‹ Historie du peuple d'Israël (volume 3)Chapitre 144 sur 243 · Jos., Ant., XV, I, 1 ; X, i · texte numérisé non relu

Jos., Ant., XV, I, 1 ; X, i

des Juifs des inconséquences flagrantes. On dirait que, sous son règne, le sanhédrin n'exista pas, tant il eut un rôle insignifiant.

Il se riait à la lettre des grands-prêtres, qui furent un jouet dans sa main. A Hananel succéda un inconnu, Jésu fils de Phabi, et à celui-ci un certain Simon fils de Boëthus*, dont la fille passait pour la plus belle personne de Jérusalem. Hérode en devint amoureux, résolut de l'épouser, et, pour élever la famille jusqu'à lui, fit le père grand-prêtre. Le chef de cette famille, Boëthus, d'Alexandrie, était un juif helléniste, riche, mondain, assez ressemblant à Hérode lui-même. Ce Boëthus et les siens passaient pour des mécréants, des épicuriens. Trois membres au moins de cette famille occupèrent le souverain pontificat, dans la seconde moitié du règne d'IIérode et sous Archélaûs. Ils furent le centre d'un groupe que l'on confondit souvent avec les sadducéens, et qu'on appela les Boëthusim^, mot synonyme d'impies, mécréants, matérialistes, incrédules. Un gros parti raisonnable se forma ainsi; mais, comme nous l'avons déjà dit, il n'osait s'avouer. Quand il voulait agir,

1. Jos., Ant., XV, IX, 3; XVII, iv, 2; XVII, xii, 1; XVIIl, i, i ; II, 1 ; Y, 1 ; XIX, vi, 2, L

2. Dans le Talraud, n''Dmp''DN' □'•Din"»">3 D^^pns sont synonymes. Voir Vie de Jésus, p. 226.

il était obligé de se mettre derrière les pharisiens. Chose singulière, Ilérode trouva souvent les pharisiens assez traitables. Ces rigoristes firent au « demi-juif » une guerre moins vive qu'ils ne l'avaient faite à leurs souverains nationaux, Jean Hyrcan, Alexandre Jannée. Durant son long règne, ils s'occupèrent à peine de lui, tant ils étaient absorbés par la Loi et avaient peu de souci du pouvoir temporel. Les deux plus connus des pharisiens, Pollion et Saméas* (Schemaia et AbLahon), avaient, pendant le siège, conseillé de lui ouvrir les portes. On se rappelle que Saméas avait d'abord montré contre Hérode une grande fermeté. Mais bientôt les deux docteurs virent dans la victoire le doigt de Dieu et conseillèrent la résignation'. Le parti pharisien admit en quelque sorte deux mondes, séparés par une cloison, le monde juif légal et le monde de la cour', pour lequel la Loi n'existait pas, surtout quand on pouvait invoquer la

1. Voici évidemment un couple, un des couples du Pirké Abolit. S'agil-il {{clIiUelct Schumnmï {Ahotli, l"!) ou Sclii'Diaïali el Ablulion {Ahollt, 10) ? La première hypothèse parait d'abord plus vraisemhlahle; Ilillel a pu devenir Pollion par jeu graphique,

LLN = S'^D (voir ci-dessus, Ménélas); mais la chronologie

s'arrange mieux de l'autre hypothèse.

± Jos., Ant., XV, 1, I. Cf." XIV, ix, i.

y. rnaVo.

raison d'État. Hérode, dès que la politique est en cause, n'est plus Juif; ses mœurs sont purement et simplement celles d'un Grec et d'un Romain*. Les restes de la maison asmonéenne donnaient à Ilérode bien plus d'embarras. Les descendants des dynasties légitimes deviennent des fléaux, quand la déchéance les a frappés. Ces embarras étaient d'autant plus graves qu'ils pénétraient jusque dans l'intérieur de sa propre famille. Il avait épousé Mariamme, à la fois petite-fille d'Aristobule II par son père Alexandre, et de Hyrcan II par sa mère Alexandra. Cette dernière des Asmonéennes est le seul caractère qui repose un peu l'historien au milieu de tant d'horreurs. C'était une princesse d'une rare beauté, irréprochable dans ses mœurs, de la mine la plus imposante, digne et fière, courageuse et altière, respectant son nom et sa naissance, mais se créant beaucoup d'ennemis, surtout dans la famille de son mari, par son caractère entier et absolu ^ Hérode l'adorait, mais n'était pas heureux avec elle; car elle faisait peu de chose pour gagner ses bonnes grâces. Alexandra, sa mère (fille de Hyrcan II), était une femme méchante, intrigante et lâche. Elle ne cessait de faire à son

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