‹ Historie du peuple d'Israël (volume 3)Chapitre 214 sur 243 · LA VIE CONTEMPLATIVE · texte numérisé non relu

LA VIE CONTEMPLATIVE

La grande préoccupation de Philon est l'idée d'une vie philosophique parfaite, où l'âme, livrée sans relâche à la méditation de l'infini, s'absorbe en l'objet de ses méditations et s'élève au-dessus de tous les soucis matériels. Les esséniens de Palestine réalisaient à beaucoup d'égards ce programme, et Philon a pour eux la plus grande admiration^ Y avait-il des ascètes de ce genre en Egypte ? Cela est fort douteux ; mais Philon en rêvait, et c'est ce qui l'amena à composer ce traité de la Vie contemplative, dont la tournure est si singulière qu'on peut se demander s'il a pour fond quelque réalité".

1. Quod nmnis probus liber, § 12-13, et fragm. de VApol., dans Eus,, Prœp. evang., Vlll, xi.

2. Nous tenons pour certuin que le traité IIipl toùO^gu 6ia>pr,TUG'j

« Après avoir parlé des esséniens, dit-il, qui aiment et pratiquent la vie active mieux que n'importe qui, je vais parler maintenant de ceux qui ont embrassé la vie contemplative... ». La doctrine de ces philosophes apparaît tout d'abord en leurnom. On les appelle thérapeutes^ soit parce qu'ils font profession d'une médecine supérieure, ne guér issu ni pas seulement les maladies du corps, mais encore celles de l'âme*; soit parce qu'ils ont appris par l'étude de la nature et des saintes lois à servir l'Élernel. Ce sont les meilleurs et les plus heureux des êtres. Possédés de l'amour céleste, ils ressentent des transports qui ne s'apaisent que quand ils sont parvenus à voir l'objet de leurs désirs. Dans l'ardeur qui les porte vers cette vie immortelle et bienheureuse, et s'imaginant qu'ils en ont fini avec la vie mortelle, ils ouvrent eux-mêmes leur héri-

y, (xsTwv àptTôiv est de Philon. Le style, les pensées sont absolument du penseur alexandrin. Notez la haine contre les éranes (§§ 5-7), qui n'a plus de sens au ur siècle. Les ascètes dont il est question dans la Vie contemplative sont des ascètes profondément juifs; ils n'ont pas un seul trait spécialement chrétien. On voudrait songer à des bouddhistes; impossible. Un pastiche philonien si bien réussi, au m» siècle, serait un fait unique dans l'antiquité. Les faussaires ne s'appliquaient jamais à imiter le style de l'auteur à qui ils prêtaient des compositions apocryphes, i. Philon paraît tirer le nom des esséniens de N^DN, non de N^Dn. Voir ci-dessus, p. 55, noie 2; 7G, note 7.

tage et donnent ce qu'ils possèdent à leurs enfants, à leurs parents, à leurs amis. « Il faut, en effet, que ceux qui ont acquis les trésors de la vie intellectuelle laissent les biens qui aveuglent à ceux dont la pensée est encore enveloppée de ténèbres. »

Ce sont tous des gens de bonne naissance et de mœurs polies*. Débarrassés de tous les soucis du monde, ils abandonnent frères, femme et enfants, et s'enfuient loin de leur patrie et des lieux habités. Ils s'établissent hors des villes, dans des jardins ou des lieux solitaires, non par misanthropie, mais pour éviter les dangers de la société humaine. Ils n'ont pas d'esclaves, regardant l'esclavage comme contraire au droit naturel. « La nature nous a tous engendrés libres; les injustices et l'avarice de quelques hommes ont établi l'inégalité, source de tous les maux et courbé les plus faibles sous le joug des plus forts. »

Cette espèce de sages existe en beaucoup d'endroits de la terre habitée; car il convenait que la Grèce et les pays barbares possédassent également ces modèles de vertu. On les trouve en plus grand nombre en Egypte, dans chacune des provinces qu'on appelle nomes, et surtout aux environs d'Alexandrie. De toutes part les thérapeutes les plus distingués se donnent rendez-vous à une espèce de maison-mère de la secte, située à un endroit

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