Nombres xxi et suiv. Voir tome I, p. 218, note
2. En général, quand les auteurs arabes avouent un emprunt, cet emprunt a plus d'étendue que leur quotation ne le suppose ; la citation s'applique à ce qui suit, pendant plusieurs pages.
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sodés étranges ou analogues aux légendes palriarcales, de lahvé voulant tuer Moïse, du hatan damim ou époux de sang, de Moïse chez Jéthro, de ses rapports avec le cohen madianite Raguêl et sa fille Sippora, sont peut-être aussi de la même provenance. Certains détails de ces vieux récits purent sembler obscurs à ceux qui les rédigèrent, et devinrent bientôt, pour la tradition, des énigmes tout à fait inexplicables.
Bien que le Sépher milhamoth lahvé et le lasar aient dû se perdre de bonne heure comme livres à part\ on peut dire cependant que les chapitres essentiels des deux livres nous ont été conservés. Le ton général do ces compositions nous est rendu surtout par le livre des Juges, et là est la cause du caractère particulier qui fait saillir si fortement ce livre dans l'ensemble du volume biblique. Ce n'est ni l'histoire ad narrandum, ni l'histoire adprobanditm; c'est l'histoire ad delectandum, comme le Kitâb el-Aghâni et la partie du Kltâh al-ikd relative aux Journées des Arabes. C'est l'histoire anecdotique d'un âge devenu légendaire, entremêlée
\. Osée (^x, 9; x, 9) rappelle des faits qui maintenant se trouvent dans le livre des Juges (catastrophe de Gibéa, lévite d'Ephraïm). Michée (i, 10) fait allusion à l'élégie sur la mort de Jonathas. 11 est difficile de dire s'ils avaient entre les mains l'ancien recueil ou les arrangements plus modernes.
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d'énigmes, de jeux de mots enfantins ^ telle qu'elle pouvait plaire à un âge naïf, dénué de culture rationnelle. C'est la vie héroïque, peinte en vue d'un siècle qui l'aime encore, par le récit d'une série d'aventures possibles seulement dans une vie brillante et libre. L'auteur voulait, avant tout, intéresser un peuple agricole et guerrier. Le tour de toutes ses anecdotes est militaire et idyllique. 11 aime les ruses de guerre, les exploits surprenants, les détails de la vie pastorale ou rustique. Jamais un trait gauche ou de faux goût; jamais un trait piétisle ou de religion réfléchie; toujours le caractère de la plus belle antiquité. La conscience humaine a, dans ces récits, la môme Hmpidité que dans la poésie épique des Grecs. L'homme n'a pas encore un moment fait retour sur luimême, ni trouvé qu'il avait droit de se plaindre de la vie ou des dieux.
Il est bien probable que, dans le livre hébreu primitif, les cantiques étaient plus nombreux que dans le texte actuel de la Bible. Les histoires de Gédéon, de Samson, surtout celle de Jephté, devaient avoir des parties en vers que le récit actuel a fait disparaître. Ce qui n'a pas changé, c'est le tour de l'a-
1. Les ti'cnle ânes de Jaïr; les petites notes, Juges xii, Set suiv.
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necdole, cette façon d'aiguiser un récit, de le rendre vif, parlant, saisissant. G*est ici le don spécial du narrateur biblique. L'hébreu n'a pas de rythme narratif. Le parallélisme, seul mécanisme poétique de l'hébreu, ne convient qu'au genre lyrique et parabolique. De là cette particularité que les compositions analogues de l'épopée chez les Sémites, tels que VAghdni, sont écrites non en un mètre continu, mais en une prose mêlée de vers. Le récit en prose tire son ornement du tour heureux de la phrase et surtout des détails, toujours arrangés de manière à mettre en vedette l'idée principale.
