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l'œuvre essenlielle d'Israël a été retardée, contrariée par eux.
Ce développement extraordinaire du prophétisme, qui est comme le tronc de l'histoire religieuse de l'humanité, eut lieu surtout dans le royaume de Samarie, sous cette dynastie d'Achab, qui, en cherchant à faire dévier Israël du côté de la civilisation profane, ne fit qu'exalter son idéalisme. L'absence de temple et de dynastie légitime donnait carte blanche à l'inspiration individuelle. A Jérusalem, le trône de David était environné d'un tel prestige, que la conscience religieuse de la nation en était éblouie; à peu près comme le souvenir de saint Louis, surtout depuis sa canonisation, donna à la maison de France une force extraordinaire contre le sacerdoce. Le rôle religieux de David grandissait chaque jour. Ses descendants pouvaient prendre contre les hommes de Dieu des mesures qui, en Israël, eussent été taxées d'impiété. On permet au roi légitime contre le clergé des répressions où échouent les républicains et les libéraux.
La dynastie de Samarie, n'ayant pas de caractère religieux, fut toujours minée par les envoyés de Dieu. On semblait revenir aux derniers temps des juges, avant que la royauté eût en partie accaparé.
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en partie éteint le don de l'inspiration libre. Les phénomènes caractéristiques du prophétisme qui perdit Saùl et que David fit taire, ces phénomènes, dis-je, reparaissaient avec plus de force que jamais. Les écoles de prophètes, sortes de collèges où le fanatisme s'exaltait par l'adjonction à quelques zélateurs sincères de foules grossières et passionnées, couvraient toute la région du Garmel de leurs essaims fougueux. C'est là un des vices endémiques des pays sémitiques ou sémitisés. Le grand obstacle à la civilisation française en Algérie est aujourd'hui celui même que rencontra la maison d'Âchab, ces Khoiian, si analogues aux écoles de prophètes, ces troupes de marabouts errants, demandant à la mendicité religieuse l'exemption de ce que ces pays abhorrent, le travail régulier. Il ne faut pas se dissimuler, en effet, que la paresse était un des facteurs essentiels de ce goût obstiné pour l'ancienne vie et de cette opposition aux mœurs tyriennes. On tenait h maintenir la sainteté d'un ordre social où l'homme était considéré comme ennobli par la faculté de ne rien faire.
En résumé, deux choses constituaient l'essence du prophétisme du Nord â cette époque reculée : d'abord, le goût décidé pour la vie patriarcale, l'antipathie pour la richesse et la civilisation; puis
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un iahvéisme ardent, une théocratie absolue, une proclamation frénétique de ce principe que l'homme n'a qu'un seul maître, qui est Dieu. Ces doctrines, nous le répétons, auraient pu difficilement se produire à Jérusalem, où le roi davidique tenait en respect les manifestations trop hardies de l'enthousiasme individuel. Tout était possible, au contraire, dans le Nord, qui n'avait pas de dynastie sainte. Des chefs militaires, faiseurs de coups d'État et de conspirations de palais, laissaient le champ libre aux hommes de Dieu. Sous Jéroboam P', qui était imbu d'une forle antipathie contre les idées de Salomon, et dont le pouvoir ne fut jamais une royauté bien dessinée, l'opposition des prophètes ne fut pas très sensible. 11 n'en fut plus de même depuis qu'Omri eût créé à Samarie le centre d'un pouvoir fort, organisé militairement. Achab et Izébel firent déborder la haine. Leur luxe, leurs habitudes païennes, leur hésitation entre Baal et lahvé, provoquèrent dans le royaume d'Israël un mouvement de réaction qui emporta la dynastie, et avec elle tout espoir de long avenir.