CHAPITRE XIII
PHLLON-
Au milieu de ce développement presque tout anonyme ou pseudonyme, de ces figures qui ont l'air de faire partie d'un monde intangible, d'écrits courts, frappés en vue de la théopneustie, où l'idée seule est en vedette et où l'auteur disparaît totalement, se détache la personnalité d'un abondant écrivain, mêlé à la vie de son temps, dont les œuvres nous sont en grande partie restées, que nous touchons pour ainsi dire comme un de nous ; c'est Philon. Il appartenait à une des principales familles juives d'Alexandrie. Son frère Alexandre Lysimaque remplissait les fonctions d'arabarque et était prodigieusement riche. Dans ses rapports avec les Romains et avec les Hérodes, il joue presque le rôle d'un rex^ leur rendant des services
d'argent, administrant leur fortune, leur faisant des prêts énormes^ Un de ses fils épousa la célèbre Bérénice. Un autre fut ce Tibère Alexandre, qui joua un rôle si important dans la politique romaine du I*"' siècle de notre ère.
Philon lui-même était riche et, vers Tan 40 de notre ère, il fut député à Caligula pour les affaires de la synagogue d'Alexandrie ^ Il était vieux alors ; ce qui donne à supposer qu'il naquit quinze ou vinsft ans avant Jésus-Christ. Il fut ainsi à la fois l'aîné et le survivant de Jésus *. C'est sans doute pendant la jeunesse de Jésus qu'il écrivit ces innombrables livres où le judaïsme était envisagé d'une façon si originale. Quel dommage que, dans ses derniers écrits, il n'ait pas consacré quelques réflexions à ce qui se passait en Galilée ! A vrai dire, le premier embryon du christianisme fut si peu de chose que Philon peut-être ne vit et n'entendit jamais rien qui s'y rapportât.
L'érudition grecque de Philon était très considérable. Il savait évidemment tout ce qu'on savait à Alexandrie de son temps. Il lisait une foule