Les villes et bourgs fortifiés des bords de l'Arnon
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» Quand Toppression aura cessé,
Quand la désolation aura pris fin, Et que les envahisseurs auront quitté notre pays, Alors un trône sera établi au nom de la clémence,
Et sur lui, en toute vérité, sera assis,
Dans la tente de David,
Un juge cherchant la droiture
Et sachant ce qui est juste.
» — Connu [leur fut-il dit], l'orgueil de Moab *,
Connues sa fierté, son arrogance, son insolence, Ses vaines fanfaronnades ! »
Laissez Moab se lamenter à son aise ;
Lamentez-vous sur lui, si bon vous semble.
Accordez un souvenir ému A ces excellents gâteaux de raisins de Qir-Haréset, A ces campagnes de Hésébon, frappées de mort.
Aux vignes de Sibma,
Dont les ceps enivraient les chefs des peuples,
Atteignaient jusqu'à Jaëzer,
Traversaient le désert.
Et dont les pampres s'étendaient au delà de la mer2
A vous toutes les larmes de mes yeux, Hésébon et Éléalé !
Hourrah sur vos récoltes et vos vendanges !
Plus de joie dans vos vergers !
Dans vos vignes, plus de chants, plus de cris !
Adieu vendanges !
Personne ne foulera plus le vin dans les cuviers.
1. Édom et Sion, que Moab vient de tenter par de fallacieuses promesses, refusent ses propositions.
2. La .mer Morte. Les vignobles de Moab Tembrassaienl en quelque sorte. «
im HISTOIUE DU PEUPLE D'ISRAËL. [810 av. J..C.]
Aussi mes entrailles pleurent sur Moah ',
Mon cœur gémit comme un cinnor, sur Qir-Hérès.
Fais de fréquentes visites à ton dieu, pauvre Moab ; Fatigue-toi en contorsions pieuses, sur les iiauls-lieux, Entre à toute, heure dans ton sanctuaire pour prier; . Ui'esl peine perdue ; Ton dieu n'y peut rien.
Si le génie prophétique d'Israël n'avait produit que des morceaux de cette espèce, le monde assurément l'ignorerait. Cette mesquine histoire d'un petit peuple, sans grandes institutions militaires, sans suite politique, sans éclat dans l'art, mériterait à peine d'être racontée, si, à côté d'une vie profane qui n'est en rien supérieure à celle de Moab ou d'Édom, le peuple israélite n'avait eu une série d'hommes extraordinaires, qui, en un temps où l'idée du droit existait à peine, se portèrent comme les défenseurs du faible et de l'opprimé. Sous ces règnes obscurs, dont on regrette peu de ne pouvoir établir la chronologie avec précision, tant ils se ressemblent par reffacement des souverains et le peu d'ampleur des événements, la pensée d'Israël prenait l'essor le plus original. Nous avons vu les développements suc-
i. Ironique. Toule celte fin, remplie d'allusions, de jeux de mots, de basses plaisanteries, ne peut être rendue que par à peu près.
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cessifs de l'Histoire sainte et de la Tliora se produire dans le secret d'une tradition orale lentement élaborée. Les plus puissants des propliètes, ceux du temps d'Achab, n'écrivaient pas leurs déclamations. Le modèle d'ordres du jour prophétiques fixés par l'écriture apparaît sous le règne de Jéroboam II ; non que ces éloquents morceaux fussent écrits à tête reposée par les prophètes avant d'être prononcés; mais la forme en était sL achevée, que bien vite l'écriture s'en emparait. C'étaient des équivalents exacts des surates du Coran, des manifestes destinés non à être lus, mais à être récités, que des disciples ou des auditeurs ardents retenaient dans leur mémoire, puis con-? fiaient à des peaux préparées, à des planchettes, aux substances par lesquelles on préludait à Tusage du papyrus.
Le style de ces morceaux n'était ni celui du sir, ni celui du masal, encore moins la prose ordinaire. C'était quelque chose de sonore et de cadencé, des phrases rythmées, sans parallélisme rigoureux, mais avec des retombées périodiques, des séries d'images vives, frappant à coups redoublés. Chaque morceau, nous dirions volontiers chaque surate, pour prendre le mot du Coran, avait son unité et atteignait à peu près la longueur d'un article
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de nos journaux. Cela devait être déclamé sur une note de tête presque aiguë, avec des modulations et des chutes de phrase analogues à celles qui accompagnent la lecture du Coran. Le Coran est, en effet, le dernier aboutissant littéraire du genre créé par les prophètes d'Israël. Notre manière de ranger tout ce qui s'écrit en deux catégories, prose et vers, ne s'applique pas à l'Orient. Entre les vers bien caractérisés et la prose ordinaire, l'hébreu et l'arabe ont toutes sortes d'intermédiaires de prose cadencée, agrémentée, rimée. La surate prophétique est la création la plus originale du génie hébreu. Elle a fait la fortune des idées israélites; quatorze cents ans plus tard, elle a fait la fortune de Mahomet.
Le prophète du yiii*" siècle est ainsi un journaliste en plein air, déclamant lui-même son article, le mimant et souvent le traduisant en actes significatifs ^ Il s'agissait avant tout de frapper le peuple, d'assembler la foule. Pour cela, le prophète ne se refusait aucune des roueries que la publicité moderne croit avoir inventées. Il se plaçait dans un endroit où il passait beaucoup de monde, surtout
1. Voir, par exemple, Isaïe, ch. xx ; ci-dessus, p. 2U8; ci-après, p. 461-402. Parfois le prophète se contente de raconter Pacte symbolique. Osée, ch. l.
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à la porte de la ville. Là, pour se faire un groupe d'auditeurs, il employait les moyens de réclame les plus effrontés, les actes de folie simulée, les néologismes et les mots inouïs, les écriteaux ambulants, dont lui-même se faisait le porteur ^ Le groupe formé, il martelait ses phrases, les faisait vibrer, obtenait ses effets tantôt par un ton familier, tantôt par d'amères plaisanteries. Le type du prédicateur populaire était créé. La bouffonnerie, bizarrement associée à un extérieur grossier, était mise au service de la piété. Le capucin de Naples, succédané édifiant de Pulcinella, a, lui aussi, par quelques côtés, ses origines en Israël.