‹ Historie du peuple d'Israël (volume 3)Chapitre 242 sur 243 · Voir les Apôtres, p. 8 et suiv · texte numérisé non relu

Voir les Apôtres, p. 8 et suiv

la marche de l'idée est évidente. Le messianisme, en travail depuis Daniel, est arrivé à maturité en Jésus. Les rêves d'IIénoch, de l'Assomption de Moïse, des Jubilés ont eu en lui leur réalisation. Jésus fut tout pour ceux qui l'aimèrent. Pour ceux qui croient au Mesik, il est le Mesih. Pour ceux qui sont pour le Fils de l'homme, il est le Fils de l'homme. Pour ceiix qui préfèrent le Logos, le Fils de Dieu, l'Esprit, il est le Logos, le Fils de Dieu, l'Esprit. Il est le royaume de Dieu, la résurrection, la vie, le jugement. Il est tout pour tous; comme si, de nos jours, un chef socialiste était assez puissant pour persuader aux partisans de l'organisation du travail qu'il est l'organisation du travail, aux partisans de la solidarité qu'il est la solidarité, aux partisans de la morale indépendante, du collectivisme, de l'anarchie, qu'il est la morale indépendante, le collectivisme, l'anarchie. Toutes les ardeurs secrètes de la conscience juive, aboutissant à un accès suprême, produisirent ainsi cette fièvre éruptive, la plus extraordinaire de l'histoire humaine, et d'où il semble que date une vie nouvelle. Ce fut la crise concomitante d'une seconde genèse, une inoculation profonde de facultés nouvelles et, si j'ose le dire, de virus salutaires et nécessaires à la vie complète. L'acte

générateur, l'acte inoculateur sont toujours accompagnés de fièvre. Pendant ce temps, il faut recouvrir la vie en travail d'un drap mystérieux.

Tout cela se passait au milieu d'un siècle distrait en apparence et livré à toutes les préoccupations de la vanité. La Judée et le monde gréco-romain étaient comme deux univers roulant l'un à côté de l'autre sous des influences opposées. Jusqu'enl848, le socialisme creusa ses galeries de mine sous un sol dont la surface n'accusait aucune trépidation et se chauffait au soleil, sans se douter du travail qui se faisait en ses entrailles. L'histoire de l'humanité n'est nullement synchronique en ses diverses parties. Tremblons. En ce moment peutêtre la religion de l'avenir se fait, et se fait sans nous. Oh ! le vieux sage kimri qui voyait sous terre! C'est là que tout se prépare, c'est là qu'il faudrait voir.

L'avenir immédiat est obscur. Il n'est pas certain qu'il soit assuré à la lumière. La crédulité a de profondes racines. Le socialisme peut amener, par la complicité du catholicisme, unnouveau moyen Age, des barbares, des Églises, des éclipses de la liberté et de l'individualité, de la civilisation en un mot. Mais l'avenir ultérieur est sûr. L'avenir, en définitive, ne croira plus au surnaturel; car le surnaturel

n*est pas vrai, et tout ce qui n'est pas vrai est condamné à mourir. Rien ne dure que la vérité. Cette pauvre vérité paraît bien abandonnée, servie qu'elle est par une minorité imperceptible! Soyez tranquilles; elle triomphera. Tout ce qui la sert s'ajoute, se conserve comme un capital faible, mais acquis ; rien dans son petit trésor ne se perd. Tout ce qui est faux, au contraire, s'écroule. Le faux ne fonde pas, tandis que le petit édifice de la vérité est d'acier et monte toujours.

Ni le judaïsme ni le christianisme ne seront donc éternels.

Si l'humanité revient h des superstitions, ce ne sera pas à celles-là.

Le judaïsme et le christianisme disparaîtront. L'œuvre juive aura sa fin ; l'œuvre grecque, c'està-dire la science, la civilisation rationnelle, expérimentale, sans charlatanisme, sans révélation, fondée sur la raison et la liberté, au contraire, se continuera sans fin, et, si ce globe vient à manquer à ses devoirs, il s'en trouvera d'autres pour pousser à outrance le programme de toute vie : lumière, raison, vérité.

La trace d'Israël, cependant, sera éternelle. Israël a le premier donné une forme au cri du peuple, à la plainte du pauvre, à la réclamation

obstinée de ceux qui ont soif de justice \ Israël a tant aimé la justice que, ne trouvant pas le monde juste, il le condamne à finir. Comme les anarchistes de nos jours, à ceux qui lui disent : « Le monde, tel qu'il est fait, a des injustices nécessaires », il répond : « Eh bien, il est mal fait ; il faut le briser. » Israël comble ainsi une lacune de la civilisation grecque, où l'esclave est si déplorablement abandonné de Dieu. La Grèce n'a pas de livre d'Hénoch, de diatribe furibonde contre le monde tel qu'il est et tel qu'il est obligé d'être. Le judaïsme et le christianisme représentent dans l'antiquité ce qu'est le socialisme dans les temps modernes. Le socialisme ne l'emportera pas définitivement; la liberté, avec ses conséquences, restera la loi du monde; mais la liberté de chacun s'achètera par de fortes concessions faites aux dépens de tous; les questions sociales ne seront plus supprimées ; elles prendront de plus en plus le pas sur les questions politiques et nationales.

Israël ne sera vaincu que si la force militaire s'empare encore une fois du monde, y fonde de nouveau le servage, le travail forcé, la féodalité. Cela

Page 1