‹ Historie du peuple d'IsraëlChapitre 195 sur 337 · II · texte numérisé non relu

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322 HISTOIRE DU PEUPLE D'ISRAËL. [855 av. J.-C.J

rent des femmes de la famille royale et surlout de Joséba, fille du roi Joram et sœur d'Ochozias. Athalie eût été un miracle en son temps si elle n'eût fait servir le crime à ses fins politiques. Les jeunes princes, grandissant, étaient une menace journalière pour ce pouvoir auquel elle ne pouvait plus renoncer. Elle l'exerçait en réalité depuis douze ans; elle avait de quarante a quarante-deux ans. Une abdication à cet âge eût été pour elle un supplice, et, vu les haines qu'elle avait amassées contre elle, un trop certain arrêt de mort. On parla d'assassinat de quelques-uns des jeunes princes; on prétendait qu'Athalie faisait successivement disparaître ceux qui approchaient de leur majorité. On se racontait avec horreur une grande scène de meurtre qui aurait eu lieu dans la « chambre des lits », sorte de nursery du palais. On arrivait parfois à se demander s'il restait encore des fils d'Ochozias. Les massacres de Jéhu avaient habitué l'imagination populaire à rêver partout des scènes analogues. L'opinion était inquiète et prête à accueillir tous les bruits mystérieux.

Or, un jour, Joséba, d'accord peut-être avec Joïada, le chef des prêtres qui demeuraient dans les appentis du temple, démasqua une intrigue savamment préparée. Elle annonça qu'elle avait sauvé de

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la mort un enfant nommé Joas, que son frère Ochozias avait eu d'une Bersabéenne nommée Gibia, et qu'elle Tavait caché dans les logements qui entouraient le temple. Joïada, le commandant des gardes ^ assembla les capitaines des Carim et des racim dans le temple, et, après les avoir engagés par les serments les plus terribles, il leur montra l'enfant qui représentait la race de David. Les capitaines le reconnurent. Joïada le militaire convint alors avec eux d'une habile manœuvre, qui devait les faire trouver massés au temple, en sortant du palais, sans exciter les soupçons d'Athalie. La garde descendante n'avait pas coutume d'emporter ses armes; on y suppléa au moyen des armes votives du temple. Au moment solennel, on dévoila la scène préparée. Le petit roi apparut au

1. Au verset i du chapitre xi, Joïada n'est pas prêlre ; il agit en commandant des gardes. Un prêtre n'eût pas eu le droit de convoquer l'armée et de donner des ordres, comme si Athalie n'eût pas eu de sar-saba. A partir du verset 9, Joïada est prêtre. On sent ici la duplicité de source. Dans un premier récit, Joïada était le chef des Carim; dans un autre récit, on trouva commode de le faire prêtre. Cette transformation était d'autant plus facile que, dans la suite de l'histoire de Joas, on trouvait un Joïada hac-cohen (xii, 8 et suiv., partie bien plus historique), lia prétendue ingratitude de Joas envers son sauveur disparaît ainsi. Il est remarquable que le nom de Joïada ne figure pas dans la liste des grands prêtres du livre des Chroniques (I Chron., v, 30 et suiv.). Le Joïada de Jérémie, xxix, 26, n'a rien à faire ici.

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peuple entre l'autel des sacrifices et le temple, la couronne en tête. On le proclama, on l'oignit, on battit dès mains; on cria ce Vive le roi! » et les trompettes sonnèrent ^

Athalie accourut au bruit en criant : « Trahison ! trahison! ^ Tout le monde s'écarta d'elle. On la frappa de Tépée, sous la porte du passage couvert par lequel on introduisait les chevaux dans le palais. On mena ensuite le petit roi au palais et on l'intronisa. La populace, toujours favorable aux coups d'État où on la convie à prendre part, témoigna beaucoup de joie.

