‹ Historie du peuple d'Israël (volume 3)Chapitre 116 sur 243 · Strabon, cité par Jos., Ant., XV, i · texte numérisé non relu

Strabon, cité par Jos., Ant., XV, i

Le nouveau roi des Juifs aborda à Acre et fut bientôt à la tête d'une petite armée. Ventidius et Silo le soutinrent mal. Silo même le trahissait, et Hérode dut regarder comme une bonne fortune d'être délivré de cet auxiliaire \ Hérode se rendit d'abord maître d'un certain nombre de places en Galilée; ensuite il prit Joppé, dégagea Massada, et vint se présenter devant Jérusalem avec une armée qui grossissait toujours.

Ce fut une guerre longue, difficile, où les deux chefs déployèrent une grande habileté. L'affaire des grottes d'Arbela fut un coup de main des plus difficiles. Ventidius, ayant vaincu les Parthes, mit à la disposition d'Hérode deux légions commandées par un certain Machœras, qui se laissa gagner par l'or d'Antigone et ne créa que des embarras à celui qu'il devait défendre. Hérode se décida à se rendre près d'Antoine, qui, en ce moment, faisait le siège de Samosate contre Antiochus de Comagène, n voulait se plaindre à lui de la conduite de ses lieutenants et tâcher de se faire prendre au sérieux (38 av. J.-C). En son absence, un de ses

1. Peut-être toute cette partie du r(icil de Josèphc, venant de Nicolas de Damas, et par ioiisé(iucnt d'Hérode, porte-t-elle remprrinle do ramoiir-proprc d'IIérodi!, désireux d'avoir i\ lui seul conquis son royaume. Voir Dion Cussius, XliVUI, .11.

frères fut tué à Jéricho ; les Galiléens se révoltèrent et noyèrent dans le lac de Géuésareth les fonctionnaires qu'Hérode leur avait laissés. Tout allait au plus mal, et on se demandait si Rome était vraiment la force invincible, incorruptible, qu'on avait cru d'abord.

Pendant l'hiver de 38-37, Hérode poussa les opérations de la guerre avec vigueur. Au printemps, le siège fut mis devant Jérusalem. On le conduisit selon les règles que Pompée avait suivies vingtsix ans auparavant. Pendant que les travaux préparatoires s'exécutaient, Hérode se rendit à Samarie pour célébrer son mariage avec Mariamme, à laquelle il était fiancé depuis plusieurs années. Lorsque les cérémonies furent terminées, Hérode, désormais appuyé de forces romaines considérables, sous le commandement du légat Caïus Sosius*, reprit le siège.

Les sièges de l'ancienne Jérusalem étaient toujours longs, compliqués de famine, la ville étant coupée à l'intérieur d'enceintes multiples, qui formaient comme des espèces de murs de refend. La première enceinte fut prise en quarante jours, la seconde en quinze. Les victimes manquaient

1. Dion Cassius, XLIX, 22; Jos., Ant., XIV, xvi, 1-3; B. J., I, XVII, 9; xviii, 1-3.

pour le sacrifice perpétuel. Les Juifs demandèrent aux Romains de laisser entrer les bêtes nécessaires. L'assaut du temple fut terrible. Les Romains, exaspérés par la longueur de la résistance, massacraient tout. Hérode prétendait plus tard ^ qu'il n'avait épargné aucune supplication pour les arrêter dans leur première fureur.

Antigone sortit de la tour Raris, et vint se jeter en suppliant aux pieds de Sosius, qui fut peu généreux. Sosius l'insulta, le fit charger de chaînes et remettre aux mains d'Antoine, à Antioche, comme un captif qui valait de l'argent. Effectivement, Hérode obtint d'Antoine, pour une forte somme, que son rival malheureux fût décapité. C'était la première fois que les Romains faisaient subir à un roi ce supplice, rendu ignominieux par les verges qui le précédaient. Antoine crut que c'était nécessaire pour faire plier l'orgueil juif. Hérode y avait du moins un intérêt de premier ordre. Si Antigone-Mattathiah fût resté vivant, le peuple aurait toujours opposé sa royauté légitime au titre assez profane d'Hérode. Peut-être même Antigone eût-il plaidé devant le sénat romain

i. Hérode dicta en quoique sorte sa propre liistoire à Nicolas de Damas ; Josèphe n'a presque fait que reproduire Nicolas de Damas.

