‹ Historie du peuple d'Israël (volume 3)Chapitre 146 sur 243 · Jos., Ant., XV, II · texte numérisé non relu

Jos., Ant., XV, II

3. Jos., Ant., XV, IV, 1-2; B. /., I, xviii, 5; Plut., Ant.» 36; Dion Cassius, xlix, 32.

se résigna à prendre à ferme, pour deux cents talents par an, les terres qui naguère faisaient partie de son domaine immédiat. Après cela, il dut encore paraître satisfait et recevoir avec un visage rayonnant Gléopâtre à Jérusalem. Gléopâtre essaya de se faire aimer de lui, sans doute pour le perdre, s'il cédait*. Hérode fut très prudent; un instant, il songea à se débarrasser de cette femme, qui était dans sa main. Il se contenta de la combler de présents et de la reconduire avec les plus grands honneurs jusqu'à la frontière d'Egypte.

La guerre civile entre Antoine et Octave (3^ av. J.-C.) fournit à Ilérode une belle occasion de montrer son habileté politique. Il voulait d'abord se joindre avec une armée à Antoine; Gléopâtre lui ordonna d'aller combattre le roi nabatéen, dentelle ne recevait plus régulièrement le tribut. Ge fut pour lui un bonheur immense. La bataille d'Actium C^ septembre 31) se livra sans lui. Par la défaite d'Antoine, il perdait un puissant protecteur; mais, du môme coup, il était débarrassé de Gléopâtre, sa ph-e ennemie. Sans attendre la mort d'Antoine et de Gléopâtre, qui n'eut lieu qu'un an après, Ilérode prit son parti avec décision et résolut de se rendre

1. Jos., Ant., XV, IV, "2. Tout cela. n'a pu titre su que par Hérode lui-même et est, par conséquent, un peu douteux.

auprès d'Octave. Pour plus de sûreté, cependant, il lit, avant de partir, tuerie vieil Hyrcan, âgé de plus de quatre-vingts ans, qui pouvait rallier encore les légitimistes du parti asmonéen. Chaque absence de Jérusalem mettait le soupçonneux Hérode dans des transes; il se rassurait en faisant mettre à mort ceux qui lui paraissaient pour le moment les plus dangereux*.

Au printemps de l'an 30, il vit Auguste k Rhodes. Enl'abordant, ilse dépouillades ornements royaux, parut en suppliant. 11 avait été un parfait ami d'Antoine : il aurait la même amitié pour Octave; son amitié ne ferait que changer de nom. C'était sincère : Hérode était bien décidé à être toujours pour le Romain le plus puissant. Octave le crut sans peine et le confirma dans tous ses titres. Pendant l'été de l'an 30, il reçut Octave à Acre, puis il aida efficacement l'armée romaine dans les marches d'été le long de la côte de Palestine.

En août de l'an 30, après la mort d'Antoine et de Cléopâtre, Hérode vil Octave de nouveau. II gagna cette fois pleinement sa partie, Auguste lui rendit Jéricho et tout ce qu'Antoine avait retranché

1. C'est ce sentiment, bien aperçu par le sentiment populaire, qui créa la légende chrétienne (Mattli., ii), Hérode faisant tuer tout, dès qu'il entend parler d'un roi des Juifs autre que lui.

de ses domaines; il y ajouta quelques villes : Gadare, Hippos, Samarie, Gaza, Anthédon,Joppé et la tour de Straton. Hérode accompagna le vainqueur jusqu'à Antioche. L'année qui devait, selon les apparences, entraîner sa perte, avait été bonne pour lui. Il avait échangé un patron fantaisiste, destiné à mal finir, dominé qu'il était par la femme la plus dangereuse du monde, contre un protecteur plus sûr, destiné comme lui à durer de longues années. L'année suivante (29) fut horrible. Malgré tout ce qui s'était passé, Hérode aimait plus éperdument que jamais la séduisante et altièreMariamme. Celle-ci, à ce qu'il paraît, sans repousser entièrement ce beau lion terrible, l'aimait beaucoup moins. Mais par derrière, l'atroce Salomé lui disait tous les jours : « Il faut la tuer ». Pendant ses absences, il avait coutume de charger un homme de confiance de l'observer et de la faire mourir s'il ne revenait pas *. Il avait paru, en particulier, craindre qu'Antoine ne songeût îi prendre la femme qu'il aurait laissée veuve parsa mort. Hérode aurait du être rassuré par le caractère fier et digne de Ma-

1. Les deux récils de Josèpho, Ant., XV, ii, 5, et XV, vi, 5, sont sûrement des donhlets d'un mènw. récit, provenant de sources diflërentes que Josèplie, selon un procédé très ordinaire dans la rédaction des Évangiles, a juxtaposés.

