Gen., XXXII
[850 av. J.-C.J LES DEUX ROYAUMES. 34;^
amené le déluge, c'est qu'il voit bien que le seul moyen de réformer l'humanité serait de la détruire, et il se résout, après l'expérience manquée, à la laisser désormais suivre ses voies.
Cette tristesse navrante des idées atteint le sublime, grâce à un style de bronze dont on chercherait vainement l'analogue dans la plus haute antiquité. L'allure, tour à tour audacieuse et abandonnée, du récit, fort ressemblante, du reste, à la manière ordinaire du livre des Légendes, rappelle les plus belles rhapsodies homériques. Un mélange habituel de vulgarité et de hauteur, de réalisme et d'idéalité, tient le lecteur toujours en haleine. La prose confine à la poésie par des degrés insaisissables ; quelquefois, par exemple dans le récit de Babel, dans le mot d'Adam à la vue d'Eve, dans la cantilène de Noé, dans les bénédictions d'isaac ^ , le rythme naît spontanément, ou plutôt s'entend comme un écho du passé qui se prolonge à l'infini. C'est encore l'enfance de l'esprit humain, mais une enfance pleine des pressentiments d'une vigoureuse jeunesse; par moments, c'est déjà presque l'âge mûr.
Dans la combinaison des sources antérieures,
1. Hâtons-nous d'ajouter que, dans de tels passages, la distinction du livre des Légendes et du jéhoviste, ou, comme
3U HISTOIHE 1)1 PEIPLE D'ISUAËL. [850av. J-C.|
c'est-à-dire du livre des Légendes et du livre des Guerres avec la tradition vivante, l'auteur éprouve plus d'une difficulté. Son embarras se trahit, surtout quand les traditions se contredisent. Alors il procède par juxtaposition, selon un procédé que nous appellerions volontiers diplopique, et dont l'emploi est tout à fait sensible dans la rédaction des Évangiles, surtout de l'Évangile dit de saint Matthieu K Le mythe du jardin d'Éden, par exemple, présentait dans les traditions une assez forte variante. Selon une version, l'arbre central du paradis était l'Arbre de vie ; selon une autre, c'était l'Arbre de la distinction du bien et du mal. Le rédacteur jéhoviste prend le parti de les mettre tous les deux au milieu ^; dans la suite du récit, les deux arbres S'i confondent et se distinguent tour à tour^ .
On remarque des gauchissements du même genre dans l'histoire d'IsmaëP, dans le beau récit du voyage du serviteur d'Abraham' , peut-être dans la
disent les Allemands, du document 1> et du document C, est bien difficile à faire.