pour la validité de son titre, et le sénat lui eùt-il donné raison quand l'étoile d'Antoine aurait pâli *. Le massacre et le pillage durèrent plusieurs jours après la prise de la ville. Ilérode ne réussit à mettre un terme à ces horreurs qu'en promettant à Sosius de récompenser largement sur sa fortune privée les légionnaires, qui avaient souffert tant de privations et de fatigues durant le siège. Il tenait surtout à ce q^ue les soldats romains ne profanassent pas le temple et ne vissent pas les objets sacrés, qu'il était défendu aux Juifs euxmêmes de contempler de leurs yeux. Sosius, avant de partir, consacra au dieu du temple une couronne d'or. Une monnaie, frappée h Zacynthe, nous a gardé le souvenir de son exploit *. Le revers nous représente un trophée dressé entre un prisonnier juif enchaîné (Antigone) et une captive juive, personnification de la Judée. Sur la face de la médaille, le portrait d'Antoine. Cette monnaie servit de modèle, cent huit ans plus tard, à la célèbre monnaie de Vespasien ayant pour légende Judœa capta ^.

\. Jos., .4n<., XIV, XVI, 4; XV, i, 2;B. J., I, xviii.3;Strabon, cité par Josèphe, /. c; Dion Cass., XLIX, ±i\ Plut., Ant., 36. t. Th. Ueinach, Les monnaies juives, p. :2y-30. 3. Orig. du christ., IV, 532.

Ce faible essai de restauration asmonéenne n'eut ainsi aucune suite. La royauté d'Hérode était définitivement fondée. Désormais il n'y aura plus de grande révolte juive jusqu'à l'an 70 après Jésus-Christ.

Il n'est pas douteux que les livres de consolation pour le peuple ne manquèrent pas à cette heure d'épreuve. Toujours fidèles à la grande loi de la composition littéraire du temps, Tapocryphisme, les auteurs de ces livres se reportaient à l'époque de la grande captivité de Babylone et, sous ce couvert, ils exprimaient les sentiments appropriés à leur époque. Jérémie, le plus lu des prophètes, et son secrétaire Baruch, qui consola les captifs du temps de Nabuchodonosor, étaient bien désignés pour qu'on leur attribuât ces écrits. Sous le nom de Baruch*, parut un livre qui rendait avec vivacité les tristesses du temps et était empreint de la résignation qui convenait à des hommes tranquilles.

Baruch est censé se trouver à Babylone avec les exilés. Il leur donne lecture d'un récit qu'il a composé et qui fait une profonde impression sur les auditeurs, lis pleurent, jeûnent et se cotisent

1. Le livre de Raruchdont nous parlons en ce moment s'arrête au verset m, 8. Le reste est une autre composition, écrite en grec.

pour envoyer à leurs frères de Jérusalem de l'argent destiné à l'achat de victimes. Baruch va porter cet argent en Palestine ; il prend en même temps avec lui les vases du temple qui avaient été enlevés par les Chaldéens. Enfin il est chargé d'engager ses compatriotes à prier pour le roi Nabuchodonosor et pour son fils Ballhasar *, et de leur remettre l'écrit qui déjà a été lu à Babylone. Cet écrit ^ est une longue prière, commençant par une confession des péchés^ et se terminant par une humble demande de pardon.

L'auteur du faux Baruch avait certainement lu le livre de Daniel. Il lui fait des emprunts, le copie*. Il est remarquable pourtant qu'il n'offre aucune trace de la résurrection ni des idées messianiques. Ces idées étaient loin encore d'être celles de tout le monde. L'auteur se tient rigoureusement dans l'ordre des sentiments de l'époque prophétique et dans le cercle d'idées des psaumes. Peutêtre a-t-il cherché à se mettre à la place de l'auteur

i . Les connaissances historiques de notre auteur sont, on le voit, empruntées à Daniel.

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