Ce talent de l'anecdote est aussi ce qui a fait le succès des conteurs arabes. C'est par là que le récit sémitique a lutté sans désavantage contre l'entraînement charmant de Yépos grec. Au moyen de sa métrique savante, Yépos grec atteint à une majesté que rien n'égale. Mais la narration sémitique a bien plus de piquant. Elle a l'avantage de n'avoir pas de texte arrêté. La donnée fondamentale seule était fixée ; la form.e était abandonnée au talent de l'improvisateur. Vépos aryen n'a jamais eu cette liberté. Son vers fut toujours d'une facture trop savante pour pouvoir être abandonné au caprice du rapsode. Le conteur sémitique, au contraire, Yantartyipar exemple, comme le cantislori de Naples et
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de Sicile, brode sur un cadre donné'. Gela est sensible, en particulier, dans Thisloire si épique de Sarason, histoire qui nous est parvenue en une dizaine de pages, tandis que, évidemment, chacun des épisodes frappants ou burlesques qui la composent, développés par les conteurs, remplissait des soirées et des nuits. En fait de récits hébreux, nous n'avons guère que des canevas, des titres, des indices d'épopées encapsulées. La matière sur laquelle on écrivait (bandes de cuir, planchettes, papyrus) n'admettait pas les longs et souvent charmants bavardages, qu'une littérature se permet quand la matière à écrire est devenue à bon marché. Comme la langue des paysans d'Israël était une merveille de justesse, de finesse et de force, il est résulté de ces fixés rapides un chef-d'œuvre sans égal.
Israël a donc eu son recueil épique comme la Grèce, dans ce livre primitif des chants et des gestes héroïques, dont certaines parties, reconnaissables encore dans les livres postérieurs, ont fait la fortune littéraire de la Bible. Répondant à un même idéal, la Bible et Homère ne se sont pas supplantés. Ils restent les deux pôles du monde poétique; les arts plastiques continueront indéfini-
I. Cliez les Grecs, la fable csopique resta ainsi à rétat de matière de vers, que chacun traitait à sa guise.
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ment d'y choisir leurs sujets; car le détail matériel, sans lequel il n'y a point d'art, y est toujours noble. Les héros de ces belles histoires sont des adolescents, sains et forts, peu superstitieux, passionnés, simples et grands. Avec les récits exquis de Tâge patriarcal, ces anecdotes du temps des juges ont fait le charme de la Bible. Les narrateurs des époques postérieures, les romanciers hébreux, même les narrateurs chrétiens, prendront tous leurs couleurs sur cette palette magique. Les deux grandes sources de la beauté inconsciente et impersonnelle ont été ainsi ouvertes à peu près en même temps chez les Aryens et chez les Sémites, vers 900 ans avant Jésus-Christ. Depuis, on en a vécu. L'histoire littéraire du monde est l'histoire d'un double courant qui descend des homérides à Virgile, des conteurs bibliques à Jésus ou, si l'on veut, aux évangélistes. Ces vieux contes des tribus patriarcales sont restés, à côté de l'épopée grecque, le grand enchantement des âges suivants, formés, pour l'esthétique, d'un limon moins pur.
C'est pour ne s'être pas bien rendu compte de l'importance de celte première étape littéraire d'Israël, que des critiques, plus habiles aux découvertes du microscope qu'aux larges vues d'horizon, n'ont
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pas eu d'yeux pour voir, en sa grosseur capitale, ce fait : que les plus anciens rédacteurs deTIIexateuque citent un écrit antérieur, savoir le livre du lasar ou des Guerres de lahvé, composé d'après d'anciens canliques. Nous trouvons les membres épars de ce livre dans les parties dites jéhovistes du livre des Nombres; nous le retrouvons dans Josité; selon nous, il fait le fond du livre des Juges, et il a fourni les plus beaux éléments des livres dits de Samuel, Le livre des Juges, en effet, et les livres dits de Samuel nous offrent à la surface la couche de terrain que, dans les plus anciennes parties de l'Hexateuque, nous ne rencontrons qu'en filon et en sous-sol. C'est ce qu'on aurait vu plus tôt, si, au lieu d'être cultivées par des théologiens, ces études eussent été entre les mains de savants habitués au grand air de l'épopée et des chants populaires. On eût reconnu alors qu'avant la rédaction des récits entièrement religieux de l'Histoire sainte, il y eut un épos national, contenant les chants et les récits héroïques des tribus. Ce Uvre s'arrêtait, selon toute apparence, à l'avènement de David *,à la fin de sa jeunesse aventureuse, quand les brigands de
i. Pour les faits postérieurs à cette époque, le lasar n'est plus cité, aucun chant popuhiire n'est plus allégué.
