‹ Historie du peuple d'IsraëlChapitre 198 sur 337 · n. J.-C] LES DEUX ROYAUMES. 33Ô · texte numérisé non relu

n. J.-C] LES DEUX ROYAUMES. 33Ô

attire ses frères en Egypte, où ils se trouvent, avec le temps, réduits à l'état de servitude. lahvé les délivre par le grand prophète Mosé, qui les mène au Sinaï. Là, lahvé leur apparaît dans la plus solennelle des théophanies, renouvelle son pacte avec eux et édicté les lois résultant de ce pacte. Mosé conduit le peuple jusqu'aux confins de la terre promise. Josué effectue la conquête de la terre et la partage entre les fils d'Israël, si bien que la propriété de tout bon IsraéHte a une origine théocratique, le partage des terres émanant de lahvé lui-même*.

Voilà ce qui se racontait, avec des variantes très considérables, soit en Israël, soit en Juda. Le premier crayon de tout cela était déjà dans les livres des Légendes patriarcales et des Guerres de lahvé ; mais ces livres étaient peu répandus et n'avaient pas éteint dans le peuple la fécondité légendaire. La tradition orale est essentiellement vacillante. L'arrangement des généalogies antédiluviennes n'était pas le même chez deux traditionnistes. Il y avait, au moins, deux Noé, l'un homme vertueux, l'autre qui plantait la vigne. Les aventures attribuées à Abraham étaient souvent mises sur le compte d'Isaac ou

i. Se rappeler l'épisode de Nabolh. I Rois, xxi.

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de Jacob, et réciproquement. L'histoire d'Ismaël se racontait de trois ou quatre manières. Les récits sur Moïse dillféraient du tout au tout. Les lois qu'on lui attribuait n'avaient rien de fixe. Il n'y avait d'à peu près uniforme que le récit du déluge. Le canevas de ce récit continuait d'être, trait pour trait, celui que les Hébreux primitifs avaient apporté de Mésopotamie et qu'on a retrouvé de nos jours sur les briques d'un des palais de Ninive K

On ignorera toujours les conditions dans lesquelles fut composée cette histoire sainte et nationale à la fois. La seule chose qu'on puisse affirmer est qu'elle fut rédigée de deux cotés, sans que les deux rédacteurs aient eu connaissance du travail l'un de l'autre; à peu près comme la masse des traditions de casuistique juive, douze cents ans plus

1. Les prophètes du commencement du viii*' siècle, dont nous possédons des écrits authentiques, connaissent la vocation d'Abraham, les mythes de Jacob (surtout Osée, xii, 5, 13-15), la captivité en Egypte, les plaies de l'Egypte, le passaj^e de la mer Rouge, (Osée, XII, 10; xiir, 4; Zach., x, 11), les itilldélités et les quarante ans du désert (Amos, ii, 10; v, 25-26), Moïse (Osée, xii, 1-i; Michée, vi, 4), Balaam (Michée, vi, 5), Baal-Peor (Osée, IX, 10), Sihon (Amos, ii, 9). Les allusions sont plus nombreuses encore dans Isaïe, iv, 5; xi, 15; xxix, 22, etc. Des traditions antérieures, les anciens prophètes connaissent le déluge, les fables sur l'origine de la mer Morte, (Amos, iv, 11 ; ix, 6; Osée, xi, S; cf. Job, XXVI, 5), Nemrod (Michée, v, 5).

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tard, se fixa dans les deux Talmuds, dits de Jérusalem et de Babylone. Beaucoup d'indices semblent faire croire qu'il y eut d'autres rédactions, lesquelles furent plus tard fondues avec les deux premières en un récit suivi. Il en fut de môme pour les Évangiles, à la seule différence que les Évangiles n'arrivèrent jamais à l'unité.

Cette multiplicité de rédactions est presque une loi, toutes les fois qu'un ancien fonds de traditions orales est mis par écrit. Une telle rédaction ne se fait jamais officiellement: elle se fait d'une façon multiple, sporadique, sans entente ni unité. La haute antiquité n'avait pas fidée de l'identité du livre ; chacun voulait que son exemplaire fût complet ; il y faisait toutes les additions nécessaires pour le tenir au courant. Il n'y avait pas deux exemplaires semblables, et le nombre des exemplaires était extrêmement réduit. A cette époque, on ne recopiait pas un livre, on le refaisait. Quand on voulait rendre la vie à un vieux texte, on le rajeunissait en le combinant avec d'autres documents. La lecture privée n'existait pas. Tout livre était composé avec une objectivité absolue, sans titre, sans nom d'auteur, incessamment transformé, recevant des additions, des scholies sans fin. Le livre, s'il est permis de prendre une comparaison à la science des êtres

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