‹ Historie du peuple d'Israël (volume 3)Chapitre 62 sur 243 · LES DOUX POSSEDERONT LA. TERRE · texte numérisé non relu

LES DOUX POSSEDERONT LA. TERRE

La sibylle de 140 prenait ainsi congé de son lecteur :

Voilà ce que je te prédis après avoir ^ dans mon délire^ quitté les longs murs de Bahylone en Assyrie, annoncé aux hommes le feu destiné à la Grèce et les châtiments de Dieu, prophétisé aux mortels les énigmes divines. Les hommes diront faussement que je suis originaire d'une autre patrie, d' Erythrée en Grèce; ils diront que je suis la Sibylle, fUle de Circé et de Glaucus^; ils ni appelleront folle, mensongère. Mais, quand tout sera accompli, alors vous vous souviendrez de moiy et nul ne m'appellera plus

1. rvwaTtîo esl sûrement pour TXaûxoio. Virg. Mneid., VI, 30. Cf. Lacluace, InH. dk., I, vi.

AUTONOMIE JUIVE. tOl

jolie; on ni appellera la grande prophétesse de Dieu.

Voilà sûrement des arguments critiques bien faibles, et si quelque Hellène s'y laissa prendre, ce ne put être qu'un homme d'éducation inférieure. Mais le vrai argument du judaïsme, c'était la vie juive. Heureux, gais, honnêtes, acceptant leur infériorité, les Juifs paraissaient de vrais sages, des espèces de philosophes à leur manière. Ils tranchaient sur l'immoralité grecque et sur la bassesse égyptienne. Leurs mœurs étaient pures'; leur physionomie, comme celle des premiers chrétiens, douce et reposée. Je me figure que parmi ces nombreux portraits égyptiens, de l'époque ptolémaïque et romaine, qu'on a trouvés de nos jours % sont des portraits de Juifs et de Syriens. Ils ont quelque chose de tendre, de faible, d'aimable. En les voyant, on conçoit la vérité du mot qu'on prête à Jésus : « Les doux posséderont la terre. »

Certes, on peut dire aussi les naïfs. Quoi de plus

1 . La pcdéraslic, vice si répandu en Orient, leur était inconnue. Aucune loi juive n'y fait allusion. Saint Paul y voit le vice propre des Grecs; Rom., I, 27; Carm. sib., III, 185-186.

2. Collection Graf, trouvée à Rubayat, dans le Fayoum. Un de ces portraits sur bois parait porter au revers des caractères araméens. Plusieurs sont eunuques, rcconnaissables au ruban à l'oreille.

enfantin que l'idée de l'auteur, que la justice serait beaucoup plus grande dans le monde si la justice était administrée par Dieu lui-même, c'est-à-dire par des prophètes ou des prêtres M S'il eût vécu à Jérusalem, il aurait reconnu que le pouvoir exercé au nom d'une religion est plus dur que celui qui vient de n'importe quel pouvoir profane, que les Romains, comparés aux Asmonéens, auraient dû être considérés comme des libérateurs. La théocratie ne veut pas voir qu'en définitive les choses humaines seront toujours gérées perdes hommes, plus ou moins éclairés, et que l'organisation théocratique n'est pas celle qui fait arriver au pouvoir les plus sages. Les juges émanant d'un pouvoir théocratique auront les mêmes défauts que les juges émanant du pouvoir civil. Ce n'est pas la peine de changer. Ce qui serait désirable, ce serait de rendre la masse des hommes plus morale et plus éclairée.

Les oracles sibyllins des Juifs d'Alexandrie n'atteignirent pas leur but le plus prochain : ils furent peu lus par la population hellénique. Mais la graine semée trouve toujours le coin de terre où elle germe. Cent ans après, les mêmes idées revê-

taient à Rome une forme exquise sous la plume du plus délicat des poètes*.

Le dernier âge chanté par les poèmes cuméens est venu; la grande série des siècles nouveaux commence. Voici que revient la Vierge, que reviennent les jours de Saturne; une nouvelle humanité descend du haut du ciel... C'est la fin de l'âge de fer, le lever pour le monde entier de l'âge d'or... Toutes les traces du crime inné, les terreurs qui nous assiégeaient disparaîtront... La terre produira pèle-mèle le lierre et le baccaire, la colocase et l'acanthe ; la chèvre reviendra à la ferme les mamelles gorgées de lait; le troupeau ne craindra plus l'attaque des lions... Mort au serpent! mort à l'herhe trompeuse qui empoisonne! Pamome assyrien poussera sans culture... Partout la plaine jaunissant sous l'épi qui ondule, la grappe rougissante suspendue aux pampres de la vigne sauvage, le chêne dur comme le fer suant un miel exquis... On verra le marin dire adieu à la mer; le pin qui se dresse sur le navire renoncera aux trafics ; chaque sol produira toute chose. La terre n'endurera plus la herse; la vigne ne subira plus le tranchant de la serpe ; le laboureur détellera le joug du cou des taureaux. La laine, pour présenter les plus belles couleurs, n'aura plus besoin d'un mensonge; dans les prés, le bélier changera sa toison naturelle contre une toison de pourpre et de safran; l'agneau se revêtira en paissant d'une robe d'incarnat. < Filez, filez de tels siècles >, ont dit à leurs fuseaux les Parques, d'accord avec la divinité immuable du Destin... Voyez comme tout tressaille de joie, au sentiment du siècle à venir.

Impossible, selon nous, de méconnaître la ressemblance. Virgile, si au courant de la littérature alexandrine, a très probablement connu notre

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