i. Le récit de la conspiration qui renversa Athalie, tel qu'on le lit au chapitre xi du IP livre des Rois, est plein d'anachronismes. Il a sûrement été écrit ou du moins amené à sa forme actuelle après la captivité. Ce qui est dit de la Thora et du pacte (versets 1:2, 17) est sûrement postérieur au Deuléronome (Deul., xvii, 18 et suiv.). L'organisation du temple, avec un grand prêtre et un personnel nombreux, nous reporte aux temps du triomphe de Josué fils de Josadaq sur Zorobabel. Les réunions au temple et la cérémonie religieuse qui aurait eu lieu le jour du sabbat (v. 49) sont des prolepses évidentes. Les armes de David (v. 10) prêtent également à l'objection. Toute cette histoire, dans le livre des Rois, est combinée en vue de montrer la conservation miraculeuse de la maison de David par, les prêtres et par le temple. — Le livre des Chroniques donna au récit une couleur encore plus cléricale. On maria Joiada et Joséba, devenue Josabeth. Tout le coup d'État fut l'œuvre des lévites ; le temple fut conçu sur le modèle de ce qu'il devint à l'époque de la plus pure théocratie.

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Ainsi, à quelques années de distance, le iahvéisme remportait deux victoires décisives. A Jérusalem, la force du sentiment légitimiste rétablissait l'ancienne dynastie, devenue sainte. En Israël, le prophétisme renversait une dynastie qu'il jugeait lui être ennemie. Le sort en est jeté. Le parti profane de la civilisation et du progrès, déjà vaincu après la mort de Salomon, l'est de nouveau par l'anéantissement de la maison d'Achab. Un peuple ne joue jamais deux rôles à la fois. Dès 850 ou 860, il est écrit qu'Israël ne sera pas un peuple comme un autre. La royauté est vaincue. Ce peuple sera médiocre dans Tordre temporel; mais, dans l'ordre religieux, il sera sans pareil. L'avenir ici n'est pas aux rois sages, aux politiques sensés; il est aux visionnaires, aux utopistes, aux démocrates inspirés,, commandant les révolutions, faisant et défaisant les dynasties.

La haine, la barbarie souillent trop profondément ce terrible prophétismedu temps des Omrides, pour qu'on ne répugne pas, au premier abord, à placer parmi les précurseurs de Jésus des espèces d'enragés, que l'agadiste a cru relever en leur prêtant des actes abominables de vengeance et de cruauté. Dans la lutte de ces énergumènes avec la royauté, c'est en général la royauté qui a raison. Leurs con-

seils sont toujours les plus implacables et les moins pratiques. Pas de quartier pour l'ennemi ; pas d'alliance avec les goïm^; droit de la guerre poussé à ses conséquences les plus féroces. Tuer tout sans miséricorde, leur paraît l'idéal du guerrier de lahvé ^. Épargner le vaincu, obéir à un sentiment d'humanité est le dernier des crimes. En lisant ces hideuses histoires, on est souvent amené à se dire : a Heureusement, ce n'est pas vrai; » ces récits ont été rédigés tardivement par des frénétiques qui ont cru faire honneur à leurs ancêtres en leur prêtant des atrocités.

Un texte de législation idéale à peu près contemporain de l'école d'ÉIie, et peut-être provoqué par cette école, prononce le hérem, c'est-à-dire l'excommunication entraînant la peine de mort, contre l'Israélite qui sacrifie à un autre dieu que lahvé ^ Presque toutes les républiques antiques, fondées sur la famille et sur des sacra nationaux, eurent de ces anathèmes. Celui qui n'admettait pas le culte de la cité dont il faisait partie s'excluait par là

1. L*emploi de ce mot, qui veut dire « les nations », avec la nuance de c païens », remonte au prophétisme du ix" siècle.

2. 1 Rois, XX, 3543. Comparez, dans Thistoire de Saûl, l'épisode d'Agag, tiré des même sources.

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