LE PEUPLE JUIF SOUS LA DOMINATION ROMAINE. tQl

riamme. Mais il est certain qu'en politique la conduite d'Alexandra et de Mariamme était de nature à justifier tous les soupçons. Ces deux femmes semblaient courir d'elles-mêmes à leur perte. Dans une espècedeconseil privé, Hérodefitcondamneràmort la femmequ'il adorait. Alexandra,danscette circonstance, fut hideuse. Voyant qu'un sort semblable la menaçait, elle voulut détournerlecoup, enfeignant de ne partager en rien les sentiments de sa fille. Au moment où on la conduisait au supplice, elle sortit furieuse, se jeta sur la malheureuse, la frappant au visage, lui tirant les cheveux, l'appelant mauvaise femme, ingrate, qui n'avait que ce qu'elle avait mérité. Ce fut dans la foule un cri d'horreur. Mariamme ne dit pas un mot, ne changea pas de couleur. Elle mourut sans vouloir regarder sa mère. Hérode avait obéi, en cette circonstance, à sa folledureté. Après le supplice, sapassionse réveilla; dans son délire amoureux, il croyait voir présente la femme qu'il adorait et qu'il avait tuée. Il lui parlait, l'appelait, donnait ordre de la faire venir. Pour s'étourdir, il se jeta dans des débauches sans nom, dans une furie de chasses et de courses éperdues. Il faillit en mourir à Samarie*. Le bruit de sa

1. Jos., Ant., XV, vu, 3 et suiv. Cf. Tulm. de Bab., Bababathra, 3 b.

mort se répandit à Jérusalem. Alexandra voulut en profiter pour prendre le pouvoir^ Elle chercha à gagner les commandants des deux forteresses de Jérusalem. Hérode enfin la fit tuer (28 av. J.-C). Il revint à la santé, mais conserva une étrange irritation physique et morale. Sous le moindre prétexte, il envoyait au supplice ses serviteurs, ses meilleurs amis. Tous les despotes orientaux suivent, comme des machines lancées, la même pente fatale.

L'ambitieux, cependant, survécut. Tandis qu'il exista un reste des Asmonéens, Hérode ne put demeurer en repos. Une famille, parente, ce semble, des Asmonéens, s'était signalée, sous Antigone-Mattalhiah, par son zèle légitimiste; on les appelait « les fils de Baba ». Au moment du danger, un riche Iduméen, Costobare, les avait sauvés, et depuis douze ans, Hérode, malgré ses soupçons, n'avait pas réussi à découvrir leur retraite. Costobare, qui menait à la fois beaucoup d'intrigues, avait épousé Salomé, la sœur d'ilérode; un jour, fatigrée de son mari, Salomé révéla tous ses secrets à Hérode, qui fit sur-le-champ mettre i\ mort Costobare et les fils de Jîaba". H n'y avait plus dé-

1. Aulre doublet peut-ôtre entre .los., Ant., XV, m, 7, et XV, VII, H.

-2. Jos., /!«/., XV, VII, 8-10.

sormais un seul descendant des Hyrcan qui pût lui faire ombrage, ou, comme dit l'historien juif, s'opposer aux violations de la Loi*.

Selon les Juifs, ce moment de la vie d'Hérode marqua dans son existence un progrès dans la perversion, en ce sens que jusque-là il avait gardé quelques apparences de judaïsme, et que désormais sa vie fut une injure à la religion et aux lois du pays^ C'est là une appréciation juive. En tout temps, la vie d'Hérode fut une injure aux lois morales. Ce qu'il y eut de nouveau, quand il n'eut plus rien à craindre pour son trône, c'est qu'il récolta les fruits du crime, qui sont, dans l'ordre politique, tout différent de l'ordre moral, un pouvoir fort, la prospérité, l'art. Les vingt ans qui vont suivre sont d'un caractère qui ne s'était pas vu depuis Salomon. Tenant moins compte des préjugés juifs, Ilérode s'engagea, hors de la Loi en effet, dans ce qui est le couronnement d'un pouvoir établi, les grands travaux d'art et d'utilité publique, les œuvres toutes profanes qu'on ne pouvait guère accomplir sans manquera la Loi. Nous serions indulgents pour ces manquements, si, d'un autre côté, ces œuvres n'eussent été en réalité bâties sur le sable,

i. Jos., Ant., XV, VII, 10.

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