‹ Historie du peuple d'Israël (volume 3)Chapitre 212 sur 243 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

Voir plus haut, p

l'avoir embrassé trois fois, à des points de vue divers, tantôt s'adressant aux non Juifs, tantôt à ses propres coreligionnaires. La vie de Moïse est curieuse comme biographie du législateur hébreu écrite en vue de plaire à des lecteurs païens. Les œuvres apologétiques* et historiques ^ ont de l'éloquence. Composées pour les païens, elles visent surtout à montrer aux non Juifs combien de préceptes juifs ils pourraient pratiquer avec avantagea Touchante est la pensée des deux traités parallèles : « Que tout être vil est esclave », « Que tout honnête homme est libre* ». Le nombre des Juifs devenus esclaves par suite des guerres du temps était énorme. Philon les console au nom de l'idéalisme transcendant, consolation que ceux-là seuls trouveront vaine qui n'ont jamais souffert injustement.

1. ]j'' Apologie des Juifs de Philon no nous est connue que par Eusèbe. Sur le Traité de la vie contemplative, voir ci-dessous, p. 366.

2. L'ouvrage de Philon sur l'état des Juifs sous Tibère, Caligula ot Claude et sur la part qu'il prit ti ces événements formait 5 livres dont le 3* {In Flacc.) et le i° {Leg. ad Catum) ont seuls été conservés. Voir les Apôtres, p. 194-197.

3. C'était le sujet des Viroôirixâ; voir Bernays, Gesammelte Alihandl., I, 262-282.

4. Le premier de ces deux traités est perdu. Philon eut aussi l'intention d'écrire un traité sur la c souveraineté du Sage > {Qttod omnis probtis liber, § 3).

La fortune littéraire de Philon fut des plus singulières. L'école juive d'Alexandrie disparut au I*"" siècle de notre ère, et on ne voit pas quels élèves eut Philon dans sa patrie. Il n'exerça non plus aucune action sur le judaïsme palestinien parlant hébreu; son nom n'est pas prononcé une seule fois dans le Talmud ni dans la tradition juive. Jésus sans doute ne le connut pas. Mais la seconde et la troisième génération chrétienne le lurent beaucoup. Son influence, ou du moins l'influence d'idées analogues aux siennes, est sensible dans les épîtres authentiques de saint Paul, dans l'épître d'un caractère indécis dite Épître aux Éphésiens, et surtout dans les écrits qu'une certaine école attribua à l'apôtre Jean.

Depuis lors, Philon fut fort en faveur dans l'école chrétienne ; on le copia comme un Père de l'Église; on soutint même qu'il avait été chrétien*. Le modèle de l'homélie à la façon des Pères, prenant pour texte un passage de l'Écriture et partant de là pour les développements moraux, remonte à Philon. La théologie chrétienne, héritière et continuatrice de la théologie helléniste, lui dut beaucoup de choses, en particulier son goût désordonné

1. Eusèbe, H. E., III, xvii, 1 ; saint Jér., De vir. ilL, 1 1 ; Photius, cod. 105.

pour l'allégorie. Le gnosticisme sortit en partie de Philon ou du moins développa des idées du même genre que les siennes. On peut dire que Philon, par sa théorie des forces ou puissances (dynamis) et par son amour effréné pour les hypostases, fut le père de Valentin. Les néoplatoniciens d'Alexandrie le connurent ; Numénius d'Apamée, en particulier, le prit comme un de ses maîtres* ; il exagéra même son admiration, puisqu'il allait, dit-on, jusqu'à prétendre que Philon lui apprenait le véritable esprit du platonisme mieux que Platon lui-même.

Ce qui est vrai, c'est que Philon fut, dans le judaïsme, un phénomène absolument unique. Josèphe est tout autre chose. Bien moins philosophe que Philon, il n'a pas ces coquetteries de spéculation où se plaît l'Alexandrin. Son fond hellénique est arrivé h la forme la plus simple, la plus classique, si j'ose le dire : Dieu et l'immortalité. Les précautions du patriote sont les mêmes; le caractère moral de Philon nous paraît supérieur; mais les temps de Josèphe furent si terribles ! Josèphe est plus hébraisant que Philon; son grec est celui d'un homme qui, écrivant artificiellement une

Page 1