Ch. c (Laurence, xcviii
pleurez point de ce que vos âmes descendront, avec tristesse et amertume dans la demeure de la mort, et de ce qu'en cette vie vos corps n'ont point reçu la récompense que méritaient vos bonnes œuvres... Quand vous mourez, les pécheurs disent de vous : « Les justes meurent donc comme nous ! Quels fruits ontils retiré de leurs œuvres? Voici qu'ils quittent la vie, de la même manière que nous, dans le trouble et dans l'anxiété. En quoi sont-ils donc mieux traités que nous? Les voilà morts; jamais ils ne reverront la lumière ! » Mais moi, je vous le dis, ô pécheurs : En avez-vous assez fait de manger et de boire, de dépouiller vos frères? Rien ne vous a coûté pour acquérir des richesses ; vos jours ont été des jours de joie et de félicité. Mais n'avez-vous pas vu la fin des justes, comme elle est accompagnée de paix et de calme! « Ils sont morts, direz-vous, et ils sont comme s'ils n'avaient jamais été, et leurs âmes sont descendues à la demeure de la mort. > Je vous le jure, ô justes, par la grandeur de Dieu et sa splendeur, par son royaume et sa majesté ; je vous jure que j'ai eu connaissance de ce mystère, qu'il m'a été donné de lire les tables du ciel ; de voir le livre des saints, de découvrir ce qui y est inscrit à votre sujet.
J'ai vu que le bonheur, la joie et la gloire vous sont préparés, et attendent ceux qui mourront dans lajustice et dans la sainteté. Vous recevrez alors la récompense de vos peines, et votre portion de félicité sera bien plus grande que la portion de maux que vous aurez reçue sur la terre.
Oui, les esprits de ceux qui mourront dans la justice vivront et se reposeront à jamais; ils seront exaltés, et leur mémoire sera éternelle devant la face du Tout-Puissant.
A peine est-il besoin de faire remarquer combien celte déclamation furibonde* rappelle les dis-
1. La prolixité du livre d'IIénocli vient peut-être de ce qu'on a juxtaposé plusieurs textes. Cela fait l'effet d'une concordance des Évangiles.
cours évangéliques conçus sur le ton violent, en particulier la grande apocalypse que tous les synoptiques placent dans la bouche de Jésus peu de jours avant sa mort. Jésus avait assurément lu Hénoch; plusieurs des discours qu'on lui prête présentent les croisements les plus singuliers avec des tirades d'Hénoch. Il semble que les premiers rédacteurs de la version synoptique se sont servis du livre d'Hénoch pour composer certains discours de Jésus, et c'est ainsi que s'explique ce fait étrange que quelques paroles mises dans la bouche de Jésus par les synoptiques sont présentées dans l'épitre attribuée à saint Barnabe comme étant d'Hénoch*. Au groupe littéraire formé par Hénoch, l'Assomption de Moïse, la Petite Genèse, il faut ainsi ajouter les Évangiles synoptiques, l'Apocalypse dite de Jean'. Les auteurs et les lecteurs de ces livres appartenaient à la même famille intellectuelle et morale; ils ont fondé le christianisme. Épuisée au point de vue militaire, et pourtant sûre de son droit, la nation, ne pouvant faire appel aux armes, faisait appel à Dieu. De là ces
1. ïi; Èvw-/^ Xï'yîi. Voir Vie Je Jésus, édit. 14' et suiv., p xliixi.viii. Comp. ibid., xiv, xv, xuv, lv, note; iO note, 361 note 1; VAntechr., 70; CËgl. cirr., 198.