Voy. ci-dessus, p
:2. Certaines déclamations des prophètes ne sont que des transformations de l'ancien sir. Ainsi le chant de Jonas fils d'Amittaï contre Moab (Isaïe, xiv, xv) est bien encore un vieux cantique. Il en est de même du Psaume de Habacuc ; mais c'est là une imitation de modèles antérieurs.
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morte. Certes, il n'est pas impossible que, dès l'époque de Salomoii,il existât un divcui lyrique; mais ce n'est pas là le recueil dont des parties considérables nous ont été conservées \ tandis que les recueils paraboliques de Salomon paraissent bien avoir été le noyau des compilations qu'on mit plus tard sous son nom.
N'existait-il pas aussi, dès le temps de David ou de Salomon, un commencement d'Histoire sainte? Le canevas de Hexateuque n'était-il pas déjà tracé par écrit? Le vieux fond d'idées babyloniennes, que le peuple portait comme le fond le plus ancien de son bagage traditionnel, n'était-il pas en partie fixé par l'écriture? Gela nous semble peu probable, quoiqu'on ne le puisse dire impossible. L'espèce de carte de géographie du chapitre x de la Genèse paraît se rapporter au temps de Salomon. Le chapitre xiv de la Genèse tranche si fortement sur la prose environnante qu'il faut le supposer antérieur aux plus anciennes rédactions de l'Histoire sainte. U Hexateuque le plus ancien, celui qu'on appelle « jéhoviste », est déjà d'un ton piétiste qui dépasse fort les sentiments religieux du temps de David et surtout de Salomon. Le livre des
i.Voy. ci-après, p. 223 et suiv.
ISO HISTOIRE DU PEUPLE D'ISuAËL. [955 av. J.-C.|
Guerres de lahvé ou le lasar y est cité. L'Histoire sainte nous apparaît donc tout entière comme une oeuvre pieuse, parallèle aux écrits des prophètes, appartenant h Tépoque exclusivement religieuse d'Israël, tandis que la littérature du temps de Salomon semble avoir eu un caractère profaner. Un retour vers le passé patriarcal n'était pas dans Tesprit de ce temps. Des prophètes, qui vivaient de ces souvenirs, étaient réduits à un rôle secondaire. La Bible n'était pas commencée: il n'y avait pas encore de livres saints ; mais les livres saints de l'avenir engloberont de nombreuses paillettes dues aux sofer et aux mazliir de ce temps. Si la réputation littéraire de Salomon a été fort usurpée, l'importance de son temps dans l'histoire des lettres hébraïques ne saurait être niée.
Moins fécondes, en un sens, furent les tentatives de Salomon du côté du commerce et de la navigation. De telles ambitions constituaient pour Israël un vrai porte-à-faux. Le pays produisait peu, et consommait à peu près ses produits. Il n'avait ni industrie ni métaux. Ses blés et ses huiles n'avaient de valeur qu'à Tyr. La race, d'ailleurs, n'avait alors aucune aptitude aux besognes lucratives. L'immense majorité voulait, par principe rehgieux, rester dans l'ancienne vie, peu favorable au déve-
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loppement de la richesse, mais faite pour assurer le bonheur de l'homme libre. Nous verrons les tentatives de la navigation de la mer Rouge renouvelées plus tard en Juda par Josaphat. Les habitudes de faste et de vie tyrienne seront reprises, en Israël, par la maison d'Achab. Mais tout ira se briser contre les instincts profonds du peuple de lahvé. Ce peuple a une mission; jusqu'à ce qu'elle soit remplie, rien ne saurait le distraire. Après cela, il pourra lui arriver de se livrer à des exercices tout opposés.
Ce qu'il y a de singulier, en effet, c'est que ce Salomon, si peu en accord avec l'âme d'Israël dans les temps antiques, s'est trouvé, au contraire, la complète personnification de l'esprit juif, tel que les siècles modernes l'ont connu. Quand Isra'"l aura terminé ou à peu près le cycle de sa période religieuse, quand le parti épicurien et jouisseur, qui a toujours existé en ce peuple à côté du parti exalté pour la justice et le bonheur de l'humanité, retrouvera la parole, Salomon sera vengé des injures vomies contre lui par les prophètes et les piétistes. L'auteur de l'Ecclésiaste prêtera au vieux roi des tirades éloquentes, que celui-ci n'eut pas désavouées, pour exprimer le vide absolu de la vie, quand on la prend uniquement par le côté
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personnel. Le sadducéen est juif aussi bien que le disciple exailé des prophètes. Or, au point de vue des sadducéens, qui est devenu celui de la plupart des juifs éclairés des temps modernes, c'est Salomon qui eut raison; ce sont les prophètes qui perdh^nt la nation. Le sort des grands hommes est de passer tour à tour pour des fous et pour des sages. La gloire est d'être un de ceux que choisit successivement l'humanité pour les aimer et les haïr.