CHAPITRE Vil
KME ET ELISEE.
Ainsi que nous l'avons dit, Baal et Astarté avaient, comme lahvé, leurs prophètes. Les temples d'Egypte et de Phénicie voyaient serrées autour d'eux ces troupes de (jérim ou « voisins > du dieu, auxquels celui-ci, naturellement, réservait ce qu'il avait à dire. Ces faux dieux ne paraissent jamais avoir fait à leurs familiers aucune conlidence digne de mémoire. lahvé eut, sous ce rapport, une incontestable supériorité. Ceux qu'il honore de ses dictées n'ont rien du sacrificule. C'est loin des temples, dans le creux des vallées et les cavernes des montagnes, que le plus vrai, le plus juste, le plus démocratique des dieux de ce temps inspira des sentiments profonds, des soulèvements de cœur, des colères, qui ont compté parmi les pulsations vitales du cœur de l'humanité.
278 HISTOIPxE DU PEUPLE D'ISRAËL. [880 av. J.-C]
L'apparence extérieure des écoles de prophètes du temps d'Achab ressemblait fort à ce qu'on avait vu, deux cents ans auparavant, vers le temps de Samuel ; mais la portée du phénomène fut, cette fois, bien plus haute. Le nombre des prophètes d'Israël allait jusqu'à quatre cents^ .L'expression hitnahhé « faire le prophète y> devint de plus en plus synonyme d'un état de folie -. Le bon sens laïque affectait de confondre ces enthousiastes avec les aliénés^ , et, de fait, la différence était peu de chose. Des bandes d'énergumènes couraient le pays, peu différents de ces moines des environs d'Antioche qu'on vit, douze ou treize cents ans plus tard, piétiner (( comme des éléphants », le nord de la Syrie, pour détruire la civilisation gréco-romaine. Ces prophètes étaient avant tout des iahvéistes fougueux, acharnés contre le culte de Baal. Mais ce n'était pas seulement un mot qui les mettait en de telles rages. Leur véritable grief était l'intrusion de la civilisation tyrienne, qu'un gouvernement imprudent aspirait à établir, sans préparation suffisante, dans un pays resté obstinément rustique et pastoral.