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CHAPITRE III

TRAVAIL LITTÉRAIRE DANS LE ROYAUME o'iSRAEL. RÉCITS HÉROÏQUES.

A côté de ridylle ou, si l'on veut, du roman patriarcal, il y avait la tradition héroïque, celle-ci bien plus près de l'histoire et qui n'était en quelque sorte que la continuation de la légende des pères. Caleb et Josué étaient à la tête de ce cycle nouveau, qui se rattachait ainsi directement à la délivrance censée accomplie par Moïse*. Ici, les données traditionnelles abondaient. Un élément capital venait épauler les traditions populaires et leur donnait une cohésion, une solidité, qui manquaient tout à fait pour Tâge patriarcal.

Nous avons, à diverses reprises, développé cette

J. L'influence du récit héroïque se sent dans les iXombres, à partir de l'exploration de Chanaan (ch. xiii). Josué, dans cet épisode, est désigné parle nom de Hoséa, qui paraît être la forme primitive.

1930 av. J.-C .] t E S I) K i: X l{ ( > V A U M E S . 2-23

idée fondamentale de la critique, qu'il n'y a pas d'histoire avant l'écriture. Ce qui existe souvent avec un grand éclat et un grand développement chez un peuple illettré, ce sont des chants populaires. Israël possédait un riche écrin de ces sortes de chants, remontant à deux ou trois siècles, et se rapportant le plus souvent h des faits historiques dont le souvenir direct s'était perdu. Parfois le chant populaire contenait des indications suffisantes pour reconstruire le récit du fait; parfois ces indications manquaient ou prêtaient au malentendu; alors c'était l'imagination des âges postérieurs qui y suppléait. Le Kilâb el-Aghâni des Arabes est le type de ces sortes de compilations, où des chants longtemps gardés par la tradition orale sont enchâssés dans un texte en prose, qui \q)> explique. Le principe, en pareil cas, est que la pièce en vers est antérieure à son préambule en prose, lequel n'en est (|ue le développement, le commentaire souvent erroné.

Les plus anciens chants nationaux d'Israël remontaient à l'origine même de la vie nationale, à ce moment où les Béni- Israël, émancipés de l'Egypte, essayaient de sortir du désert, et contournaient, du côté de l'Arnon, le pays de Moab. Le chant relatif à la source de Beër, le chant sur la prise d'Hésé-

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bon, se perdent, comme des étoiles du matin, dans les rayons d'un soleil levant historique. Les petits masal de Balaam s'y rattachaient de très près. Le chant sur la bataille de Gabaon^ ne nous est connu que par un vers, qui donna lieu à une interprétation singulière'-. Le beau cantique de Débora, au contraire, nous a été conservé à peu près dans son intégrité. Enfin l'élégie sur la mort de Jonathas et le début de l'élégie sur la mort d'Abner, sont cités avec un nom d'auteur; ils sont donnés comme de David.

Sur ces sept ou huit exemples, trois sont rapportés par citation expresse à deux livres, l'un intitulé : Sépher mllhamoth Iakvé, a le livre des guerres de lahvé^ », l'autre Sépher hay-î/asar, livre du lasar ou lasir^, titre dont le sens nous échappe tout à fait\ Ces deux livres, à n'en pas

i. Voy. t. !«', p. ^2i-2--2i3.

2. Pas aussi singulière cependant pour l'antiquité que pour nous. Dans les poèmes homériques, le soleil est arrêté pour des eUfantillages. Dans l'Odyssée XXIIÏ, v. 241, Athéné retient Eos dans l'Océan et ne lui permet pas d'atteler ses chevaux, pour prolonger la nuit d'L'lysse et de Pénélope. (^,omp. Iliade, II, v. 113; WIII, V. 239.

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