AMOS ET LES PROPHETES SES CONTEMPORAINS
L'état de prospérité matérielle d'Israël sous Jéroboam II eut pour conséquence de créer de grandes inégalités de condition. Or l'idée la plus, enracinée, dans ces temps anciens, était qu'il y a des pauvres parce qu'il y a des riches. Les lois utopiques de l'année jubilaire n'existaient que sur les feuillets du jéhovisle (à vrai dire, de telles lois n'ont jamais été réellement en exercice). Le principe fondamental des sociétés patriarcales, l'égalité des chefs de famille, était outrageusement violé.
Cette dérogation aux anciennes mœurs produisit son effet ordinaire en Israël, c'est-à-dire une recrudescence de l'esprit prophétique le plus ardent. Chez lona fils d'Amittaï, le patriotisme fit taire, à ce qu'il paraît, les révoltes sociales. La joie de voi^.
Moab humilié lui suffit. Il n'en fut pas de môme chez d'autres exaltés. Le contraste de la situation des riches et des pauvres, la persuasion que la richesse est toujours le fruit de l'injustice, que l'usure et le prêt sur gages sont des actes d'inhumanité \ l'horreur du luxe, surtout, et des commodités de la vie, excitèrent les plus violentes déclamations. Un certain Amos, berger ou plutôt propriétaire de bestiaux en Thékoa, canton situé sur les frontières du désert de Judée, fut l'interprète des protestations de la démocratie théocratique contre les nécessités d'un monde qui échappait chaque jour aux rêves enfantins.
On peut dire que le premier article de journaliste intransigeant a été écrit 800 ans avant Jésus- Christ, et que c'est x\mos qui l'a écrit. Nous possédons de ce patron des publicistes radicaux une dizaine de surates, qui doivent compter entre les pages les plus étranges que nous ait léguées la haute antiquité. C'est ici, bien sûrement, la première voix de tribun que le monde ait entendue. La masse des écrits assyriens, égyptiens, chinois est mensongère et adulatrice. Voici enfin un mécontent, qui ose élever hardiment la voix et faire