CHAPITRE V
PHARISIENS ET SADDUCEENS.
Dans cette république de prêtres et de vieillards, la vie était ardente et, par conséquent, les divisions étaient profondes. Les partis ont toujours été très animés chez les Juifs. La grande distinction des hellénistes et des nationaux, si capitale il y a cinquante ans, s'était fort affaiblie. A vrai dire, il n'y avait presque plus d'hellénistes en Palestine; ils avaient été exterminés ou chassés. Le parti des hasidim l'avait emporté presque complètement; mais chez les hasidim mômes, il y avait bien des nuances. Les uns admettaient ou toléraient les nouvelles croyances sur la résurrection et les rémunérations futures; les autres s'en tenaient strictement à la vieille doctrine juive et niaient la résurrection, les anges. Les uns compliquaient la Loi
d'une foule d'explications traditionnelles ; les autres voulaient qu'on gardât la Thora dans son antique simplicité. Les uns étaient ce qu'on peut appeler des démocrates dans le sens d'alors; les autres des aristocrates fiers et dédaigneux. Ce qui faisait ces différences, à vrai dire, c'était les classes et la richesse, bien plus que des articles de foi sérieusement libellés. La richesse n'avait guère alors qu'une seule source, le sacerdoce et, dans des cas rares, l'association avec les Nabatéens voleurs. L'appaltation des impôts, autrefois si lucrative, n'existait plus guère.
Le cohcn riche, de famille sacerdotale (sado/n^), devenait vite un aristocrate, un conservateur. Il en prenait les habitudes, visait à maintenir un ordre de choses dont il profitait, ne voulait entendre parler ni de résurrection, ni d'anges, ni de Messie, ni d'interprétations nouvelles de la Loi. Une sorte d'incrédulité se déguisait souvent sous cette simplicité de croyance. L'horreur de la superstition, qui a toujours caractérisé le Juif, le dégoût pour les sottises populaires, que le prêtre voit de trop près, amenaient ce phénomène frappant du prêtre matérialiste, parfait en sa tenue extérieure, voyant