‹ Historie du peuple d'Israël (volume 3)Chapitre 241 sur 243 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

FIXITO LIBPiO, SIT LAUS ET GLORIA GHRISTO.

Nous arrêtons ici notre récit. La suite des événements de l'histoire des Juifs a été racontée jusqu'aux temps de Marc-Aurèle, dans les sept volumes de notre Histoire des Origines du Christianisme. L'histoire du judaïsme, en effet, est tellement inséparable de celle du christianisme, durant les deux premiers siècles de notre ère, que l'on ne peut raconter l'une sans raconter l'autre.

Le christianisme est l'aboutissant, et, pour parler d'une manière un peu anthropomorphique, le but, la cause finale du judaïsme. Le chrislianisme une fois produit, le judaïsme se continue encore, mais comme un tronc desséché, à côté de la seule branche féconde. Désormais la vie est

sortie de lui. Son histoire, quoique très intéressante encore, n'a plus qu'une importance secondaire, au point de vue général.

Il n'y a dans cette assertion rien qui puisse contrister l'âme israélite la plus convaincue. C'est par le christianisme que le judaïsme a vraiment conquis le monde. Le christianisme est le chefd'œuvre du judaïsme, sa gloire, le résumé de son évolution. Par le christianisme, les deux éléments qui étaient dans le judaïsme achèvent leur lutte séculaire. Les prophètes, vaincus par la ïhora, depuis le retour de la captivité, l'emportent définitivement ; les pharisiens sont battus par les messianistes ; la halaka est vaincue par Vuijada et les rêves apocalyptiques. Jésus, le dernier des prophètes, met le sceau à l'œuvre d'Israël. Les rêves d'avenir, le royaume de Dieu, les espérances sans fin vont naître sous les pas de cet enchanteur divin et devenir pour des siècles la nourriture de l'humanité.

Ce mouvement de la naissance du christianisme, humble à l'origine, puis d'importance colossale, se groupe autour du nom de Jésus. J'ai essayé, autant qu'il est possible, de percer le triple rideau qui nous dérobe cette figure, réelle d'abord, mais devenue ensuite entièrement fabuleuse. Jésus

a existé*. C'était un Juif'. La texture mythique a recouvert tout le reste. Si, à l'exemple des évangélistes, nous avons adopté un système de narration qui a sa part de vérité, c'est en ajoutant sans cesse en marge : Equidem plura transcribo quam credo. On ne pourra jamais réduire au silence celui qui soutiendra que, sous l'énergie transformante de l'imagination populaire, la plus laide chenille peut devenir le plus beau papillon. Mais il est bien plus probable que la légende évangélique n'est pas fausse tout à fait. Après de constantes réflexions, je persiste à croire que Jésus, comme physionomie

1. La preuve en est dans les épilres indubitables de saint Paul, surtout dans l'épître aux Galates. Les Évangiles, tout en renfermant du vrai, ne sont pas des livres historiques. Les témoignages juifs et païens sont modernes et douteux. Mais Paul se rattacha à l'Église de Jésus deux ou trois ans après la mort de Jésus et quand la période des apparitions n'était pas encore finie. Or Paul croyait certainement que Jésus avait existé. On pourrait faire une petite Vie de Jésus avec les épitres aux Romains, aux Corinthiens, aux Galates et avec l'épître aux Hébreux, qui n'est pas de saint Paul, mais est très ancienne. Quelques passages de Paul, surtout ce qui concerne la Gène» s'accordent parfaitement avec les Evangiles.

2. Il faut l'étourderie des gens du monde pour que des doutes aient pu être élevés sur ce point. La première fête de l'année chrétienne, c'est la Circoncision. Idée étrange, vraiment, d'un Dieu venant faire un voyage sur la terre et débutant par se faire juif, s'il ne l'était pas!

générale, fut tel que les Évangiles synoptiques nous le représentent. Ses discours étaient, à peu de choses près, les discours conservés dans l'Évangile dit de saint Matthieu ; sa Passion fut, comme lignes générales, ce que nous disent tous les textes ; le Pater j le récit eucharistique nous le font voir presque en des photographies instantanées. Même les illusions qui amenèrent la croyance à la résurrection se laissent assez facilement entrevoir, et les hallucinations qui causèrent la conversion de saint Paul sont des faits concevables. S'il nous était donné de voir se passer sous nos yeux cette éclosion prodigieuse, sur une foule de points nous aurions des déceptions ; sur beaucoup d'autres, nous reconnaîtrions la vérité des fables dont nous fûmes bercés et des imaginations que les textes reçus nous avaient suggérées.

Une thèse fondamentale, du moins, en laquelle je me confirme de plus en plus, est que non seulement Jésus a existé, mais qu'il a été grand et beau, d'une grandeur, d'une beauté aussi cachées que l'on voudra, dans un centre aussi petit que Ton voudra, réelles cependant, mille fois plus réelles que les fades grandeurs, que les pâles beautés de la terre. Une personnalité importante en son petit cercle est un postulat absolument nécessaire de

l'histoire évangélique. Pour avoir été aimé à ce point, il a fallu être divinement aimable. La résurrection, surtout, est ici un argument capital. Sur de vagues indices, le troisième jour après sa mort, les femmes de la suite de Jésus, en particulier Marie de Magdala, s'imaginèrent que Jésus était ressuscité et reparti pour la Galilée. Ce fut là sûrement le miracle suprême de l'amour*. Il fut plus fort que la mort, il rendit la vie à l'objet aimé. Une ombre pâle comme un mythe, un être vulgaire n'eût pas opéré ce miracle. Faire porter tout le fardeau d'amour des origines chrétiennes sur un pédoncule trop faible pour le soutenir serait contraire à la statique de l'histoire. Jésus a été charmant; seulement, son charme ne fut connu que d'une douzaine de personnes. Celles-ci raffolèrent de lui à ce point que leur amour a été contagieux et s'est imposé au monde. Le monde a adoré celui qu'elles ont tant aimé.

Nous croyons donc la part de la réalité historique assez considérable dans les Évangiles. Mais cette part serait-elle presque nulle, la grande réalité subsiste. Cette réalité, c'est la fondation du christianisme. Les faits de détail sont douteux;

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