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Sicéleg sont tous casés et que les aventures des âges antérieurs font place à des soucis beaucoup plus pacifiques et à des calculs plus positifs.
Ce n'était pas un livre sacerdotal, c'était un livre national. Ces histoires furent héroïques et populaires, avant d'être sacrées. Le mot profane serait ici fort déplacé; car ce mot n'a de sens que par son opposition à ce qui est devenu religieux. La distinction des deux vies n'était pas faite; la religion pénétrait tout; comme personne ne la niait, elle n'avait pas à s'affirmer. Le piétisme israélite, œuvre des prophètes, n'était pas encore né. Certes lahvé remplissait déjà ces vieux récits; mais les dieux remplissent aussi VIliade et VOdyssée, sans que pour cela VIliade et VOdyssée soient des livres sacrés. Tout, dans Vépos hébreu, était arrangé pour la plus grande gloire de lahvé; mais le but n'était pas l'édification, ni la propagande, encore moins l'apologétique. On ne songeait nullement à créer des arguments pour des thèses de prédicateur. Ces premiers livres d'Israël étaient des œuvres laïques, comme on dirait aujourd'hui, où l'on ne se proposait qu'une seule chose, confier à l'écriture un trop plein de souvenirs intéressants au plus haut degré, dont la mémoire était surcharo^ée.
-i^icS HISTOIRE DU PEUPLE D ISRAËL. [030 nv. J.-C]
Nous exposerons, siècle par siècle, les transformations que subirent ces traditions légendaires et ces récits historiques, qui font encore aujourd'hui noire admiration et notre charme. Qu'il nous suffise pour le moment d'avoir établi que les souvenirs légendaires de l'âge patriarcal et les souvenirs héroïques de la conquête de Chanaan, du temps des juges et de la royauté naissante, se fixèrent, vers 900 ans avant Jésus-Christ, en deux écrits dont nous possédons encore des parties étendues. Ces deux écrits paraissent avoir été rédigés dans le Nord, probablement dans quelqu'une des villes antiques d'Éphraïm. L'un racontait l'histoire mythologique de l'humanité primitive, puis celle d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, de Joseph; nous le voyons percer en quelque sorte sous le texte actuel, souvent alangui, de la Genèse. L'autre était le lasar ou le livre des Guerres de lahvé, l'épopée de la nation, expressément citée dans l'IIexateuque et dans les livres dits de Samuel. Ces œuvres exquises et parfaites, à la manière des poèmes homériques de la Grèce, n'étaient point encore des livres religieux. Quoiqu'ils fussent l'éminente expression du génie d'Israël, ce n'étaient pas des livres tellement propres à ce peuple que les nations congénères, Moab, Édom, Ammon, n'en eussent de
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semblables. Ammon et Moab n*ont eu ni prophètes ni Thora; mais il y a peut-être eu un Sépher mil' hamoth Milkom, un Sépher milhamoth Kamos, Ammon et Moab ayant eu leurs souvenirs héroïques comme Israël, et ayant eu, comme Israël, Thabitude de rattacher ces souvenirs à leur dieu national. Comment ces récits idylliques et guerriers d'une petite nation syrienne sont-ils devenus le livre sacré de tous les peuples? C'est ce qui sera plus tard expliqué. Nous touchons ici au nœud même de l'histoire d'Israël, à ce qui constitue son rôle à part, à ce qui le range parmi les unica de l'histoire de l'humanité.