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servantes, l'élite de votre jeunesse et vos ânes, pour les appliquer à ses besognes. Il dimera vos troupeaux, et vous serez vous-mêmes ses esclaves. Je dois vous prévenir, ajoutait Samuel, que, le jour 011, mécontents du roi que vous vous seriez choisi, vous élèveriez vos cris vers lahvé, lahvé ne vous écouterait pas ^ ».
On commençait à trouver que Samuel avait eu raison. A Jérusalem, tout se bornait à des murmures. Les turbulents chefs de bandes du temps de David, les Abner, les Joab, avaient disparu. La monarchie absolue avait affaibli les caractères; personne n'osait lever l'étendard de la rébellion. Mais le travail matériel n'avait pas encore eu ses effets abrutissants; l'esprit de fierté et d'indépendance vivait dans les tribus du Nord. Parmi les ouvriers qui travaillaient à la construction du millo et du mur de Jérusalem, Salomon remarqua un vigoureux Éphraïmite, fils d'une veuve de Séréda, ({ui s'appelait Jéroboam fils de Nebat. Frappé de l'air de résolution avec lequel ce jeune homme faisait sa tâche, il le mit à la tête des travailleurs de Joseph (c'est-à-dire d'Éphraïm et deManassé). Il ne se doutait pas que, ce jour-là, il donnait un
i. I Sam., viir.
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chef à la révolte K Les Josépliiles ne se voyaient qu'avec rage assujettis à de durs travaux, qui ne servaient qu'à la plus grande gloire de Juda et d'un roi qui leur était étranger. Jéroboam attisa le feu qui couvait, et partit pour le Nord. A Silo, il se mit en rapport avec le prophète Ahiah, qui faisait la guerre la plus déclarée à Salomon. On raconta plus tard que, le prophète l'ayant rencontré sur la route, ils se trouvèrent tous deux seuls dans la campagne, qu'alors Ahiah prit le manteau neuf qu'il portait, le partagea en douze pièces et dit à Jéroboam : « Prends-en dix pour toi, » voulant signifier par là que Juda seul et Benjamin resteraient attachés au roi de Jérusalem.
La révolte n'était pas mûre encore. Jéroboam ne réussit pas à opérer un soulèvement effectif. Salomon essaya de le faire tuer ; Jéroboam réussit à se sauver en Egypte et trouva un asile auprès du roi Sésong. Mais les prophètes commençaient à parler haut. Ahiah de Silo n'était sans doute pas le seul à battre des mains sur la prochaine ruine de toutes ces splendeurs et à prédire que les tribus rurales auraient bientôt leur revanche.
La force d'Israël, en effet, la base même de sa
1. I Rois, XI, 2(3 et suiv. L'arrangement anecdotique est trop sensible dans ce récit pour qu'on l'adopte à la lettre.
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conviction morale, étaient profondément atteintes. Cet éclat extérieur n'était obtenu que par des entassements d'iniquités, La noblesse antique, la fierté de l'bomme libre étaient perdues. Tous étaient serfs. Il y avait des riches ; mais il y avait aussi des pauvres. La lutte éternelle allait s'ouvrir; c'en était fait de l'ancienne fraternité patriarcale. Et quel était le profit net de la révolution accomplie? Que Jérusalem voyait d'assez brillantes parades; que des milliers d'hommes gémissaient dans les carrières de Juda, dans les forêts du Liban, au fond des galères de la mer d'Oman, pour procurer à quelques satisfaits des habitations commodes et approvisionner les bazars de Jérusalem de joujoux de harem. C'était trop peu vraiment. Ce n'est pas Salomon qui a écrit : Vanitas vanitatum; mais vanitas vanitatum est bien le résumé de son règne. Nul plus que lui n'a contribué à la démonstration de cette grande vérité, que tout ce qui ne contribue pas au progrès du bien et du vrai n'est que bulle de savon et bois pourri.
C'est au milieu de ces graves symptômes de dissolution que Salomon mourut, après avoir régnée comme son père, environ quarante ans. Il fut enterré à côté de David, dans les grottes royales situées au pied des rochers de la Ville de David.
J72 HISTOIRE DU PEUPLE D'ISRAËL. [955 av. J.-C]
Si la destinée d'Israël eût été la richesse, le commerce, l'industrie, la vie profane en un mot, Salomon eût été un fondateur; il donna, en effet, une assez brillante vie matérielle à une petite nation qui n'avait pas eu d'existence mondaine avant lui. Mais c'est toujours un rôle ingrat pour un souverain d'avoir travaillé au rebours de l'histoire. L'œuvre de Salomon fut viagère. Il n'en resta presque rien après lui. De tribus encore patriarcales, il avait voulu tirer sans transition une culture à la manière de Sidon et de Tyr. Dans l'état de civilisation d'alors, et surtout avec les dispositions morales du peuple israéiite, cet étalage de luxe et de caprice excita une terrible réaction. La mémoire de Salomon resta odieuse dans les tribus. Son harem fut l'objet d'amères railleries, et, dans les dialogues d'amour qu'on récitait ou chantait en certaines occasions, le sujet était toujours le même. Une jeune fille des tribus du Nord, renfermée de force dans le harem de Salomon, restait fière, obstinée, et, malgré toutes les séductions du sérail, gardait sa fidélité à son amant, à son village, à ses souvenirs de vie champêtre. Dans ces scènes improvisées, on n'avait pas assez d'enthousiasme pour la bergère; on n'épargnait pas la honte au vieux débauché. D'ordinaire, l'héroïne
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s'appelait Sullamith, et ou a pu voir en ce nom une allusion à Abisag la Sunamite, qui joua un rôle si touchant dans les derniers jours de David et à Tavènement de Salomon^ Ce qui n'est pas douteux, c'est que le petit poème, écrit bien plus tard, qu'on désigne par le nom de Cantique des cantiques^ renferme l'expression des sentiments malveillants du vrai Israël, resté simple de mœurs, envers un règne dont il avait payé les dépenses et dont il avait peu profité.
Le règne de Salomon doit être considéré comme une erreur dans l'ensemble de l'histoire d'Israël. La fin de cette opération mal concertée fut une terrible banqueroute. Mais, en politique, il n'y a pas d'action perdue. Tout ce qui est grand rapporte tôt ou tard son bénéfice. Même les grandes fautes deviennent avec le temps de grandes fortunes ; on en peut tirer gloire et profit. Louis XIV, la Révolution et Napoléon 1"", qui ont perdu la France, comptent entre les capitaux les plus assurés de la France. L'homme, pour se consoler de sa destinée le plus souvent terne, a besoin d'imaginer, dans le passé des âges brillants, sortes de feux d'artifice qui n'ont pas duré, mais ont eu de charmants reflets.