CHAPITRE III
l'apocalypse d'hénoch.
Vers ce temps paraissent avoir été écrits les premiers livres attribués à Hénoch*. L'esprit apocalyptique allumé par l'auteur de Daniel ne
i. Les écrivains chrétiens du i" siècle, l'auteur de l'épîlre de saint Jude (v, \i), l'auteur de l'épître de saint Rarnabc (c. A et 16) citent, comme écriture sainte, des livres attribués à Uénoch. Le livre des Jubilés, les Testaments des 12 patriarches en font largement usage; Celse les côtoie; les discours de Jésus rapportés par les Évangiles synoptiques offrent avec les textes hénochiques des coïncidences frappantes. Saint Irénée, Terlullien, Clément d'Alexandrie, Origène, les Constitutions apostoliques, les listes des livres canoniques les plus unciennes, en font mention. Le Synceile en donne deux fragments considérables. — Depuis 1821, la science critique possède, traduit de l'éthiopien, un livre d'Iléiiocb, (|ui est bien celui que tinrent entre leurs mains l'auteur du livre des Jubilés, l'auteur du Testament des 12 patriarches et le Synceile, mais qui ne répond pas complètement aux citations de Jude, de Harnabé et des
s'éteignait pas, et une des lois de ce genre de littérature était l'apocryphisme, c'est-à-dire l'attribution de la révélation nouvelle à un nom révéré. Le nom d'Hénoch était admirablement désigné pour cela. Ce pieux patriarche, qui avait eu, comme Élie, le privilège unique dépasser à Dieu sans goûter la mort et dont on faisait un double de Noé*, annonçant comme lui le déluge, parut indiqué pour donner aux hommes de bons
autres Pères de l'Église. Grâce à une récente découverte de M. Bouriant, on possède maintenant à peu près le tiers du texte grec. — Le livre ainsi constitué ne représente pas évidemment la totalité de la littérature liénochique, et il la représente altérée, remaniée (certaines interpolations, par exemple xc, 38, sont évidentes), c'est une compilation (Bi0.îx *Evûx Orig.) de pièces de provenance fort diverse. On peut distinguer sept parties : n, ch. 1-36, b, ch. 37-71, c, ch. 7-2-8-2, d, ch. 83-93, e, ch. 94- 105, f, ch. 106-107, g, ch, 108 seul. La partie a, pleine d'une folle angélologie, répond bien à ce que dit Celse. On peut la rapporter, au moins pour le fond, au temps d'ilérode. La partie 6 est à peu près du même temps, mais d'un autre auteur. La partie c est une sorte d'astronomie gnostique, diflicile à dater. La partie d de beaucoup la plus intéressante, renferme des visions symboliques, très analogues à celles de Daniel. La partie e se compose de prédications eschatologiques, très analogues aux derniers discours de Jésus. La partie f, agadas sur Noé et prédiction du déluge. La partie g, livret hénochique à part, feu des damnés, etc. Pour le moment, c'est la partie d seule qui doit nous occuper.
1. Sirach, XLiv, IG; llebr., xi, 5; vieille tradition juive dans Eusèbe, Prœp. evang., IX, xvii, 8.
conseils, à l'heure solennelle où l'on était*.
Le livre fut très probablement composé en hébreu'. L'auteur, nourri du livre de Daniel, imite sans cesse ce livre mystérieux. Il a les mêmes défauts et les mêmes qualités : une médiocrité générale, une prolixité fatigante, ce qui n'empêche pas que certains morceauxvousréveillentpar leur étonnante beauté^ Le cadre est, ainsi que dans Daniel, une sorte d'histoire universelle. Israël traverse naturellement cette histoire, comme un juste et un élu.
Israël est le troupeau de Dieu. Par un décret insondable, Dieu trouve bon de laisser les mauvaises bêtes (les païens) manger un certain nombre de ses moutons, soqs le contrôle de gardiens* qu'il a constitués à cet effet. Mais ces gardiens remplissent assez mal leurs fonctions; ils laissent les païens prendre du troupeau sacré beaucoup plus de têtes qu'il ne devrait leur être permis. Alors le Seigneur
1 . L'apocalypse hénochique du temps des Macchabées comprenait probablement les eh. Lxxxni-cv du livre actuel. L'encadromeul, sous forme de discours à Mélhusabib, est sans doute l'œuvre du compilateur.
2. Hab^y, Joitrn. Asiat., iSGT, avril-mai, p. 352-395. Notez Melhnmldh, forme liéliralquc, non Mdlliusnlem.
3. Un Israélite de l'ancienne école à qui je le communiquai, en fut frappé d'admiration et parut tout disposé à admettre qu'il était l'ouvraj,'!' auliieiitique d'IIéiiocb.