Comp. [Zeùç] ^sî
3. Ceci est très fréquent dans le livre de Job, où sans cesse Dieu devient sujet du discours sans que rien en avertisse. Voir, par exemple, ch. xii, 13 et suiv. ; xxui, 3, et surtout le dernier discours de Bildad (xxv, 2 et suiv.).
vinrent par apocope Abd ou Obed, David, Hanan, ele^
L'homme, aussi bien que la nature, est sous la dépendance immédiate d'Élohim ou des élohim. Tout ce qui lui arrive d'heureux ou de malheureux, les catastrophes imprévues, les morts subites, sont des coups d'en haut. Le ciel tue directement le méchant, il est le mainteneur général de l'ordre dans l'univers. Certes, cet Élohim d'identité douteuse est loin encore d'être le Dieu juste et moral des prophètes; mais on sent qu'il y arrivera, tandis que Varouna, Zeus, Diespiter ne réussiront jamais à être d'honnêtes gens et finiront par être abandonnés.
Ce serait tomber dans une grande exagération que d'attribuer à une haute antiquité les croyances épurées, claires, du spiritualisme philosophique. L'unité des causes n'était pour ces consciences troubles que l'indivision des causes. En débrouillant autant qu'il est possible la confusion des idées qui se croisaient dans la psychologie primitive, nous arrivons à voir que la prière de l'homme effrayé ou consterné se faisait alors selon deux théologies assez
1. Voy. Mém. sur les noms théophores apocopes, dans la Revue des éludes juives, oct.-déc. 1882.
diverses. L'Aryen en péril s'adresse à l'élément qui le menace, ou au dieu spécial qui régit cet élément. Sur mer, il invoque Posidon ou Neptune. Malade, il fait des vœux à Asclepios. Pour les moissons, il prie Déméter ou Gérés. Chez les Gaulois, il y eut presque autant de petits dieux qu'il y a de spécialités médicales ou vétérinaires. Le nombre des dieux devint ainsi énorme; chacun de ces dieux eut un nom comme une personne déterminée. Le Sémite, au contraire, invoque dans tous les cas un seul être ; qu'il soit en mer, ou à la guerre, ou menacé par un orage, ou en proie à la maladie, sa prière monte vers le môme dieu. Un seul souverain s'occupe de tout. Ce souverain porte des noms divers selon les tribus. Ici, il s'appelle El^ ou Alon, ou Eloah; là, Elion, Sadddi, Baal, Adomi, Ram, Milik ou Moloch^; mais ces noms signifient tous au fond la même chose; ce sont presque des synonymes; ils signifient tous « le Seigneur >>, ou a le Très-Haut )), ou ce le Tout- Puissant»; ilsmarquent une excellenceparticulière. Ils n'impliquent pas plus des individualités distinctes que les noms divers de la Vierge, Notre Dame
1. Voir mon mémoire sur le monothéisme primitif des peuples sémitiques, dans le Journal asiatique, févr.-mars et avril-mai 1859.
du Carmel^ Notre Dame de Bon-Secours , Notre Dame du Pilier^ dans les pays catholiques. Ce sont des vocables différents, non des dieux différents ^ Partout c'est le maître suprême du monde qui est adoré sous ces noms en apparence divers.
Certes, une pareille notion d'un dieu suprême était très vague et n'avait rien qui ressemblât aux symboles arrêtés du juif et du musulman. Les habitudes de théologie scolastique qui nous sont inculquées par le catéchisme n'existaient pas pour des cerveaux incapables de tout ce qui peut s'appeler dogme. Les élohim, d'ordinaire soudés ensemble, agissaient quelquefois isolément. Jamais on ne les voit ennemis entre eux ; mais, comme les anges d'une mythologie bien plus moderne, ils ont souvent des fonctions diverses. Chaque tribu, par exemple, avait un dieu protecteur, chargé de la garder, de la diriger, de la faire réussir envers et contre tous. Nous verrons les Beni-Israël s'attacher, comme toutes les tribus antiques,, à cette idée étroite, et leur dieu devenir, pour protéger sa tribu de choix, le plus injuste, le plus jaloux des dieux. Le dieu de la tribu suivait même l'individu hors de sa tribu
1. Comparer les vocables des temples à Sidon, à Malte, à Carthage, Corpus inscr. semit., f' partie, u"^ 3, 132,247, 248, 249, 250, 255.
et continuait d'être son dieu sur le territoire de dieux étrangers* . C'était quelque chose d'analogue à la Fortune personnifiée des familles romaines % et en effet on appelait souvent ces dieux protecteurs du nom de Gad (Fortune) ^ Le dieu s'identifiait ainsi avec la tribu. Les victoires et les défaites de la tribu étaient sespropres défaites et victoires. Vaincu, il subissait les outrages du vainqueur. Entre son nom et celui de la tribu, on ne distinguait pas*. Le dieu de tribu entraînait le dieu local, présidant à une province, ayant son domaine déterminé, et souvent son sanctuaire (cippe, autel, haut lieu) à un endroit donné ^, très puissant dans sa circonscription, si bien qu'en passant sur ses terres, on se croyait obligé de lui rendre hommage, ne fût-ce que par crainte qu'il ne vous jouât de mauvais tours ^ Une expression très commune parmi les nomades,
1. lascriptioii de Teïma, au Louvre, NœlJeke, Altaram. Inschriften, Berlin, 18Si. Revue d'arch. orientale, 1885, p. 41 et suiv.
2. Orelli-Henzen, n" 1769. Cf. n° 5787 et Corpus inscr. gr., n° 2693 b.
3. Ainsi la Fortune des Taym, à Palmyre. Comptes rendus de VAcad. des Inscript, et Belles-lettres,^ avril 1869.
4. Inscription de Mésa, lignes 12, 13, 18; le titre de livre nin^ monte; le chant d'Hésébon, Nombres, xxi, 29.