LA JDDÉE PROVINCE ROMAINE
Archélaûs, désigné par Hérode comme son successeur dans la royauté, allait partir pour Rome, afin de demander sa confirmation à Auguste, quand un soulèvement terrible éclata dans Jérusalem. Le peuple, encore sous l'impression du supplice de Judas fils de Sariphée et de Matthias fils de Margaloth , voulait qu'on punît les conseillers d' Hérode et qu'on déposât le grand-prêtre Joazar fils de Boëthus. Un détachement qu'on envoya pour faire taire les gens qui vociféraient contre la mémoire d'Hérode dans la cour du temple, fut reçu par une grôle de pierres et mis en fuite. Archélaûs dut employer toutes ses forces et, pour rétablir l'ordre, verser des torrents de sang.
L'émeute une fois étouffée, Archélaùs, laissant ses pouvoirs à Philippe, partit pour Home ; Antipas le suivit de près ; d'autres membres de la famille hérodienne s'y rendirent également, demandant que la Palestine fût directement rattachée à l'empire ; tous, au moins, préféraient Antipas à Archélaùs*. La cause fut portée à l'audience d'Auguste. Un certain Antipater plaida pour Antipas; Nicolas de Damas plaida pour Archélaiis. Auguste inclinait pour Archéaliis; il ne voulut pas, cependant, prononcer sur-le-champ un jugement définitif.
Sur ces entrefaites, la Palestine fut soulevée de nouveau par des troubles furieux. Quintilius Varus, légat de Syrie, les comprima; puis ils recommencèrent. La cour du temple fut encore une fois un champ de bataille. La foule juive couvrait les toits des portiques, et de là faisait voler les pierres sur les soldats. Ceux-ci mirent le feu aux charpentes. Une partie des soldats d'Hérode se rangea du côté des révoltés; mais le corps des Sébastènes, le plus solide de tous, opposa aux Juifs une résistance acharnée'. La force romaine fut assiégée dans le palais d'Hérode. En Galilée, vers Séphoris, Juda,
i. Jos., Ant., XVII, ix; B. /,, II, i; Nicolas de Damas, dans Mûller, Fragm., III, 353 et suiv. ; Strabon, XVI, ii, 46. 2. Jos., B. /., II, m, i; iv, 2-3.
fils de cet Ézéchias qu'Hérode avait fait exécuter d'une manière si sommaire*, s'empara d'un dépôt d'armes et rassembla une petite armée très fanatique. On dit qu'il songeait à se faire roi de Galilée. En Pérée, un ancien esclave d'Hérode, nommé Simon, se fit proclamer roi. Enfin un berger nommé Ethrog, avec ses quatre frères, eut un parti assez fort dans les campagnes de Judée. C'était une vraie anarchie, sans plan ni direction générale. Varus eut facilement raison de ces mouvements désordonnés. Séphoris fut brûlé et ses habitants furent vendus comme esclaves. Deux mille malheureux furent crucifiés; l'ordre régna de nouveau'.
Auguste réfléchissait encore au parti qu'il devait prendre, quand une nouvelle ambassade lui arriva de Jérusalem, avec la permission de Varus. Les députés étaient au nombre de cinquante; mais, à Rome, plus de huit mille Juifs so joignirent à eux. Leurprogrammeetaitnouvcau.il consistait à écarter tous les princes de la famille d'Hérode comme odieux à la nation, et h constituer le peuple juif en
i . Pftut-étre Juda fils d'Ézéchias doit-il être tenu pour identique à Juda le Gaulonite ou le Galiléen.
2. Jos., Ant., XVII, X. (l'est ce qu'on appela polemos schel Varos. Orig. du christ., V, 504, 5U, 521.
république, vivant selon les lois juives*, sous le patronage des Romains *. Toute la population juive de Rome se mit avec eux; évidemment ils exprimaient le sentiment de la nation, et il était très conforme en apparence à la nature des choses. Les Juifs ne pouvaient former un État indépendant; mais, sous le protectorat d'un grand empire, ils eussent peut-être réalisé, dès le premier siècle, ce qu'ils réalisèrent plus tard, à l'époque du khalifat de Ragdad, une communauté libre et autonome. C'était au fond l'avis des princes hérodiens ; mais ils n'osaient le soutenir, ne voulant pas paraître abandonner Archélaûs, que cependant ils haïssaient. Philippe, qui était venu à Rome dans l'intervalle, par le conseil de Varus, soutenait Archélaûs, et Antipas se bornait maintenant à demander l'exécution pure et simple du dernier testament de son père.
La conférence se tint dans le temple d'Apollon Palatin. Les républicains, soutenus par les Juifs de Rome, demandèrent la dissolution du royaume hérodien. Hérode a été le pire des tyrans; ses soupçons, ses espionnages avaient fait de la vie un