CHAPITRE IV
PREMIER ESSAI D UN lAHVEiSME MORAL A JERUSALEM SOUS ASA.
Asa monta sur le trône de David vers l'an 930 avant Jésus-Christ ^ Pendant vingt ans, son père Abiam et son grand-père Roboam avaient cherché à continuer, contre la force des choses, le règne de Salomon. Sur un territoire amoindri, ils avaient conservéun appareil de royauté auquel la Palestine entière avait eu peine à suffire. La petite cour de Sion, avec son harem exagéré, ses princes du sang richement apanages, son culte de parade, perdait toute importance réelle^ Jamais années, dans l'histoire
1. 1 Rois, XV, 9 et suiv. ; 11 Chron., xiii et suiv., historiographie fort chélive. Ici, comme toujours, les (Chroniques ne font pas autorité, mais ne sauraient être négligées tout à fait.
2. Jérusalem et Juda ne sont pas nommés dans l'inscription de Mésa.
[9?5 av. J.-C] LES DEUX ROYAUMES. 241
juive, ne furent aussi stériles que celles-ci. lahvé semblait endormi dans son temple, sur ses keroubs. Les cultes chananéens et autres jouissaient d'une entière liberté. Aucun prophète ne se levait pour gôurmander les rois et les peuples.
Le iahvéisme était de sa nature exclusif et intolérant. Le triomphe du Dieu jaloux, qui a lieu sous Josias (vers 6*22), est le dernier terme d'une réaction religieuse qui commence sous Asa. Fréquemment interrompue, reprenant ensuite avec un redoublement d'énergie, cette lutte de trois cents ans est un des plus beaux développements de logique fatale que présente l'histoire. Le ressort intime qui a fait la Grèce pour le gé;iie, celui qui a fait Rome pour Vimperium, n'eurent pas plus de force, plus d'originalité.
Par des motifs qu'il nous est impossible d'apprécier, vu l'extrême obscurité de l'histoire israélite au X' siècle avant Jésus-Christ, motifs qui tenaient sans doute à l'influence chaque jour croissante des « hommes de Dieu », Asa suivit en religion une ligne de conduite différente de celle de son père, de son grand-père et de son bisaïeul. Il régna quarante et un ans, et légua, comme nous verrons, ses principes à son fils Josaphat, qui régna vingtcinq ans. Getle politique religieuse, maintenue