Isaïe, ;. c
4. Notices et Extraits, t. XVIII, 1"^^ partie ; Revue d'archéoL
remontent à la plus haute antiquité, on est tenté de supposer que les Abrahamides parlèrent d'abord le dialecte même que nous trouvons sur ces stèles antiques, laissées par des nomades qui paraissent leur avoir singulièrement ressemblée — Quelque .séduisant que soit un pareil système, il ne faut pas s'y arrêter. Le changement de langue, en efïet, qu'on prêterait aux Beni-Israël, il faudrait aussi le prêter, et pour la même cause, aux Moabites, aux Édomites. Les Moabites parlaient indubitablement la même langue que les Israélites ^ Il faudrait ainsi supposer que Moab et Israël' se fussent donné le mot pour changer leur langue en même temps. S'il est admisssible que les Beni-Israêl, dans leurs contacts intimes avec les Chananéens, aient adopté la langue de ces derniers,cela n'a pu arriver pour Moab, pour Édom, pour Ammon, qui ne paraissent pas s'être établis sur des populations
orientale, j l""^ année, p. 41 et suiv. Rapprocher l'ensemble épigraphique du Sinaï, du Safa, des Nabatéens, de Palmyre, qui trouvera sa place dans la seconde partie du Corpus inscr. semit.
1. Notez l'expression si frappante "IDX '»D"1N (Deut., xxvi, 5.) « Araméen errant », appliquée aux ancêtres du peuple hébreu. Salm sézab de l'inscription de Teïma est bien un Arammi obed, un nomade patriarcal, parlant araméen.
2. Inscription de Mésa, sans parler de bien d'autres preuves bibliques.
chananéennes antérieures. Moab, Édom, Aminon, Israël, Ghanaan parlaient donc la même langue par suite d'une communauté d'origine, constituant une parenté, assez rapprochée, et non par suite de changements, résultat d'émigrations ou de conquêtes. Quant aux populations parlant araméen, si Ton s'en tenait à la seule grammaire, on les jugerait séparées des Hébreux par une scission profonde, remontant à des milliers d'années. Mais la sympathie des races doit aussi être écoutée. Laban, le père des pasteurs parlant araméen, est dans les relations les plus intimes de parenté avec les Isaakites et les Israélites. Les mariages entre les deux bandes sont continuels. Tout ce monde habite la même zone de pacage, de i'Euphrate à la mer, la côte toujours exceptée; ils se jouent d'assez mauvais tours, qui n'amènent jamais une absolue rupture. Quand la séparation est plus avancée, le Galaad est la limite de l'araméen et de l'hébreu K Un gai ou men-hir -indique la ligne de démarcation ; il s'appelle Gcileëd pour les populations, parlant hébreu, du Sud et de l'Ouest; il s'appelle legar sahadouta pour les Araméens de Damas. Laban et Jacob jurent selon le même rite, en éri-
1. Gen., XXXI, 43 et suiv., beau mythe ethnographique, écrit Avec la conscience claire du double sens.
géant un tumulus et en mangeant dessus. Le « monceau du témoignage » doit rappeler aux Hébreux et aux Araméens qu'ils ont échangé leurs filles en mariage, qu'ils ont les mêmes ancêtres et le même Dieu; et ce Dieu, c'est le Dieu d'Abraham, a: la crainte d'Isaac y>.
La différence entre les Hébreux et les Kenaanis était donc bien plus tranchée qu'entre les diverses familles nomades comparées les unes aux autres. Cependant, parmi ces populations vaguement confondues sous la rubrique de Chanaan, plusieurs avaient avec les Hébreux et spécialement avec les Israélites, beaucoup d'analogie. Ainsi les Giblites (habitants de Byblos et Beryte), qui forment en Phénicie comme un îlot à part*, adoraient £'/ et avaient, pour la religion, la plus grande analogie avec les Israélites. Leur dialecte ressemblait encore plus à l'hébreu que celui des Chananéens proprement dits. La stèle de lehaumélek, roi de Byblos^ pourrait être, sauf les noms divins, la stèle d'un roi de Jérusalem.
1 . Voir la démonstration, systématique et exagérée, vraie cependant, de Movers, Die phœn. Alt., I, p. 103 et suiv. Cf. Miss, de Phén., p. 214, 215. H est remarquable que Gébal ne figure pas, au x° chapitre de la Genèse, parmi les fils de Chanaan.