Gen., xxvii, xxx
de la Genèse nous fait assister à l'acte créateur. Nous voyons le bouton de la fleur en train de se nouer; nous comptons les plis qui s'y superposent, les significations multiples qui s'y pressent, selon l'essence du mythe, qui est de dire trois ou quatre choses à la fois. Le résultat est grandiose, poétique, aimable. C'est une mer sans bords, où l'on se plaît à naufrager.
L*homme rêve toute sa vie des têtes de jeunes filles qu'il a vues de quinze à dix-huit ans. Une race vit éternellement de ses souvenirs d'enfance, ou de ceux qu'une adoption séculaire lui a en quelque sorte inoculés. Le livre des patriarches eut sur l'imagination d'Israël une influence incalculable. Cet écrit primitif donna le ton à ceux qui suivirent, un ton qui n'est ni celui de l'histoire, ni celui du roman, ni celui du mythe, ni celui de l'anecdote, et auquel on ne peut trouver d'analogie que dans certains récits arabes antéislamiques. Le tour de la narration hébraïque, juste, fin, piquant, naïf, rappelant l'improvisation haletante d'un enfant qui veut dire à la fois tout ce qu'il a vu, était fixé pour toujours. On en retrouvera la magie jusque dans les agadas de décadence. Les Évangiles rendront à ce genre le charme conquérant qu'il a toujours eu sur la bonhomie aryenne, peu habituée à tant d'audace
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dans l'affirmation de fables. On croira la Bible, on croira l'Evangile, à cause d'une apparence de candeur enfantine, et d'après celte fausse idée que la vérité sort de la bouche des enfants : ce qui sort, en réalité, de la bouche de l'enfant, c'est le mensonge. La plus grande erreur de la justice est de croire au témoignage des enfants. 11 en est de même des témoins qui se font égorger. Ces témoins, si fort prisés par Pascal, sont justement ceux dont il faut se défier.