‹ Historie du peuple d'Israël (volume 3)Chapitre 91 sur 243 · Ch. IV, 1) cl suiv · texte numérisé non relu

Ch. IV, 1) cl suiv

1 Ch. IX, IMG.

Quelle est donc la vraie sagesse pratique? Jouir doucement de la fortune qu'on a acquise par son travail; vivre heureux avec la femme qu'on a aimée jeune; éviter les excès de toute sorte; ne pas être trop sage ni s'imaginer qu'en s'exténuant d'efforts on triomphera de la destinée; ne pas non plus s'abandonner à la folie, car elle est presque toujours punie; ne pas être trop riche (la grande richesse ne donne que souci); ne pas être pauvre, car le pauvre est méprisé ; accepter les préjugés du monde tels qu'ils existent, sans les combattre et sans chercher à les réformer; en tout, pratiquer une philosophie modérée et de juste milieu, sans zèle, sans mysticisme. Un galant homme, exempt de préjugés, bon et généreux au fond, mais découragé par la bassesse du temps et les tristes conditions de la vie humaine, voilà notre auteur. Il serait héros volontiers; mais, vraiment. Dieu récompense si peu l'héroïsme, que l'on se demande si ce n'est pas aller contre ses intentions que de prendre les choses par ce biais.

Une telle doctrine, chez un Grec et chez nous, passerait pour l'impiété même et serait intimement associée à la négation de la Divinité. Il n'en est rien chez notre auteur. Cette doctrine est celle d'un Juif conséquent, non atteint par les exaltations

qui s'étaient produites depuis le soulèvement asmonéen. L'auteur est loin d'être un des insensés qui disent : « Dieu n'est pas. » On peut le trouver sceptique, matérialiste, fataliste, pessimiste surtout; ce que sûrement il n'est pas, c'est athée. Nier Dieu, pour lui, ce serait nier le monde, ce serait la folie même. S'il pèche, c'est parce qu'il fait Dieu trop grand et l'homme trop petit. Dieu a créé le monde pour montrer sa puissance; il crée perpétuellement toute vie; les fins qu'il s'est proposées dans la création de l'univers et de l'homme sont impénétrables. Mais comment ne pas s'incliner devant un être si puissant? S'il donne la vie à l'homme, il la lui ôte aussi. Il punit quelquefois, et il est des mauvaises actions dont la simple prudence ordonne de s'abstenir. La punition d'ailleurs, en certains cas, est une sorte de loi naturelle. Les plaisirs de la jeunesse, par exemple, on les expie plus tard par des infirmités; ce qui n'est pas cependant une raison pour se les interdire tout à fait*. Dieu juge l'homme, mais d'après des principes peu saisissables. Dans la plupart des cas, il est impossible de discerner son action et de voir sa main. En somme, Dieu s'intéresse peu à l'homme, puis-

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