Gen., iv
I850av. J.-Cl LES DEUX ROYAUMES. :351
sa tendance à voir partout le péché, se retrouvent danscequi suit. Le monde est mauvais : de lui-même il va au mal. La corruption du monde étant arrivée à son comble, lahvé se repent d'avoir créé l'homme et résout de Texterminer. Noé seul trouve grâce à ses yeux. Ici, la différence avec le livre des Légendes se laisse assez clairement apercevoir. Le livre des Légendes co nnaissait Noé; mais il n'avait pas de déluge ^ . Son Noé était l'inventeur de la vigne et du vin, (( ce grand consolateur qui console l'homme des peines qu'il éprouve à travailler la terre ^ . » Le rédacteur jéhoviste a fait du vieux héros bienfaiteur un juste et le sauveur de l'humanité^.
Le récit du déluge tel que récrivit le rédacteur israélite nous est conservé tout entier dans la narration singulièrement prégnante du texte actuel. Noé, au sortir de l'arche, construit un autel à lahvé et fait un sacrifice d'animaux dont lahvé hume lafumée; ce qui le réconcilie avec le genre humain.
1. La preuve en est que, dans le récit du déluge, la combinaison est binaire; on n'y entrevoit jamais, par derrière le texte actuel, le document B, comme cela est si fréquent dans l'histoire des patriarches, dans la légende d'Ismaël par exemple.
2. Gen., v, 29. C'est sûrement le jéhoviste qui a inséré ces mois « que lahvé a maudite ».
3. Hénoch paraît un autre Noli, arrêté dans sa formation et détaché par la légende pour un autre emploi.
352 HISTOIRE DU PEUPLE D'HISRAËL. [850 av. J.-Cl
Nous n'avons que des extraits des pages qui suivaient : une légende chaldéenne, celle de Nemrod, héros chasseur et fondateur de Babel * , était sans doule un emprunt à ce cycle de fables sur les géants dont il a été question plus haut. Là se trouvait aussi ce curieux récit sur la construction de la tour de Bel et la confusion des langues, récit rythmé, plein d'assonances, de jeux de mots et où respire une haine antique contre Babylone -. On sent un emprunt fait, soit au livre des Légendes, soit à quelque autre source à nous inconnue.
L'histoire d'Abraham, d'Isaac, surtout celle de Jacob et de Joseph, histoires essentiellement israélites, toutes formées dans le Nord, furent calquées par le jéhoviste sur le livre des Légendes ^. L'histoire d'Abraham prend entre ses mains un caractère presque exclusivement religieux. Le sacrifice du premier-né, que l'auteur des Légendes empruntait aux plus vieux souvenirs mythiques, devenait un
i. Genèse, x, 8-9.
2. Genèse, xi ; Hérodote, I, 181. La légende de Babel appartient à la catégorie des contes populaires sur les monuments incompris. Voy. t. Ps p. 71 et 73. C'est par erreur qu'on avait d'abord cru trouver, dans l'inscription commémorative de la restauration de la tour de Borsippa, la mention de la légende de la confusion des langues.