se hâta donc de quitter Quéila avec ses six cents hommes ; puis il gagna le pic de Ilakila et la partie boisée du désert de Ziph, district montagneux du côté d'Hébron, où il vécut d'aventures, se cachant dans les cavernes et les lieux forts \
Hébron est à peu près sur le sommet de la chaîne des montagnes de Juda, qui se prolonge de quelques lieues vers le Sud. Sur cette continuation de la ligne de séparation des eaux entre la Méditerranée et la mer Morte, se trouvaient oU plutôt se trouvent les villes ou villages de Ziph, Carmel etMaon \ A l'ouest de ces villes, le pays est
i. \oïr Scenery of David' s outlaw life, dans Survey of western Palestine, spécial papers, p. 208 et suiv. 2. Les noms de ces localilés existent encore.
riche et fertile. Mais à l'Est, du côté de la mer Morte, s'ouvre l'affreux désert de Juda. C'est là que David fixa le quartier général de sa bande : Saûl n'y pouvait rien contre lui. Les Hébronites paraissent lui avoir été favorables. Au Sud étaient les Jérahmélites et les Kénites, peuplades toujours amies d'Israël.
Ziph et Maon furent les vrais centres déformation du royaume de David. La séparation entre lui et Saùl devenait chaque jour plus violente. Le pouvoir de Saiil ne tenait plus guère qu'en Benjamin. Juda, en réalité, était pour David. Les Ziphites, cependant, trahirent leur hôte. Ils allèrent à Gibéa le dénoncer à Saiil, et celui-ci vint en force pour le saisir. David était en ce moment dans le désert, sur un rocher qu'on appelait le rocher des Glissades, près de Maon; Saûl le serrait de près, quand on vint lui apprendre une attaque des Philistins, qui l'obligea de lâcher prise. On crut plus tard que le nom du rocher vint de cet événement, parce que David y avait glissé comme une anguille entre les mains de son ennemi.
David, craignant que Saiil, après avoir battu les Philistins, ne fit contre lui un retour offensif, quitta la région de Ziph et de Maon, descendit vers la mer Morte, et s'établit dans les retraites encore plus inabordables que fournissent les acropoles de ro-
chers au-dessus d'Engaddi . Ces montagnes, en apparence, ne sont accessibles qu'aux chamois. Saûl y apparut néanmoins, avec trois mille hommes d'élite, commandés par Abner. Selon un joli récit, bien inventé s'il n'est vrai, David, caché dans une caverne, aurait eu un moment son ennemi à sa disposition, et se serait borné à la malice inoffensive de lui découper un coin de son vêtement. D'après une autre anecdote, plus artistement combinée encore et digne du roman d'Antar^ David trouva moyen de voler à Saùl sa lance et sa cruche d'eau; ce qui lui fournit une bonne occasion de railler Abner. David, à part les conséquences qu'entraîne le brigandage, se comportait avec une modération relative. On raconta comme un prodige de sagesse sa conduite envers un Maonite nommé Nabal, homme riche, qui avait aux environs beaucoup de troupeaux. Avec le sentiment ordinaire au bédouin, qui croit avoir le droit d'être payé pour ce qu'il ne vole pas et se regarde comme le protecteur des gens qu'il ne pille pas, les gens de David firent un jour remarquer à Nabal que jamais une pièce de son troupeau n'avait manqué; ce qui, de la part de voisins affamés, n'était pas un mince mérite. Nabal fut impertinent; Abigaïl, sa femme, arrangea tout par sa politesse.
Nabal mourut à propos, quelques jours après, et David épousa Abigaïl. Il épousa encore une autre femme de ces parages nommée Ahinoam. Mikal n'avait pas suivi David dans son exil. Une femme, d'après les idées du temps, ne devant jamais être sans mari, son père l'avait donnée à un de ses officiers, de la tribu de Benjamin.
Un fait de la vie errante de David, beaucoup plus difficile à justifier, est son séjour chez les ennemis les plus acharnés de sa patrie, chez les Philistins. Rien n'est pourtant plus certain : David passa seize mois, avec ses six cents hommes et ses deux femmes, chez Akis, fils de Maok, roi de Gath. On assigna pour résidence aux Judaïtes fugitifs le bourg de Siklag, qui, à partir de ce moment, devint une sorte d'enclave dans le pays des Philistins, et appartint aux rois de Juda, comme une concession à perpétuité. Cela faisait une petite colonie Israélite complète. Abiatar, avec son éphod, y représentait le culte de lahvé, dans la principale de ses applications, qui était de conseiller en vue de l'avenir.
De Siklag, David dirigea des expéditions de pillage et de massacre contre les peuplades nomades du désert de Pharan, surtout contre les Amalécites. Ces populations étaient amies des PhiHstins et
ennemies d'Israël. David ne croyait donc pas manquer au patriotisme en leur faisant tout le mal possible. Craignant, d'un autre côté, que ces massacres de tribus amies ne déplussent aux Philistins, il prenait la précaution de tuer tout, hommes, femmes et enfants. Il n'amenait à Gath comme butin que des troupeaux et des objets volés. Puis, quand Âkis lui demandait contre qui il avait dirigé sa dernière razzia, il répondait : « Du côté du Négeb* de Juda, » ou « des Jérahmélites, » ou « des Kénites, » populations amies d'Israël. Akis était fort content; car il profilait du butin et se disait que, par de tels exploits, David se rendait odieux à ses compatriotes; ce qui le forcerait de rester éternellement à son service.
La situation devint plus embarrassante encore,, quand Akis fit part à David de l'intention qu'il avait de faire une expédition contre les Israélites^ et le nomma garde de sa propre personne. David! répondit d'une manière évasive. Il s'agissait d'une vraie guerre, bien différente des coups de main qui avaient précédé. Ceux-ci n'avaient porté que sur les localités proches des villes philistines; cette fois, au contraire, l'armée des Philistins se dirigea vers la
1. Negeb veut dire le Sud. On employait particulièrement ce mot pour désigner la partie méridionale et chaude de Juda.
LES BENI-ISllAËL A L'ÉTAT DE TRIBUS FIXÉES. 427
plaine de Jezraël, avec l'intention de s'y établir d'une manière durable, ainsi qu'à Beth-Séan, et dans la vallée du Jourdain \ David et ses gens marchaient à l'arrière-garde avec Akis. La fortune, qui si souvent déjà Pavait servi et que, du reste, il secondait par une rouerie à toute épreuve, le sauva de cette rencontre, la plus dangereuse de toutes. Les chefs philistins, très sensément, il faut le dire, remontrèrent à Akis combien il était à craindre que David ne fit volte-face dans la bataille et n'opérât sa réconciliation avec son ancien maître, aux dépens de ses nouveaux alliés. David fut congédié et revint à Siklag en trois jours.
Une terrible surprise attendait ici David et ses gens. Profitant de leur absence, les Amalécites avaient fait une invasion dans le Négeb, pillant également les Judaïtes, les Galébites, les Philistins. Ils s'étaient emparés de Siklag et l'avaient brûlée. Les femmes et tout ce qui s'y trouvait tombèrent entre leurs mains; puis ils repartirent pour le désert. La désolation fut extrême. Les deux femmes de David, Ahinoam et Abigaïl, étaient captives. Les compagnons de David avaient perdu leurs fils et leurs filles. L'indiscipline se mit dans la troupe ; on ne parlait