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devient le lendemain un homme bien élevé; du moins on éprouve le besoin de vivre avec des gens bien élevés.
Un incident* décida le changement d'attitude (lui s'imposait à Jean Hyican, et le jeta du parti pharisien, qui était en quelque sorte son milieu naturel, dans les bras du groupe sadducéen. Le principat de Jean Ilyrcan le mettait encore si peu hors de page que l'on était jaloux de lui ; on ne jalouse que ses égaux. Son luxe, sa haute mine faisaient murmurer les vieux républicains; les pharisiens ne l'aimaient plus. Jean Hyrcan avait été un de leurs adhérents les plus dévoués et de leurs élèves les plus dociles; mais la fortune du disciple tourna ses maîtres contre lui. Beaucoup pensaient qu'il fallait séparer le spirituel du temporel; on voulait bien de Jean Hyrcan comme chef militaire; mais on ne le trouvait pas assez noble pour le pontificat; on allait jusqu'à dire qu'il devait donner sa démission du pontificat, dignité trop relevée pour lui, et ne garder que le principat laïque.
Un grand nombre de docteurs ultra-légitimistes pensaient d'ailleurs que les Asmonéens ne pou-
1. Jos., Ant., XIII, VIII, 5-(i. Conip. Derenbourg, Pal., p. 80,
note.
vaient être grands-prêtres, n'étant pas de la famille sadokite, que leur sacerdoce était nul et sans valeur légale*. Dans un dîner magnifique que Hyrcan donna aux pharisiens, un grossier personnage nommé Éléazar, le lui dit en face de la manière la plus insolente, et appuya son opinion sur ce fait que sa mère avait été une prisonnière de guerre, allégation fausse, à ce qu'il paraît, en tout cas bien déplacée. Les pharisiens furent indignés, comme tout le monde, de l'impertinence d'Éléazar; mais quand on leur demanda quelle peine il fallait appliquer à ce manant, on ne put obtenir d'eux de prononcer la peine de mort. Jean Hyrcan fut très blessé. Les sadducéens, envenimant la chose, prétendirent que ce qu'avait dit Éléazar, tous les pharisiens le pensaient. Ce fait et sans doute bien d'autres froissements du môme genre, venant do ce que les vieux héros du temps de ses oncles n'oubliaient pas facilement une époque où tous les enrôlés volontaires étaient égaux et avaient leur franc-parler, poussèrent Jean Hyrcan dans la coterie des sadducéens. Conformément aux conseils de ces derniers, il réagit contre toute
1, ll/inocli; Assomption (!« Moïse (Lucius); Ps. Sal., Viii, Il2; I.t'|ilogenoso (Lucius), p. lO'.J et suiv. Servi de sercis iiati (Ass. ili; Moïse).
la discipline nouvelle que les pharisiens prétendaient imposer comme résultant de la Loi. Il sévit même contre quelques-uns des observateurs de ces innovations. Cela déplut fort au peuple, qui regardait les pharisiens comme ses chefs et ses modèles. Il y eut des séditions, qu'on fut obligé de réprimer*, sans doute avec les corps mercenaires. Jean Hyrcan mourut impopulaire; ses fils, qui l'imitèrent dans son adhésion au sadducéisme, participèrent à la même défaveur. Le principat fondé par l'héroïsme du peuple tournait déjà à l'aristocratie. Malkouth, la royauté, la cour arrivèrent à désigner un monde h part, un monde profane, où beaucoup de choses défendues ailleurs étaient permises ^
Il faut dire aussi que le pharisaïsme était trop étroit pour permettre une sérieuse action du pouvoir, et que la fatalité poussait les descendants d'une famille toute sacerdotale à devenir des souverains laïques et mondains. Impossible de faire la moindre politique suivie avec ces pauvres hasidim qui ne voyaient le monde qu'à travers leurs préjugés et leurs haines.
Pour la masse, la vertu devenait de plus en plus